SCENE V
BRESCHARD, PHILIPPE BRESCHARD
Tu l'as entendu? On pouvait pas! On pou-
vait pas! Des enfants, de véritables enfants! Et c'est ça qui g^ouverne la France !
PHILIPPE
Tu as été bien bon, de le recevoir, papa. Car enfin, il en était, de la rue du Cherche-Midi?
BRESCHARD
Mais c'est ça, l'enfant. . . Hier, le chambard, les meubles cassés, le feu à la boite, la peau du patron!... Et aujourd'hui... (Il hausse les épaules en montrant la porte par où est sorti Tranchant.)
PHILIPPE
Et demain?... Tu vois l'enfant en eux.
Moi je vois la brute qui sommeille et qui va mordre. Ils m'en ont trop appris sur eux pendant ces trois mois. H y a des instants, mon père, où mon changement m'effraie moimême. Tu sais comme je les aimais. Par moments je me sens tout près de les haïr. Oh ! non, je ne les ai plus, mes illusions. Oh! non! Je ne le suis plus, socialiste et humanitaire.
BRESCHARD
'' Reste humain, tu seras dans la vérité. Oui, •l'ouvrier est un grand enfant, et, comme tous les enfants, il doit être pris par la main, conduit, protégée, au besoin contre lui-même. Mais un enfant n'est pas une brute et l'ouvrier non plus, c'est un excitable. Il faut le tenir. C'est notre fonction à nous, les dirig^eants. On nous donnait ce nom autrefois. Il est très beau. Reméritons-le, en étant les plus forts, c'est la première condition. Les classes sociales sont comme les nations. Elles n'ont pas le droit de conserver ce qu'elles n'ont plus l'énerg^ie de défendre. Soyons donc forts, mais humains, je iréoète le mot, dans la force. Tranchant veut