‹ La barricade; chronique de 1910Chapitre 69 sur 78 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

BRESCHARD, PHILIPPE, TRANCHANT, presque en haillons et l'air malheureux.

TRANCHANT

Oui, c'est moi, patron... la grève est finie... Et je viens de la part de mes camarades...

BRESCHARD

Pour le règlement des heures en retard?

TRANCHANT

Oui, patron. Avec cette fichue histoire, on est rudement désargenté. C'est la purée, et nos bourgeoises nous font la tête. Et puis, le boucher et le boulanger n'entrent pas dans la combinaison. Ils ne veulent plus rien savoir.

BRESCHARD

Pourquoi n'ètes-vous pas venus plus tôt?... Vous auriez été réglés tout de suite. Vous vous êtes mis en grève un jeudi... Lundi, mardi,

mercredi, ça vous fait trois jours et demi à toucher. Je vous attendais, moi.

TRANCHANT, embarrassé.

Je sais bien, patron. Mais, comme le contremaître, c'est Langouët. . .

BRESCHARD

Vous avez pensé que je ne voudrais pas le recevoir? Vous avez eu tort. Ayez l'obligeance de le prévenir qu'il vienne à cet effet dans ce bureau. Si vous voyez Mlle Mairet, prévenez-la aussi. Le compte des femmes est également en souffrance.

TRANCHANT

Ils sont dehors, patron, au café du coin, qui m'attendent avec les camarades. Je vais les avertir.

BRESCHARD

Envoyez-les-moi immédiatement, alors, le plus tôt sera le mieux. Dès que le contremaître m'aura présenté son livre, comme c'est l'habitude après les grèves, vous serez tous réglés.

Faites donc vite. (Rappelant Ti-anchant.J Un mot. Vous êtes replacé, Tranchant?

TRANCHANT

Pas encore, patron. Je me suis présenté chez D uval... (^£/n remy^5.J J'aimerais bien rentrer ici, patron.

BRESCHARD

Ça, c'est impossible. Je vous ai prévenus, ainsi...

TRAJJ CHANT

Eh oui, patron. Si on avait pu, pour sur qu'on se serait pas fourré exprès dans la mouise. Tout seul, on pouvait pas. A bien fallu marcher avec les camarades.

BRESCHARD

Au moins, que ça vous serve de leçon pour une autre fois.

TRANCHANT

Une autre fois, ça sera le même coup. Puisque je vous dis qu'on peut pas, monsieur Breschard. Et quand on peut pas, on peut pas.

BRESCHARD

Enfin. Vous avez été un excellent ouvrier chez moi, en dehors de cette inconcevable faiblesse. Quand on veut, on peut. J'ai bien pu, moi. Mais ne revenons pas là-dessus. Si Duval vient aux renseig^nements ici, j'en donnerai de bons, et si vous avez un de vos enfants à placer, je suis là. Adieu, envoyez-moi Langouët et Mlle Mairet, et tout de suite, n'est-ce pas?

TRANCHANT, ému.

Tout de suite. Ah! Merci, patron. Vous êtes un brave homme, vous... Mais qu'est-ce que vous voulez? On pouvait pas. On pouvait pas.

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