Halin, Histoire de la Presse en France, II
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campagne. Elle court les min -stères, fait antichambre, implore le lieutenant de police. 11 f^^.ut une lettre de cachet. L'epigramme suivante vengea Fréron, spirituellement :
— Mais, dit le chef de notre librairie^ Votre Aristarque a peint de fantaisie Ce monstre en Vair que vous réalisez,
— Ce monstre enVairl Votre erreur est extrême, Reprend la nièce. Eh ! monseignciir, lisez :
Ce monstre-là, c'est inon oncle lui-même!
Pour cette fois cependant Voltaire échoua. Fréron put se soustraire à ses griffes. La reine du théâtre, la Clairon, faillit être plus heureuse et réussir.
Elle avait empêché la représentation des Grâces à Versailles, devant le roi. L'auteur, Sainte-Foix, ami de Fréron, en avait éprouvé une contrariété très vive. Quelques jours après, paraissait dans P Année littéraire un éloge de M'" d'Oligny, une jeune ingénue qui venait de débuter avec succès sur la scène de la Comédie. Fréron ajouta à l'éloge, qui n'était pas de lui, les lignes suivantes, oii la Clairon n'était pas nommée, pas plus que ne l'avait été Voltaire, mcris où l'aitiste se reconnut, comme s'était
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reconnu l'écrivain, tant le portrait était exactement tracé :
On lui saura gré (à Tauteur, Duvoyer de Gastels), d'avoir insisté, dans le juste éloge de M^'*' d'Oligny, sur sa conduite irréprochable jusqu'à ce moment. Puisse-t-elle se souvenir ti?ujours que les Muses sont chastes et qu'elles ne doivent ijamais chanter le libertinage et la prostitution. Les talents les plus rares, ou regardés comme tels, n'effacent point l'opprobre d'une vie dissolue. On peut accorder quelque estime au jeu théâtral de la comédienne, mais le sceau du mépris est toujours empreint sur sa personne. C'est en vain, qu'après avoir acquis une honteuse célébrité par le vice, on affecte un maintien grave et réservé. Cette honnêteté tardive et fausse ne sert qu'à former un contraste révoltant avec une jeunesse infâme, et je ne sais si l'on n'aimerait pas mieux qu'une créature de cette espèce se montrât constamment ce qu'elle a été, que de paraître ce qu'elle n'est pas^
L'illustre actrice s'en fut aussitôt se jeter aux pieds du duc de Duras, gentilhomme delà Chambre, demandant justice, c'est-à-dire l'incarcération du folliculaire. Si cette réparation ne lui était accordée, elle quittait le théâtre.
Fréron avait des protecteurs puissants et se défendait avec esprit. « Si la demoiselle Clairon, écrit-il, ressemble au portrait que j'ai tracé, comment ose-ton protéger une créature aussi infâme