‹ La baronne AmaltiChapitre 4 sur 5 · VILMA · texte numérisé non relu

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rant, sans parler. Tout à coup, dans le silence et la nuit naissante, la voix de Vilma s*élevait sonore et pure ; elle chantait des chansons de son pays, élégies plaintives ou ballades passionnées, dans lesquelles Bernard reconnaissait les accents de son propre cœur. Alors il était tenté de se précipiter vers elle, de la saisir entre ses bras, de Tétouffer sous les caresses et de mettre un terme au mal dont il souffrait. En ces instants, la présence d'Angélique était son unique sauvegarde.

Quand sa fièvre avait passé, brisé de ses terreurs et de ses désirs, il tentait de regarder 4fen face les obsessions violentes qu'il venait de subir et se promettait de nouveau d'éviter toute occasion de rester seul avec Vilma.

— A quoi tient ma vertu ? se demandait-il épouvanté. A un accident vulgaire, à une circonstance banale qui .tout a coup me

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mettrait désarmé devant l'objet de ma funeste passion. Et il suffirait d'une minute pour arracher à mon cœur le secret qu'il a su contenir, et pour fouler aux pieds mes devoirs, pour briser ma vie^ ruiner mon honneur et devenir infâme ! Oh ! non ! non !

jamais ! je saurai résister. Je résisterai, je le dois, je le veux !

Au retour d'une de ces promenades, un soir, comme ils rentraient au château, Angélique se plaignit d'avoir pris froid et d'éprouver par tout le corps une violente lassitude. Ce n'était sans doute qu'un mal passager, sans gravité, mais qui la contraignit à se retirer dans sa chambre et à laisser Bernard et Vilma en tête à tête. Jamais pareille aventure n'était survenue. Elle trouva Bernard démoralisé, énervé par les tentations qui hantaient son esprit, f)lus puissantes que sa volonté. Lorsque, rassuré

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sut* là santé de fsa femme qu'il avait ramenée chez elle, il revint auprès de Vilma, il fut saidi pat' une émotion, hélas ! familière à son âme, et qu'aggravait à cette heut»e le péril de son isolement clairement entrevu.

Ils dînèrent; face à face. BerîiaM, pâli, tordu par une angoisse délîbieusë et déchirante à la fois; Vilma, paisible en apparence, parlant avec volubilité, toute joyeuse, s'efforçftnt de le distraire, ddViûant ses terreurs et s'attachant à les éloigner de lui. La présence des domestiques favorisa leur mutuelle dissimulation; mais quand, après le repas, ainsi qu'ils le faisaient tous les soirs avec Angélique, ils allèrent s'asseoir sur la terrasse qui s'étend devant le château et domine la vallée de l'Ardèche, seul aveb Vilma, libre de Técouter et de lui répondre, Bernard devina que l'heure était grave, et que la crise allait éclater ganë qu'il eût la

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possibilité dé récartér» Il se résigna à raffrontei*.

Vilma garda d'abord le silence. La tête reûvemée sur le dossier de sa chaise, les yeux au ciel, elle paraissait suivre attentivement le jeu brillant des étoiles; en réalité, elle îie perdait pas de vue Bernard, accoudé à la balustrade, morne et pensif. Tout à coup elle inclina le front vers lui, étendit le bras et, posant la main sur la sienne, elle demanda d'une voix tranquille :

— Pourquoi êles-vous triste, mon cousin?

Quelle peine est entrée dans votre cœur?

Voilà plusieurs jours que je vous observe.

On dirait que vous n'êtes pas heureux.

Le contact de ôettë main, l'accent de cette voix Tarrachèrent à sa rêverie. Son cœur provoqué, défait sans combat, envoya à ses lèvres fiévreuses une horrible réponse^ aveu de sa défaite et de sbn coupable amour;

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mais, dans ce péril extrôme, il reçut un secours imprévu. Le doux et pâle visage d'Angélique passa devant ses yeux, il la vit, la chère créature, inanimée, déchirée par sa trahison, et le cri qui devait le perdre fut étouffé. Il répondit :

— Vous vous êtes trompée, Vilma, je n'éprouve ni peine ni tristesse.

Puis il se leva, se mit à marcher sur la terrasse, redevenu soudain maître de lui ; mais comme il passait devant Vilma, elle Tarréta doucement d'un geste timide et reprit :

— Pourquoi me traiter comme une enfant ?

pourquoi vouloir me taire la vérité que j'ai surprise? Ne me jugez-vous pas digne de devenir votre confidente et votre amie ?

— La vérité ! vous avez surpris la vérité !

s'écria- t-il éperdu.

— Je le crois^ fit-elle en baissant les yeux.

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— Mais alors ! pourquoi m'interrogezvous?

— Pour vous entendre me confier le secret que vous enfermez dans votre cœur.

— Que vous importe ce secret?

— C'est que je le crois frère du mien, oui, frère de celui qui m'oppresse moimême.

Il chancela, ses mains s'agitèrent dans le vide, cherchant un appui, et rencontrèrent heureusement le marbre glacé de la balustrade, auquel il se cramponna tremblant, trouvant une énergie désespérée dans la peur de tuer Angélique, qui venait de s'emparer de lui et dominait sa faiblesse. Quant à Vilma, elle se tenait debout, Tenveloppant d'un long regard où, dans la nuit, brûlaient les feux de sa passion; n'attendant qu'un signe, qu'une parole, pour se presser

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omitre lui 6t se faifQ une ohai^e cIq e^^ bras qui la fuyaient.

— Je ne comprends pQ§ ; je ne veux pas, je ne dois, pas comprendre, murmura-t-il ; si je comprenais, je n'aurais pas le droit de vous laisser vivre dans cette maison, et mon devoir m'obligerait à vous envoyer attendre au Sacré-Cœur le moment de votre mariage.

— Mon in«^riage! L'b^ura est vraiment biencboisiQ pour m'en parler, objecta Vilma d'un ton ironique et sombre ; vqu& m'obligez à vQus déclarer que je suis résolue à ne me marier jamais^

rr^ Résolue à ne vous marier jamais! Vous avez promis cependant d'accepter vm mari de ma main.

— Ne fallait-il pa,s en entrant dans votre maison dissimuler mes projets? C'est pour cela que j'ai promis^ avec la ferme volonté de

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