PREFACE XXXI
sons, c'est que les hommes qui travaillent de leurs bras sont en état de guerre constant contre ceux qui ne travaillent pas de leurs bras. Il y a, certes, d'autres nuances que celle-là dans la distinction des classes sociales. Encore aujourd'hui, il subsiste une aristocratie de naissance avec ses traditions, si affaiblies soient-elles, — une aristocratie d'argent avec les privilèges de ses héritages, si mouvante que soit devenue la richesse, — une grande et une petite bourgeoisie, — des professions libérales et des carrières de fonctionnaires. Toutes ces distinctions sont superficielles en regard de l'autre, de cette répartition des citoyens d'un même pays en deux groupes : les travailleurs manuels et les autres. Qu'à l'heure présente le premier de ces deux groupes, celui des travailleurs manuels, n'accepte plus le pacte social, qu'il soit en train de s'organiser en armée contre la classe qu'il considère comme injustement privilégiée, la moindre observation suffit
à le constater. Jusqu'à quel degré cette guerre entre les classes sera-t-elle poussée? C'est le point où les observateurs diffèrent. Beaucoup sont persuadés qu'elle tient à des causes passagères et qui peuvent être annulées. Je suis d'une opinion opposée. Cette guerre, j'y insisteLine paraît sortie du plus profond de la société présente. Cette conviction est partout avouée, dans la Barricade, avec trop de netteté pour que les critiques aient pu s'y méprendre. Seulement ils se sont mépris sur ce point : là où ma pensée fait une constatation, ils ont voulu voir un encouragement, un appel, là où j'établissais un simple diagnostic. J'ai pu lire par exemple dans la Semaine religieuse d'un des plus grands diocèses du INord que j'avais commis, comme citoyen et comme chrétien, une mauvaise action en poussant à la lutte entre employeurs et employés. C'est à peu près comme si on reprochait à un médecin de se faire le complice du bacille d'Eberth, parce