SCENE XI
LES MÊMES, LANGOUET, puis PHILI'PrE et GAUCHEROND
Je t'ai appelé, Langouët, pour te faire juge (lu cas que voici : Gaucherond nous a livré ce meuble à secret copié de Saunier. Quel jour exactement? Te rappelles-tu?
LANGOUET
Il y aura demain quinze jours, monsieur Breschard.
liRESCHABD
Nous l'avons livré, nous, à M. de Bonneville, il y a huit jours. Nous l'avions gardé une semaine ici pour le montrer à M. Webb, notre client de Londres, qui devait venir à Paris, et qui n'est pas venu. Chez M. de Bonneville, personne n'y a touché. Or, Gaucherond nous
Ta livré, nous l'avons constaté ici, M. de Bonneville et moi, avec des tiroirs en vieux chêne. (Tendant le tiroir à Langouët.J Quel est ce bois-ci?
LANGOUET, après examen et froidement.
Du tulipier, monsieur Breschard...
BRESCHARD
Veux-tu lire ce qu'il y a d'écrit. (Langouét lit.) Et dans ce tiroir-ci?... (Même jeu de Layigouët impassible .) Par conséquent, le meuble a été tripoté ici par quelqu'un qui a substitué un bois à un autre et qui a gravé à l'intérieur ces saletés.
LANGOUET
A moins que le sabotag^e n'ait été fait avant l'arrivée du meuble.
GAUCHEROND, qui est entré avec Philippe pendant le discours de Breschard.
Voyons, Langouët, tu as été mon apprenti, tu sais bien. . .
LANGOUET
Je sais que tu ne fermes jamais ta porte.
LA lîARlUCADE 65
Gaucherond, et que tu habites une maison où il y a dix ateliers comme le tien.
BRESCHARD
Et moi, je sais que j'ai vu le meuble, quand Gaucherond l'a livré.
LANGOUET
Ètes-vous bien sûr que vous l'avez re- {jardé d'assez près, patron? Possible que le sabotage ait été fait ici, mais en avez-vous la preuve? Désig^nez-vous quelqu'un? C'est tout l'atelier que vous accusez?... Je vais rapporter aux camarades notre conversation. Et s'ils se fâchent. . .
GAUCHEROND, qui a examine le tiroir, tout en écoutant.
Mais non! Ce n'est pas la peine. Les tiroirs, ce n'est rien, et, quant aux inscriptions, c'est un replacage à faire. Monsieur le comte, si le secrétaire ne vous fait pas besoin tout de suite, je me charge de vous remettre le tout en état.
(Regardant Lanfjouëi.J Seulement, cette fois,
je VOUS le rapporterai mol-même. (Tout bas, à Breschard.) Ne poussez pas cette affaire, patron, à cause de la grève.
PHILIPPE, quia entendu Gaucherond, bas aussi.
Écoute Gaucherond, papa... Tu n'as de preuves contre personne.
BONXEVILLE, à Gauchcvond .
Mais prenez le temps que vous voudrez, mon brave. J'ai voulu simplement sig^naler un fait à M. Breschard, intéressant pour lui. Voilà tout.
BRESCHARD, après lin instant de lutte intérieure.
Encore une fois, merci, monsieur le comte. fA Langouët , avec un visible efforl.J Je préfère qu'il ne soit question de rien à l'atelier, Langouët. Moi aussi, je n'ai voulu que te signaler un fait, puisque tu es mon contremaître, c'est-à-dire (soulignant le nioij mon représentant, un fait très grave. 11 y a des saboteurs ici, parmi mes hommes. Je suis averti. Va. Langouel sort sans saluer.