‹ La barricade; chronique de 1910Chapitre 55 sur 78 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

A tabac ! A tabac ! . . . La chaussette à clous ! . . . La chaussette à clous ! . . .

LANGOUET, se mettant devant les grévistes.

Non, camarades!. .. Que personne ne bouge, ou il aura affaire à moi... Nous ne sommes pas des apaches, nous sommes des conscients. Qu'est-ce que nous faisons? La guerre aux patrons. Quand nous aurons démoli ces six malheureux, ça nous avancera beaucoup. Ce sont des prolétaires comme nous.

PREMIER GRÉVISTE

Ce sont des traîtres.

LANGOUET

Parce qu'ils ne savent pas, qu'ils ne comprennent pas. Ils comprendront, s'ils nous voient agir froidement , tranquillement , comme des conscients, je le répète. Il est bien entendu qu'ils vont adhérer à la grève. On va les faire signer en conséquence. Ils ne pourront plus nuire alors. Quant aux meubles

qu'ils ont exécutés pour Breschard, une fois que les camarades auront vidé la place, il faut qu'il n'en reste rien, rien, rien.

SECOND GRÉVISTE

C'est ça. On va les laisser aller pour qu'ils filent prévenir la rousse.

LANGOUET

Ils ne préviendront rien du tout. Vous n'avez qu'à les garder avec vous deux heures, pas plus. Elles suffiront pour le chambard. Sans leur faire de mal, par exemple.

TROISIÈME GRÉVISTE

Lang^ouët a raison.

QUATRIÈME GRÉVISTE

Je ne trouve pas, moi.

TOUS LES GRÉVISTES, cris Contradictoires . Mais si! Mais non!... Mais non!... Mais si!...

CINQUIÈME GRÉVISTE

Quand on rencontre un renard, faut lui avoir la peau!...

SIXIÈME GRÉVISTE

Ils bouffaient, les autres, pendant qu'on se les calait avec des briques !

TOUS, ci'is contradictoires .

A tabac ! A tabac ! . . . Mais non ! , . . Mais si !.. . THDBEUF, allumant un cigare.

Mais si, camarades, Lang^ouët a raison.

Je vous parle au nom du syndicat, moi. Il a été décidé qu'on ne ferait rien aux jaunes qui se rendraient. Et ils se rendent, les camarades. (A Gaucherond.J N'est-ce pas, le vieux?

GAUCHEROND

Vieux? Ça, c'est vrai. Quant à se rendre, moi et les camarades, ça, c'est une autre paire de manches. (Il a pris sa casquette qu il jette par terre.) Voilà!

PREMIER GRÉVISTE

Il nous embête, le vioque, à la fin.

SECOND GRÉVISTE

On va lui casser le tournant de la hure!

PLUSIEURS GRÉVISTES

Tu vols, Laiig^ouët, tu vois? Tu vols?

LANGOUET

Qu'est-ce que je vois? Qu'y en a un qui renâcle, et après?

THUBEUF, à Gaucherond.

Vous ne les avez donc pas reg^ardés, père Gaucherond, vos camarades?... (A Escartefigue.) On a tellement envie de se faire abîmer cette jolie g^ueule-là?

ESGARTEFIGUE, riant.

Dame! on n'a que celle-là!... Dites donc, Gaucherond, y sont vingt. Et nous?

GAUCHEROND

Tu as peur. Dis-le.

ESGARTEFIGUE

Peur? Non Je n'ai pas peur. Mais il n'y a pas de presse pour écoper d'un sale coup... Et puis, après tout, c'est des copains... On a travaillé ensemble.

LA BAHRICADE 187

LES GRÉVISTES

Bravo ! bravo ! c'est un frère !

Escarlefigue passe parmi eux.

THUBEUF

A qui le tour?

Les ouvriers de Gaucherond se mènent en groupe et discutent en gesticulant.

CARREAU

C'est de la folie.

RONDEL

Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse?

LALANCE

On est bien forcé d'y aller ! . . .

LEBLANC

Et mes cinq enfants, moi?...

CARREAU

Et moi mes deux?. . . Mais il faut que ce soit tous ensemble.

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