Ravaisson, Archives de la Bastille, XII
comment s'exprime le défenseur de la liberté de la presse, la première fois qu'il se décide à parler de Fréron, coupable d'avoir usé de celte liberté contre lui^ »
Il est à présent curieux de rechercher ce qui justifiait cette violente sortie. Ce sont les ligne; suivantes, que l'on trouvera aussi mesurés d'expression, que justes de critique, et qu'aujourd'hui, dans son ensemble, la postérité ratifie sans doute :
S'il y avait parmi nous un auteur qui aimât passionnément la gloire et qui se trompât souvent sur les moyens de l'acquérir; sublime dans quelques-uns de ses écrits, rampant dans toutes ses actions ; quelquefois heureux à peindre les grandes actions, toujours occupé de petites ; qui sans cesse recommandât l'union et l'égalité entre les gens de lettres, et qui, ambitionnant la souveraineté du Parnasse, ne souffrît pas plus que le Turc qu'aucun de ses frères partageât son trône ; dont la plume ne respirât que la grandeur et la probité, et qui sans cesse tendît des pièges à la bonne foi; qui changeât de dogmes suivant les temps et les lieux, indépendant à Londres, catholique à Paris, dévot en Austrasie, tolérant en Allemagne ; si, dis-je, la patrie avait produit un écrivain de ce caractère, je suis persuadé qu'en faveur de ses talents on ferait grâce aux travers de son esprit et aux vices de son cœur.
Voltaire n'est même pas cité dans ce passage. Sa nièce, M""" Denis, n'en est pas moins mise en