‹ La barricade; chronique de 1910Chapitre 7 sur 78 · PREFACE XIII · texte numérisé non relu

PREFACE XIII

passe comme si... des savants. Elle a tant de grandeur, dans son humilité, cette rédaction que les Biot, les Pasteur, les Claude Bernard, tous les saçaces investigateurs des mystères de la vie, ont employée. Pourquoi faut-il qu'elle soit admirée de tous quand il s'ag^it de l'observation physique, et si aisément néglig^ée aussitôt qu'il s'agit des phénomènes moraux ou sociaux?

Je reviens à la Barricade , en m 'excusant de nouveau de rattachera de si hautes théories et à de si grands noms cet essai dramatique d'un débutant. Car enfin c'est vraiment ma première pièce puisque c'est la seule qui ne soit pas tirée d'un roman. Peut-être la naïveté avec laquelle je l'ai composée explique-t-elle le malentendu que je tente aujourd'hui de dissiper. J'eusse dû évidemment introduire un personnage chargé, comme le voulait Musset, de dire sous une forme quelconque :

Le public est prié de ne pas s'y méprendre.

Telle quelle, 11 me semble pourtant que ce caractère de « Chronique sans thèse » est bien reconnaissable d'un bout à l'autre de ces quatre actes. J'en marque les lignes générales. C'est l'histoire d'un conflit entre un patron et ses ouvriers. J'ai choisi comme milieu le monde des ébénistes d'art, tout simplement par souci de l'exactitude. Un jour que je visitais une boutique du faubourg Saint-Antoine, le maitre du logis se mit à me parler d'une grève qu'il venait de traverser. Je retrouve dans mes notes le discours qu'il me tint, transcrit presque textuellement : « Tous mes ouvriers m'abandonnent, monsieur. J'avais une commande à livrer. J'étais très ennuyé. Un Hollandais, que j'avais dans mon atelier depuis deux ans, vient me trouver : « Moi, je ne suis pas de leur « syndicat, patron, " me dit-il, «je veux bien « continuera travailler pour vous. Seulement il « faut que ce soit en cachette . » J 'accepte . Nous louons un local. On y porte les bois la nuit.

1" REFACE XV

Mon Hollandais commence sa besogne. Les g^révistesse doutent de la chose. Ils filent la voiture qui portait les bois. Mon Hollandais, un jour, est abordé dans la rue par des camarades qui lui disent : « Viens donc prendre un verre. » Il y va. Nos gens lui disent : « Entrez donc « dans l'arrière-salle, on sera mieux pour « causer. « Ils n'y sont pas plus tôt qu'ils tirent des armes : « Tu fais le bouleau (1) du « patron, lui disent-ils, nous le savons. Tu vas « signer ce papier, » — c'était une adhésion à la grève, — « ou l'on te fait ton affaire. » Il signe et vient me raconter cela. Impossible de continuer son travail. Je le réconforte de mon mieux, en lui promettant que je n'oublierai pas le service qu'il avait voulu me rendre. Hé bien, monsieur, quand la grève fut finie et que j'ai voulu le reprendre, mes ouvriers sont venus me trouver : « Si le Hollandais rentre ici, nous

(1) Bouleau en argot déhénisterie veut dire : travail.

« ne rentrons pas. » Il a fallu que je me prive de ses services. J'en ai été quitte pour lui avancer un peu d'argent. Il s'est établi à son compte, et alors ils l'ont laissé tranquille... » La Ban'icade est sortie de cette anecdote et de cette autre, racontée par le même ébéniste d'art. Je transcris encore ma note : « Vu p***. (Ici le nom.) Il me parle de l'héroïsme simple dont sont capables certains hommes du peuple : Ainsi, monsieur, chez un de mes confrères, un vieil ouvrier avait refusé de se mettre en g^rève. . . Ses camarades envahissent l'atelier et lui disent : « Père un tel, tu vas quitter le (i travail. » Le vieil ouvrier les regarde. Il sort un revolver de sa poche, tire une balle dans le plancher. « Vous voyez, » leur répond-il, a il « est chargé. Il y a encore quatre balles. Les « quatre premiers qui touchent à ça, à mon tra- « vail, " — et il montrait ses bois — « les ont (i dans la peau. » Il avait l'air si décidé que les autres se sont retirés... » On reconnaîtra les

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