IU I ; I . I ; I
Je veux dire qu'on arriverai! à s'aimer sans péril.
ROSINE
Ei sans gloire. Vous arrangez < ame
ça... Ce serait en <*n«t bien commode... pour vous, .le recevrais, quand ça ne vous dérangerait pas, un petit mot me mandant à quelle heure précise je devrais me trouver rue Lafontaine, dans le petit pavillon dont nous aurions chacun une clé. et le premier arrivé attendrait l'autre. Il y aurait dans une armoire vos pantoufles, vos chemise de nuit, du Porto et des gâteaux secs. Vous
viendriez là, tranquillement, comme à voire bureau, el vous seriez le rond de cuir de l'adultère.
Oh ! le rond de cuir... vous avez la peau plus douce,
ROSINE
Très joli !... mais, si c'est là votre modus !.,.
Amandi... amandi...
ROSINE
Kl) bien, proposez-le à d'autres; moi. je me ferais L'effet d'une dame de notaire qui trompe son époux avec un coulissier séducteur. Ah! nous sommes loin de Sophie Arnould el du coude de Lauraguais. ( l'esl que
L\ BASCI LE
pour être dix-huitième, comme vous dit< mon cher, il ne sufûl pas de semer dans un pavillon quelques meubles Louis XV el d'avoir, sur une console, une pendul< une Léda entre les ailes d'un cj gne. El puis, un beau jour, vous croiriez apercevoir voire femme dans la cour, ou votre beau-frère pu votre belle-mère, el vous vous sauveriez cette fois par la cheminée, car vous ne brille/. p;i> par le sang-froid : la moindre des choses vous mel hors de vous; à 'la moindre alerte, vous perdez la tête, el vous vous cognez contre toutes les vil comme un gros bourdon.
Je vous délie de le répéter.
ROSINE
Certainement, comme un gros bourdon.
J'adore la façon dont vous gonflez vos joues quand vous dites : bourdon... et comment ne pas vous aimer?
ROSINE
Oh ! je ne suis pas du tout en humeur de plaisanter et je vous parle très sérieusement; vous n'offrez aucune sécurité. Avec vous, j'ai tout le temps les sensations d'une femme qui serait dans les montagnes russes et qui recevrait des douches écossaises. Non, vous savez, très peu pour moi .
Elle s'assied.
Vous avez fini ?
ROSINE
Oui.
III l'.l l;l
Si vous croyez que ma vie à moi esl amusante, vous vous trompez; mais je mène une existence abominable el que je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi : je vis dans «1rs transes <•! des angoisses perpétuelles ; je ne sni^ plus moi-même; je ne connais plus la tranquillité... j'ai perdu le sommeil. Quand nui femme m»' regarde d'il ne certaine manière, il me semblé qu'elle pénètre dans ma pensée el qu'elle constate ({ne vous y êtes. •!<• tremble toujours qu'une lettre, une conversation entendue par hasard la meltc au cou raid de notre liaison. Je prévois ce qui résulterait d'une pareille révélation, el je vais jusqu'au boul des pires con séquences. Quand je >uis auprès de vous, c'est autre chose : en deux moi- ous ai
vue deux fois, et nous passons notre temps en récriminations, en scènes, comme en ce
moment. Ali ! ce a'est pas précisément le rond de cuir de l'adultère, comme vous le prétendez, mais un fagot d'épines !
ROSINE
En effet, c'est une existence abominable,
et je ne sais pas comment vous pouvez y résister; moi, à votre place, je ne pourrais pas. (Test pour cela qu'il vaut mieux ne pas continuer.
HUBERT, s'asseyant.
.Mais pas du bout... je trouve ça délicieux,
j'ai besoin <lc ça.
ROSINE
Vous auriez surtout besoin (Tune bonne leçon. Non, vous vous trompez, vous ne pouvez pas trouver ça délicieux; l'amour
ne s'accommode [tas <lc tant d'obstacles. La philosophie de la rue vous l'enseigne et