PREFACE XXI
toi?» — « De la guerre, » répond Lançouët; et, des soldats qui font la guerre, il a toutes les vertus : — la foi au drapeau d'abord : « Être solidaires, c'est souffrir ensemble, pour que notre clan tout entier triomphe un jour. Ceux qui ne pensent pas ainsi ne sont pas sous notre drapeau. Et alors tant pis !.. . » — le courage ensuite et l'esprit de sacrifice. Lorsque au troisième acte, il a surpris à la tête des grévistes la petite équipe des « jaunes m en train de travailler pour le patron, que tous les meubles ont été cassés, et qu'après avoir conseillé aux autres d'y mettre le feu, Thubeuf s'éclipse, écoutez Langouët encore haranguer ses compagnons déconcertés : « En allant rendre compte au syndicat, Thubeuf fait son devoir. Moi, je vais faire le mien. Car j'ai eu l'idée comme lui. Il n'y a pas besoin de se mettre à trente-six, quand un seul suffit. Nous sommes en guerre, et, à la guerre, on ne gaspille pas les hommes. Je vous comprends, vous qui
avez femme et enfants, vous ne pouvez pas. Mais moi qui n'ai que ma peau, c'est moi qui ficherai le feu ici, moi seul... Donnez-moi le bidon d'essence!... » Le geste est terrible. 11 est criminel. Il n'est pas bas. Il y a de l'héroïsme, je le répète, dans l'égarement de ce dévoué qui dit aussi : « Je n'ai besoin de personne. Ce dont j'ai besoin, et pas moi, la Cause, c'est que vous ne flanchiez pas maintenant. . . " Il y a du pathétique dans le soin avec lequel il écarte ces pères de famille qui pourraient être compromis dans cette sinistre échauffourée : « Allez-vous-en et rentrez chacun chez vous, pour avoir un alibi et vous garder à carreau, s'il y a du gauche. " Il y a du pathétique de nouveau, dans le mouvement de cœur qui le pousse à sauver Gaucherond dont il a été l'apprenti : « Sauve-toi, Gaucherond. Sauve-toi. C'est ton apprenti qui te parle, c'est ton gosse..." Il reste qu'au dernier acte je l'ai montré à demi ivre. Mais une étude sur le