‹ La barricade; chronique de 1910Chapitre 57 sur 78 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LES MÊMES, moins GAUCHEROND, enfermé.

THUBEUF, après un temps.

Il en a un culot, le bougre ! Dis donc, Lang^ouët, on va quand même enfoncer la porte. Tout ça, c'est du battage. Il n'osera pas.

LANGOUET

Ah ! Mais si !.. . Il le ferait comme il l'a dit. . . Si c'était un bourgeois, oui, ce serait du battage. Lui, c'est un ouvrier. Il est du mauvais côté, mais il est d'attaque... (Comme à luimême.) k\v\ Malheur!

THUBEUF

Nous n'allons pas nous laisser fabriquer comme ça. Nous aurions l'air de vraies poires.

PREMIER GRÉVISTE

Assez flanché ! Allons-y ! Allons-y ! . . . Y nous mangera pas tous. . .

SECOND GREVISTE

vSi y en a un ou deux qui écopent, tant pis!

TROISIÈME GRÉVISTE

Y a trop longtemps qu'il nous fend l'arche, ce sarrasin. . . On aura tout de même sa peau, à la fin , la crapule ! . . .

LANGOUET, les arrêtant, comme ils s'élancent. Pas si vite, camarades, pas si vite.

THUBEUF, toujours fumant son cigai'e.

Y a peut-être un moyen de finir la chose à la douce. Vous savez le mot d'ordre du syndicat : « Pas de sang! Surtout pas de sang ouvrier! » De quoi s'agit-il? De déloger ce vieux renard. Qu'est-ce qu'on fait, quand un renard s'est terré? (Lançant une bouffée de tabac. J On l'enfume, hein?... (Regardant autour de lui.) Que cette porte flambe seulement, tout est en bois ici et là dedans. . . (Il tape sur la cloison. J C'est même du chouette travail.

LES GRÉVISTES

C'est ça !.. . Le feu ! . . . Le feu ! ... Le feu ! . . .

LA r.AllRICADE 193

THUBEUF

Ah ! ils ne sont pas bétes ! Les meubles à Brescbard et ce couvent à g^riller, ça fera coup double.

PREMIER GRÉVISTE, ils so?it toits à faire un tas de copeaux .

Tiens. Des copeaux... Des copeaux.

SECOND GRÉVISTE

Encore des copeaux. . . et de la fibre. . . TROISIÈME GRÉVISTE, cassant une chaise.

Breschard ne mettra toujours pas son sale derrière sur celle-là.

QUATRIÈME GRÉVISTE, cassant une autre chaise. Et sur celle-là donc?

THUBEDF, les encourageant.

Rien à craindre pour le voisinag^e. Il n'y en a pas!

CINQUIÈME GRÉVISTE, s' emparant d'un tas d'outils.

Et ces presses-là ! Ça brûlera comme une allumette.

SIXIÈME GRÉVISTE

Et ces bancs?

SEPTIÈME GRÉVISTE

Et ces propres à rien ! Et tout ça !

ESCARTËFIGUE, LALANCE, CARREAU, LEBLANC, RONDEL, à la fois.

Hél là-bas!. . . Mais c'est à moi, ça!. . .C'est mes outils ! . . . C'est mes clous ! . . . LANGOUET, s' interposant.

Pas d'outils dans le feu! Cette propriété-là, c'est sacré. Il y a bien assez de matériaux ici. Et puis, les camarades sont des nôtres à présent. Qu'ils reprennent leur fourbi. (Les ouvriers de Gaucherond reprennent les objets gui sont à eux. Désordre. Les grévistes continuent à tout casser de ce qui leur tombe sous la main. Ils amassent un tas de m.atériaux inflammables contre la porte et le mur. Langouët, à un groupe de grévistes :) Non, non. Laissez un passag^e. Il faut qu'il puisse sortir et se tirer.

LA BARIUCADE J95

THUBEDF, regardant le monceau de débris dressé. Eh bien ! Mais ça marche ! ça marche ! . . . Chic, mes enfants! Ça va faire un joli feu de joie. (A Gaucherond et à travers la porte.) Tu sais, vieux moule à claques, tu n'auras pas froid tout à l'heure. fAux grévistes.) Camarades! Camarades! fils se rangent autour de lui.) Vous avez fait là de bonne besogne. Je vais tout de suite porter la nouvelle au syndicat. Il sort.

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