PRÉFACE XXIX
Qu'a-t-il reconnu, ce jour-là, sinon que la guerre des classes, dans la société contemporaine, n'est pas un fait accidentel? C'est un fait essentiel, constitutionnel, si intimement mêlé à l'existence de cette société, qu'il faudrait pour le modifier, la modifier, elle, tout entière. Telle est l'idée, douloureuse, accablante, odieuse, qualifiez-la comme vous voudrez, mais vraie, que l'étude des conflits entre ouvriers et patrons impose à l'observateur : il y a, dans la société actuelle, une barricade dressée et dont personne n'est responsable, ni les bourgeois, ni les ouvriers. Elle s'impose aux uns comme aux autres. Tôt ou tard, ils devront tous prononcer le mot de M. Clemenceau, et se ranger de l'un ou de l'autre côté. Les politiciens les plus souples, M. Jaurès, M. Briand, dépenseront, à esquiver ce mot de guerre, des trésors d'ingéniosité. On le prononcera pour eux, on le prononce déjà. Qui? Les assaillants qui sont du côté où eux ne
sont pas, où ils ne peuvent pas être. Ils auront beau faire, ils sont de leur classe, comme M. Clemenceau, et cette classe les reprendra, quoi qu'ils pensent, quoi qu'ils veuillent, et, en dépit de leurs idéoloofies, elle les jettera contre la classe adverse. Mais quel trait la marque, cette distinction des classes, à une époque dont la maîtresse tendance est le nivellement, l'égalisation? Il est bien simple encore, ce trait, mais d'autant plus irréductible qu'il est plus simple. On a bien pu supprimer
/ toutes les distinctions entre les classes, leur donner l'absurde égalité des droits politiques, leur imposer l'illogique égalité du service militaire, proclamer l'accession possible de tous les
i citoyens à toutes les places. Il y a une chose que
l'on n'a pas pu, que l'on ne pourra jamais faire,
I c'estqu'iln'y aitpasdes hommes qui travaillent
de leurs bras et des hommes qui ne travaillent ' point de leurs bras, et le phénomène le plus
caractéristique de la période que nous traver-