‹ La barricade; chronique de 1910Chapitre 46 sur 78 · SCENE VllI · texte numérisé non relu

SCENE VllI

BRESCHARD, PHILIPPE

Tu as VU, Philippe. Je n'ai pas pu. C'est la ruine, la faillite, peut-être, mais je n'ai pas pu...

PHILIPPE

Il est encore temps, papa...

BRESCHARD

Non, mon ami, tu n'estimerais plus ton père si tu le voyais, après une scène pareille, s'humilier devant ce Thubeuf! Tu l'as vu

aussi, ce drôle? Ah! c'est très beau, le syndicalisme, sur le papier! C'est admirable, en théorie, la solidarité des travailleurs! La réalité, c'est ça : une troupe de benêts et de {}0(}os conduite par des haineux comme Langouët ou des effrontés et des jouisseurs comme Thubeuf.

PHILIPPE

C'est vrai, papa, que cette scène m'a été horriblement douloureuse, surtout quand Langouët a dit : « S'il y a encore une maison Breschard ! » Je n'aurais jamais cru cela de lui. Je comprends aussi que tu n'aies pas pu supporter la g^oujaterie de ce Thubeuf. Qu'estce que tu veux? la classe ouvrière est la dupe des gréviculteurs. C'est notre faute, nous ne nous rapprochons pas assez d'eux.

BRESCHARD

Mais ils n'en veulent pas de ce rapprochement! Ce qu'ils veulent, c'est la g^uerre, et implacable. Ils nous y forcent. Faisons-la et implacable aussi. Je vais provoquer une réu-

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nion de tous mes collègues et leur soumettre un projet de ligfue que j'ai dans la tête, depuis longtemps. Mais parons au plus pressé. Je puis compter sur toi, n'est-ce pas?

PHILIPPE

Oui, mon père, mais tu connais mes idées. ..

BRESCHARD

Je ne te demanderai rien que tu ne puisses faire. (Il serre la main de son fils, puis s'asseyant à son bureau, il écrit.) Il s'agit, mon ami, de partir pour Londres ce soir même. Demain, dès la première heure, tu verras Webb, tu lui remettras cette lettre, qui lui explique notre situation , et tu lui demanderas un délai . Tu me télégraphieras le résultat. Quel qu'il soit, tu rentres demain. Moi, je vais essayer, dès cet après-midi, de trouver d'autres ouvriers ou de l'arp^ent. . . fJl a fermé la lettre quil donne à son fds.J J'ai une bonne nouvelle au moins à t'annoncer parmi ces ennuis : l'obstacle à ton mariage est levé. Je n'épouse pas Louise Mairet.

PHILIPPE

A cause de ce que t'a dit ma sœur?. . .

BRESCHARD

A cause de ce que m'a dit Louise. C'est elle qui ne veut pas de ce mariag^e. Qu'il te suffise de savoir qu'en ce moment elle fait cause commune avec ces bri^jands. Elle adhère à la (jrève, elle et tout son atelier. Ça t'en dit assez, n'est-ce pas?

La porte s^ ouvre, Gaucherond paraît.

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