TOUS
Oui, tous ensemble!
CARREAU, à Gaucherond.
Tu vois, Gaucherond, nous avons fait tout ce que nous avons pu... mais nous pensons comme Escartefigue.
LALANGE, LEBLANC, RONDEL, ensemble.
Oui, nous pensons comme Escartefigue.
LES GRÉVISTES
Bravo ! bravo ! /
Dernière hésilalion des ouvriers. Ils passent aux grévistes. Pendant ce temps, Gaucherond a reculé jusquà In porte. Il a la main droite dans la poche de son pantalon et la gauche sur le bouton.
THUBEUF
Eh bien, Gaucherond, vous êtes seul, maintenant. Vous n'allez pas faire la bête. Voyons, vous n'avez pas la prétention de nous mettre dehors. Nous étions ving^t. Avec vos hommes, ça fait vingt-cinq. C'est beaucoup, pour un vieux birbe. Allons, soyez sage, papa. C'est de votre âge.
Silence de Gaucherond.
LANGOUET
Gaucherond, à toi, nous ne demandons rien, que de t'en aller. . . f Aux grévistes .J^' eit-ce pas, camarades? Vous voyez, c'est un vieux. C'est lui qui m'a mis l'outil à la main. Vous ferez ça pour moi, vous le laisserez aller sans sig^ner.
LES GRÉVISTES
Oui, oui, oui... Barre-toi, le vieux.. . Barretoi!...
THUBEUF, maTchaiit vers Gaucherond pendant que Langouët contient les grévistes.
Sont-ils gentils, père Gaucherond?... Sontils gentils?.,. Eh bien, c'est fini, les rouspétances?... Je sais. Je sais. Y a ta consig^ne. Tu peux te la coller dans le placard... Allons! houp! Dehors, et pas de raffut (Il va pour prendre Gaucherond par les épaulesj, ou je cog^ne, blag^ue sous l'aisselle!
GAUCHEROND, Sortant de sa poche un revolver et le braquant.
A bas les pattes, toi, le mec aux beaux ci-
gares... Ça mord, ça?... Oui... oui... oui... Il est chargé. La preuve. Tiens. (Il tire une balle dans le plancher. Thubeuf et les grévistes reculent instinctivement.) Ces meubles-là (il montre les caisses derrière luij, c'est mes meubles, à moi. C'est mon travail. Vous entendez, mon travail. Vous vous en fichez, vous, tas de fricoteurs. Mais moi, je veux qu'on le respecte, mon travail, comme j'ai toujours respecté celui des autres. Ces meubleslà, mes bras ont sué dessus. Moi vivant, on n'y touchera pas. Il y a encore quatre balles dans ce rigolo. Les quatre premiers qui touchent à ça les ont dans la peau ! (Il tire sur lui vivement le battant de la porte. On V entend mettre le verrou, tourner la clef et crier :) Venez-y maintenant.
LA BARIUCADE 191