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facile dès lors de nous expliquer les fréquentes secousses sismiques qui l’'ébranlent ; secousses dues à des glissements de terrains mais aussi et surtout à des phénomènes volcaniques, résultat de réactions violentes dans le sein de la terre et de déflagrations de gaz. Nous envisagerons également plus loin les conséquences facheuses que peut avoir, sur le débit des eaux, l’ébranlement du sol.
Il n'y a pas bien longtemps encore, la vallée de Barèges était entièrement recouverte d’un immense glacier particulièrement bien étudié par Martins et Collomb. Ce glacier dont les traces sont encore aujourd’hui palpables dans les vallées d’Argelès et de Luz, s’étendait des crêtes d’Aubert, Tourmalet, Pic du Midi jusqu’à Lourdes, en compagnie d’un fleuve de glaces identique provenant des crêtes de Gavarnie.
L'effet mécanique exercé par ces glaces en mouvement sur des roches relativement friables a été énorme ; les gelées et l'erosion des eaux aidant, le grand bassin glaciaire de Barèges a vu ses crêtes se déliter petit à petit sous l'action lente des agents destructeurs, et les matériaux, arrachés ainsi aux montagnes, ont été tranportés par les affluents du fleuve de glace qui noyait toutes les vallées.
A l’époque actuelle, il ne reste plus de ce glacier que des traces de son passage : roches striées et moutonnées témoins de son action érosive et de minuscules résidus qui forment les glaciers septentrionaux de Neouvieilhe. Les moraines centrales et latérales se sont déposées dans les Thalwegs. L'une des premières conséquences de l'érosion a été l'abaissement de l’altitude des montagnes et le comblement des vallées supérieures. La moraine frontale a contribué à former le lac de Lourdes.
C’est alors que l’action destructrice de l’eau va succéder à celle des glaces. Le Bastan entre en jeu et va à son tour démolir l’œuvre des glaciers en même temps qu'il continuera leur action érosive.
Une tranchée se creuse dans l’ancien fond de la vallée, tranchée en forme de V qui ira s’aprofondissant ; l’eau, af-
fouillant les terrains à leur base, cette tranchée va aussi s'élargir; et il ne restera plus de l’ancien Thalweg que les derniers vestiges visibles sur les flancs nord et sud des montagnes qui environnent Barèges et qui forment les plateaux actuels (x). |
Il nous est donc facile de concevoir comment après un travail d’érosion qui a duré des siècles, le Bastan mit à découvert les sourcesthermales de Barèges. Le torrent a déblayé peu à peu la couche de terrain de transport qui remplissait le fond de la vallée ; il a déblayé ainsi l'emplacement occupé par les sources en creusant sont lit dans les masses éboulées
(x) Les plateaux tout, de terrain de transport, formés d'éléments essentiellement meubles, sont posés en équilibre éminamment instable sur les flancs des montagnes septentrionales. Leur formation a coincidé avec celle du Thalweg actuel au début de l’époque historique. On conçoit donc comment ces formations géologiques constituent pour Barèges un danger constant. Ce terrain léger se prête à merveille aux actions érosives non seulement du Bastan mais également des ravins qui les séparent et qui continuent aujourd’hui sous nos yeux leur travail de destruction.
Signalons aussi le danger d’irrigations trop fréquentes sur ces plateaux où l’industrie pastorale joue le plus grand rôle : irrigations faites au moyen de chenaux tracés à la manière antique et importés dans la vallée par les armées romaines à l’époque de l'invasion des Gaules.
L’eau s’infiltre entre la roche vive et le plateau ; arrive une secousse sismiqueun peu violente et les plateaux descendront sur Barèges : l’avalanche joue aussi son rôle et par ses chocs répétés, elle est susceptible sinon de provoquer du moins d’amener un cataclysme. Le danger est donc évident, Il est cependant lamentable de constater qu’il n’y a rien à faire pour le conjurer. Ce flanc de montagne est sis dans la commune de Sers, il faudrait le boiser entièrement c’est la seule solution : il est inutile d'y songer : les populations qui l’habitent ne s’y résoudront jamais ; ils sont du reste les dignes descendants de ces pasteurs, dont parlait il y a près de deux cents ans l’mgénieur Lomet en ces termes : « On a voulu rétablir ces bois au voisinage de Barèges... Les lavanges déjà en mouvement auraient probablement entrainé une partie de ce bois. Les habitants du plateau ne les ont point attendues; ils ont tout ravagé eux-mêmes parce que ces pentes étant les premières découvertes par leur exposition et par la chute des lavanges, ils y ont de bonne heure un paturage pour leurs moutons et que le jour où ils les y conduisent, ils oublient que pendant tout l’hiver ils ont frémi dans leurs
habitations de la peur d’être emportés avec elles par ces neiges dont ils provoquent obstinément la chute.»
qui ont dissimulé leur présence pendant la succession des ères géologiques. Aussi n’est-ce qu'à une époque relativement récente que ces eaux furent découvertes ; et leur réputation s'est propagée. lentement en raison des difficultés multiples d’accès et d'exploitation. |
L'émergence a lieu comme pour toutes les sources thermales des Pyrénées à la surface du dépôt calcaire superposé au noyau cristallo-phyllien qui court tout le long de l’étendue de la chaîne et qui donne issue aux sources sulfurées. Ce filon de calcaire métamorphique, à couches alternativement blanches, grises, jaunâtres ou vert d’eau, a une direction parallèle à peu près à celle des Pyrénées ; son trajet est ainsi délimité : il part des montagnes méridionales du Tourmalet (Pics d’Espade), descend le long du val de Bastan qu'il franchit à Saint Justin, se retrouve dans la gorge de Pierrefitte qu’il traverse entre Vizos et Saligos, passe dans la vallée de Cauterets au niveau du Limaçon et se prolonge jusqu’au Eaux Bonnes.
