SCENE VIII
LANGOUET, GAUCHEROND, derrière la porte.
Langouët, resté seul, écoule les grévistes s^en aller. On entend une rumeur de voix décroissante. Quand elle s'est tue, il va vers le tas de débris et le dresse encore mieux contre le mur. Il avise ur.e bouteille de térébenthine et un bol dans lequel il verse le liquide. Avec un pinceau, il enduit la porte et les boiseries les plus proches. Puis il va à la Sorbonne et attise la flamme avec des copeaux en soufflant dessus. Il cherche un bois de placage qui puisse lui servir de tison, le met dans le feu et attend qu'il flambe. Il le prend et va pour allumer l'incendie. Il s^ arrête, regarde
la porte fermée , les fenêtres à barreaux. Il a un instant de lutte intérieure. Enfin ^ il va remettre le tison dans le foyer, et, revenant à la porte, il appelle .
Gaucherond, Gaucherond! ... Il ne répond pas. Il ne s'est pas sauvé par les fenêtres. Elles ont des barreaux fil va regarder) et pas de porte derrière ! . . . Gaucherond ! Gaucherond !
Il s'efforce d'ébranler la porte.
GAUCHEROND, derrière la porte.
Hardi, mes enfants! Faites les zouaves.
Vous voulez tâter de mon rigolo. Vous serez servis.
LANGOUET
Je suis seul, Gaucherond, tout seul.
GAUCHEROND, derrière la porte.
Parle, mon garçon, tu perds ta salive. Si tu crois que Gaucherond va couper dans ce pont et quitter ses meubles. . .
LANGOUET
Je suis seul, que je te dis. Et je vais fiche le feu à la baraque. Tu n'as donc rien entendu tout à l'heure?
GAUCHEROND
J'avais mieux à faire que d'écouter vos blag^ues. Enfonce la porte et tu verras mon petit fort Chabrol.
LANGOUET
Tu as mis des caisses contre l'entrée ! Malheureux, ôte-les, ôte-les. C'est ton apprenti qui te parle. C'est ton gosse. Rappelle-toi, mon vieux Gaucherond. Sauve-toi, puisque je te dis que je fiche le feu à la baraque.
GAUCHEROND
Yas-y, mon garçon. Tu seras un incendiaire et un assassin. En attendant, moi, je ne quitte pas mes meubles.
LANGOUET, hors de lui.
Et moi, je te dis que tu vas les quitter. Si tu
as un peu chaud, ne t'en prends qu'à toi. Je
t'ai averti.
// retourne à la Sorbonne et allume un autre tison. Au moment où il le relire du foyer, laporte s'ouvre. Louise paiait, en cheveux, comme quelqu'un qui vient de courir dans l'affolement.