‹ La barricade; chronique de 1910Chapitre 53 sur 78 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

GAUCHEROND, LALANCE, ESCARTEFIGUE, LE- BLANC, RONDEL, LE PETIT HENRI, puis MADAME GAUCHEROND.

GAUCHEROND, à ses ouvrievs , qui ont repris Vouvrage.

Eh bien, mes enfants, au bouleau, et ferme... Ta planche est décloutée, Henri? A une autre, mon gosse, et lestement... Lalance et Carreau, votre caisse est prête? Un peu plus de fibre, et clouez, clouez, ça presse... Hé! là-bas, Rondel, pas de violence. Il faut mener ça comme une mariée... C'est trop lourd? Prête-lui la main, Escartefig^ue... Moi, je vais me mettre avec Leblanc. (Rentre Mme Gaucherond.) Tiens, mon épouse qui se ramène? Qu'est-ce qu'il y a? Accouche, vite,

MADAME GAUCHEROND, l' entraînant sur le devant et bas.

Voilà. J'étais en retard à quatre heures, parce que j'avais la frousse d'avoir été suivie. J'avais vu Langouët attablé à la porte du bistro qui fait le coin de la rue Placide. Tu sais, où on a mangé des fois... J'ai pas voulu te le dire parce que j'ai pensé : c'est un hasard. Mais, tout à l'heure, j'ai passé devant le chand de vin, histoire de savoir si l'autre était toujours là. Le troquet Bertrand m'a pas plus tôt reconnue qu'il m'a couru après pour me dire : « Si votre mari est à travailler près d'ici, prévenezle tout de suite qu'il se trotte. Lang^ouët est allé à la permanence. Il a dit à un ami : « Ils » sont pris, je vas chercher les autres. » Il les ramènera sûrement. Il a sauté dans un taxi. Aller et venir, il en a pour ving^t minutes. J'ai fait causer l'ami et je vous répète : dites à votre homme qu'il se trotte, pour éviter du vilain! » Tu penses si j'ai cavale. Allons,

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viens, Gaucherond, viens vite, avant qu'ils arrivent.

GAUCHEROND

Tu es folle, voyons?

MADAME GAUCHEROND

Mais puisque je te dis que Langouët. . .

GAUCHEROND

Et moi, je te dis de te taire. Tu vas pas me chiffer mes hommes. Écoute et obéis... Au trot, toi, chez Breschard, et vite. Il sera rentré. Préviens-le qu'il rapplique ici, avec des agents. Prends une auto, toi aussi. Il y a une station au Montparnasse.

MADAME GAUCHEROND

Et s'y n'est pas rentré?... Non, viens, je te dis.

GAUCHEROND

Y sera rentré... Trouve-le. Débrouille-toi... Allons, décanille, si tu veux pas qu'on nous pige ici. Au trot, que je te dis, au trot! (IL la force à sortir. Elle lui obéit, en levant les bras au

ciet. Il regarde ses hommes.) Pourvu qu'ils n'aient rien deviné? Non... Et le petit, si l'on se cogne? f Appelant .J Henri,

HENRI

M'sieur Gaucherond.

GAUCHEROND

Laisse là tes planches, crapaud. Faut que tu fasses une course pour moi, tout de suite, comme t'es là... Tu connais la rue Amelot? C'est pas ici.

HENRI

Avec ma bicyclette, je bouffe ça en vingtcinq minutes. Ça dépend de l'encombre...

GAUCHEROND

Et l'atelier Duval, au 14, tu le connais?... Tu vas y aller, et tu reviendras me dire si les ouvriers travaillent.

HENRI

Y font grève, m'sieur Gaucherond. J'y ai passé ce matin.

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GAUCHEROND

Vas-y voir tout de même, morveux, puisque je t'en donne l'ordre.

HENRI

Té ! vous voulez que je fiche le camp, parce qu'il va y avoir du tabac. J'ai entendu votre dame, m'sieur Gaucherond.

GAUCHEROND

Fais ce que je te dis, et plus vite que ça.

HENRI

C'aurait été chic tout de même, quand les g^révistes vont venir, de les recevoir à deux.

GAUCHEROND

Gomment?

HENRI

Oui. Au moins, on aurait été deux.

GAUCHEROND

Alors, tu crois que les autres?...

HENRI

Les crâneurs? Vous verrez la défilade.

GAUCHEROND

Eh bien, mon petit homme, tu me donnes une idée. Je vais faire quelque chose de toi.

HENRI

Vous me g^ardez, m'sieur Gaucherond?

Chouette.

GAUCHEROND

Non, mon gosse... Mais, c'est vrai, tu as ta bicyclette... J'ai envoyé la maman Gaucherond avertir Breschard. Ils sont capables de me la cueillir en route, ma vieille... Vas-y, toi. Deux précautions valent mieux qu'une.

HENRI

On y va, m'sieur Gaucherond, et on sera revenu à temps pour s'offrir le profil à tonton quand on se bûchera,.. S'y veut encore me barber après... mon œil! (Il fait le geste de se raser et puis se met le doigt sur Cœil. Il sort en courant et revient presque tout de suite.) M'sieur Gaucherond, m'sieur Gaucherond, les grévistes ! Y sont au bout de Tallée qui bouclent

le concierg^e. N'ayez pas peur. Ils ne m'auront pas. Je saute le mur. J'empoig^ne la bécane au bistro du coin. (On entend des cris.) Et la peau, pour eux.

// s'échappe. Les cris grandissent et une

bande apparaît qui envahit P atelier, Thu-

beuf et Langouët en tête.

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