Il présente une stratification anti-clinale avec les schistes sur lesquels il repose. Une ramification aberrante de ce filon se retrouve à Saint-Sauveur et de là se continue jusqu'aux Eaux Chaudes. Panticosa en Espagne étant une station sulfureuse il serait intéressant de l’y rechercher.
Cette couche calcaire est talqueuse ; ses fragments sont doux au toucher, facilement clivables et ont une grande tendance à se débiter en lames peu épaisses et à faces planes. En raison de sa physionomie toute spéciale et des emplois auxquels il se prête, ce filon a reçu le nom de « Dalle ». Ce marbre est exploité ; au lieu appelé « Carrières Carrère » existent deux excavations d’où l'on extrait tous les moëllons servant communément de pierre à bâtir dans la région. Cette « Dalle » est le gîte des principaux gisements minéraux de la chaîne. Ses couches sont en général fortement redressées, presque verticales plissées dans certains endroits et comme rubannées, et sa disposition en stratification discordante avec les schistes qui la supportent est très impor-
tante quant à la direction des failles qui se présentent dans son épaisseur. « En résumé, la coupe géologique au niveau de Barèges montre comme base les schistes grossiers, azoïques, fracturés, se relevant en grandes masses tourmentées, rubannées pour former le versant de la rive droite et les terrains inférieurs de la rive gauche ; Sur ceux-ci un calcaire dolomitique de transition courant en bandes étroites dans une direction un peu oblique par rapport à celle de la vallée et la coupant à Saint-Justin ; les massifs les plus élevés de la rive gauche constitués par un granit provenant du soulèvement général des terrains, et cause du redressement et du plissement des couches stratifiées avant son invasion. Enfin, tout le fond de la vallée et le flanc des montagnes sont recouverts par un terrain meuble, mobile, composé de débris de toute sorte, terreux, arénacés minéraux et rocheux, arrachés aux pentes et aux crêtes environnantes, amassés par les eaux, érodé et entraîné incessamment par elles. »
À l'émergence de certaines sources cette « Dalle » est recouverte par une couche de boues, glaciaires que le torrent a respectées ; l’accès en est donc difficile ; aussi les premiers ingénieurs animés d’un zèle éminemment conservateur, et point au courant des techniques actuelles de captation, se contentèrent-ils d’enfoncer dans ces boues glaciaires des tubes métalliques qui allaient au voisinage de la roche solide capter l’eau issue des failles au point d’émergence.
La « Dalle » est cependant à découvert sur l'emplacement de l’ancienne « chapellenie » du Bourg des Bains actuellement lieu d’émérgence de la source de la Chapelle, et à quelques cents mètres sur la route du Tourmalet.
Cette formation cambrienne, dont nous avons décrit la disposition en couches relevées, frisant la verticale, sert de cheminée au trajet ascendant des sources sulfurées qui sourdent à son niveau.
Les eaux ascensionnelles ont donc déplacé les boues glaciaires qui obstruaient l’orifice des failles et leur écoule-
ment prolongé a imprégné ces déblais mouvants d'un enduit de silicate de soude et de sulfure de fer, formant une sorte de magma grisâtre, solide, résistant, bréchiforme en pouddingue, appelé communément « Tapp » (1) par les ingénieurs des mines. C’est sur ce travertin particulier, terrain durci par l’agglutination des terres et débris glaciaires, au contact de l’eau minérale que la Barégine va se développer.
(1) Le peu desolidité de ce travertin a donné toujours de vives inquiétudes quant à la conservation des eaux. Les ingénieurs, dans les travaux entrepris ont toujours eu pour unique préoccupation d'éviter le mélange des diverses sources et leur aveuglement. Le « Tapp » étant simplement posé sur la « Dalle » il nous est permis de supposer qu’un glissement de terrain peut amener une disparition de concordance entre l’orifice formé dans la dalle et celui disposé dans le « Tapp », la source sera pour ainsi dire guillotinée. L’eau s’écoulera entre ces deux formations géologiques, roche solide et roche meuble. Un mélange s'établira entre les divers filets d’eau et nous assisterons alors, comme le fait s’esi déjà produit pour la source Nouvelle, à l'apparition d'un nouveau filon aquifère au détriment du débit de ses voisins. Les masses énormes de glace envoyées par l’avalanche sur l'établissement thermal sont susceptibles d'amener de tels glissements. Aussi ne cesseronsnous donc jamais d'encourager de tous nos moyens la lutte contre ce fléau et de dénoncer à la vindicie publique les déprédations commises sur les boïs protecteurs de Barèges.