PREFACE VII
tention à dérog^er à ce deg^ré aux usages reçus. Je le rétablis sur le volume. Ce mot de chronique dit admirablement ce qu'il veut dire. Il est regrettable qu'il n'ait point passé dans la langue courante de notre Rhétorique. Les maîtres du réalisme sous la Restauration l'affectionnaient particulièrement. Le Rouge et le Noir, Chronique de 1830, — ainsi s'appelle même aujourd'hui le chef-d'œuvre de Stendhal, et celui de son élève Mérimée : Chronique du règne de Charles IX. Ces deux initiateurs entendaient se rattacher ainsi à la tradition shakespearienne, à cette admirable série d'esquisses historiques qui va du Roi Jean au Roi Hemi VIII, et qui comprend les deux Henry Quatre, les trois Henry VI et le sublime Richard III. La Chronique, c'est la chose du temps, c'est l'histoire, mais racontée, mais montrée par son détail quotidien et familier. C'est le constat, dressé sur place, d'un certain coin de mœurs à une certaine date. La Ghro-
nique correspond dans l'art littéraire à ces tableaux cliniques auxquels excellait Trousseau, auxquels excelle aujourd'hui M. le professeur Dieulafoy, dans leurs leçons del'Hôtel- Dieu. C'est une suite de notations, prises à même la vie, mais caractéristiques, — sans cela il ne vaudrait pas la peine de les prendre, — et par conséquent choisies, classées, de manière à donner la physionomie très nette, sinon d'une époque, au moins de tout un groupe de choses et de gens dans une époque, de manière aussi à provoquer la réflexion, mais par la seule force de la réalité.
Provoquer la réflexion. . . Je voudrais insister sur cette formule. Elle domine tout le débat que je me propose d'instituer devant le lecteur de cette préface et du drame qui la suit. Elle marque nettement que la Chronique, telle que l'ont comprise les Stendhal et les Mérimée, telle que nous la comprenons, nous, après eux, ne relève pas de la littérature à