SCE^'E II PHILIPPE, CÉCILE
PHILIPPE, tirant sa lettre à demi de sa poche.
Ah ! merci d'être venue. Voyez, je vous écrivais.
Il lui prend les mains.
CÉCILE, 5e dominant à peine.
Depuis quarante-huit heures, depuis que vous êtes allé chez mon père, je me débats dans la nuit. Mon père m'a dit que notre mariag^e était rompu et que c'était vous, Philippe, qui le rendiez impossible . Il est tellement monté qu'il refuse de me laisser même prononcer votre nom. Il m'emmène ce soir en Italie... J'ai trouvé le moyen d'aller hier trois fois chez votre sœur. Elle est à la campagne... J'y suis retournée ce matin et tout à l'heure, elle n'est
pas encore rentrée. J'ai pris un grand parti. Je suis venue ici. Ma vieille institutrice est en bas dans l'automobile. Je suis montée sans lui donner de raison, en lui disant de m'attendre deux minutes. Si mon père apprend ma démarche, ce sera terrible. . . Mais je ne peux pas partir dans cette incertitude, je ne peux pas.
PHILIPPE
Et moi, Cécile, je ne peux que vous répéter ce que je vous écrivais : que je vous aime, qu'il y a un malentendu entre votre père et moi. Et ce malentendu, je n'ai même pas le droit de vous dire sur quoi il porte.
CÉCILE
Pas le droit?... Pas le droit? C'est comme mon père! Mais moi, j'ai le droit de savoir quand il s'agit de mon bonheur.
Elle se laisse tomber sur une chaise, la tête dans les mains, et elle éclate en sanglots. PHILIPPE, bouleversé .
Comment voulez-vous que je vous résiste
quand vous me parlez ainsi... quand vous
pleurez?... Eh bien, il s'agit... (Il iarréle.J Non, c'est impossible!
CÉQLE
Philippe, quoi que ce soit qu'il y ait dans votre vie, dites-le-moi? Je suis une jeune fille, mais je sais que beaucoup déjeunes gens, au moment de se marier, rencontrent un obstacle dans leur passé. J'ai cru que vous n'aviez rien, vous, dans votre passé, mais s'il vous a laissé des devoirs à remplir...
PHILIPPE, avec force.
Non, Cécile, non, je n'ai rien dans mon passé, je vous le jure... Je n'ai jamais aimé, je n'aimerai jamais que vous.
CÉCILE
Enfin, j'ai ce que je voulais, une certitude. Le mystère, quand il s'agit de ce qu'on aime, c'est très dur. On l'accepte. — On accepte la séparation, l'absence... Le doute, non. Ce dont j'avais besoin, c'était de savoir que cette
« situation secrète » dont a parlé mon père — car il a laissé échapper ces mots — ne vous concerne pas.
PHILIPPE
Non, elle ne me concerne pas. Mais oui, il y a un secret dans notre famille. Ce secret comporte, de la part de quelqu'un que je ne dois pas vous nommer, un devoir de conscience. Si votre père savait ce que je sais, il penserait comme moi sur le caractère impératif de ce devoir. Notre malentendu vient de ceci, que les moyens me manquent pour lui imposer une évidence, que j'ai, que vous auriez, si... CÉCILE, se levant.
J'ai compris tout ce que je devais comprendre, Philippe. Depuis notre dernière conversation, je me considère comme votre fiancée. Je vous attendrai un an, deux ans, dix ans...
PHILIPPE, fatiirani contre lui.
0 mon unique amour! Moi aussi, je vous
attendrai. L'épreuve sera cruelle. Quand vous saurez tout, un jour, vous me direz : « Vous avez bien agi. "
CÉCILE, appuyant sa tête sur V épaule de Philippe.
J'en suis sûre. . , Ah!
Elle a poussé ce cri en voyant Langouét qui vient d'ouvrir la porte. Elle s'éloigne vivement.
PHILIPPE
Permettez-moi de vous reconduire, mademoiselle.
// la ramène à la porte. Elle sort.