SCENE VII
LES GRÉVISTES, LAjNGOUET, GAUCHEROND ' derrière la porte.
Quand Thuheuf est sorti, grand silence. Les grévistes se regardent.
PRE5UER GRÉVISTE
Quand il y a un sale bouleau à faire, il trouve toujours moyen de vous plaquer, ce frère-là.
SECOND GRÉVISTE
S'il y a de la casse, il aime mieux que ce soit les autres qui la payent.
TROISIÈME GRÉVISTE
La prison le verra pas souvent, ce corps-là. QUATRIÈME GRÉVISTE, montrant le tas de débris. Qui est-ce qui va allumer ça, maintenant?
CINQUIÈME GRÉVISTE
C'est pas si tentant. Ça peut vous mener loin, cette affaire.
SIXIÈME GRÉVISTE
Deux ou trois ans de trique, ou la Nouvelle .
SEPTIÈME GRÉVISTE
Pendant ce temps-là, c'est pas Thubeuf qui nourrira les gosses.
HUITIÈME GRÉVISTE
Ce qu'on se boucle déjà le ceinturon avec leurs quinze sous!
PREMIER GRÉVISTE, retournant ses poches vides. Hé ! Oui! Les toiles se touchent!
SECOND GRÉVISTE
11 ne pouvait donc pas l'allumer, puisqu'il a eu l'idée!
TR0ISIÈ3IE GRÉVISTE
Lui, c'est un fouinard, et nous. . .
PREmER GRÉVISTE
Nous? Ah! les bonnes gourdes !
LANGOUET, inCervenant.
Vous avez tort, camarades. En allant rendre compte au syndicat, Thubeuf fait son devoir. Moi, je vais faire le mien. Car j'ai eu l'idée comme lui. Il n'y a pas besoin de se mettre à trente-six quand un seul suffit. Nous sommes en guerre, et à la guerre, on ne gaspille pas les hommes. Je vous comprends. Vous qui avez femme et enfants, vous ne pouvez pas. Moi, qui n'ai que ma peau, c'est moi qui ficherai le feu ici, moi seul. Donnez-moi le bidon d'essence.
PREMIER GRÉVISTE
Pourtant, mon vieux, si tu as besoin de nous...
PLUSIEURS GRÉVISTES
Oui, si tu as besoin de nous. . .
LANGOUET
Non. Merci. Je n'ai besoin de personne. Ce dontj'ai besoin, et, pas moi, la Cause, c'est que vous ne flanchiez pas, maintenant, dans la g^rève. Tu te plains, toi, que les toiles se touchent, toi, que tes gosses ont faim? Je vais faire ça pour vous, moi, de ficher le feu et de risquer le bag^ne. Faites ça pour moi, de vous serrer le ventre encore . Pas longtemps . Après ce coup-là , je vous garantis que les patrons prendront peur etqu'ils mettront les pouces.. . Allez-vous-en et rentrez chacun chez vous pour avoir un alibi et vous garder à carreau s'il y a du gauche.
Tumulte. Brouhaha. Débat. Langouët finit par pousser les grévistes dehors. Ils sortent en chantant /'Internationale.
LES GRÉVISTES, dehors.
...C'est la lutte finale.
Groupons-nous. Et demain
L'Internationale
Sera le genre humain!