BacJiaumont. à la date du 21 février
assista au conseil dos comédiens, réunis sous la présidence du duc de Duras pour aviser aux mesures à prendre. Il fut décidé que le duc se rendrait près du comte de Saint-Florentin, ministre de la maison du roi, pour lui faire craindre la démission de la Comédie tout entière si justice n'était faite. « Cette démarche a fort étourdi M. de Saint-Florentin, poursuivent les auteurs du Bachaumont, et ce ministre écrit à une princesse que FaCTaire devient d'une si grande importance que depuis longtemps matière aussi grave n'a été agitée à la cour. »
Les miîiistres sont notre appiiiy
fait dire aux comédiens l'auteur d'une petite satire publiée vers cette époque,
Leurs mains, des pleiiples révérées^
Toujours nous comblent de bienfaits ;
Ils dirigejit nos ballets,
Ils sont admis de nos actrices^
Et le moindre petit débat.
Qui s'élève dans nos coulisses,
Pour eux est affaire d'Etat^.
Quelques semaines passèrent et les portes du For FEvêque s'ouvrirent, non pour Fréron, mais
1. Remontrances des Comédiens français {Bibl. de VAr^enal^ Arch. de la Bastille, ms. 11838, f. 20).
pour la Clairon elle-même. C'est raffaire du Siège de Calais contée plus haut. En la voyant atteinte des armes mômes qu'elle avait forgées, le public n'éprouva pour elle, comme on l'a vu, que peu de compassion.
La tolérance n'existait d'ailleurs pas plus d'un côté que de l'autre. L'archevêque de Paris fait arrêter Pasquier, qui est écroué au For l'Evêque sur ordre du 23 novembre 1753, pour avoir tiré sur des presses, cachées chez lui, les Remontrances des comédiens françois au roi. Pasquier avait dans sa maison des ballots de publications prohibées, qu'on ne se serait pas avisé de chercher dans les armoires en forme de cloisons et les soupentes dissimulées sous les escaliers. Il était graveur en taille douce ; mais il n'avait pas gravé les Remontrances ; c'était un nommé Meusnier qui fut de ce fait mis au Grand-Châteleti.
Pour varier leur spectacle, les comédiens français donnaient des ballets; quand, un soir, un homme de loi vint leur rappeler les privilèges de l'Académie royale de Musique. Ils faisaient euxmêmes valoir avec assez d'âpreté les privilèges
1. Bihl. de V Arsenal, Arch. de la Bastille, ms. 11836, f. 24-28.
dont ils étaient investis, pour que l'Académie de Musique se crût fondée à prétendre qu'ils respectassent les siens. Un arrêté du Conseil intervint, le 8 août 1753, et condamna les comédiens à 500 livres d'amende et 10.000 livres de dommages et intérêts envers l'Opéra, pour avoir donné des ballets i.
La triste Melpomène, dit l'auteur des Remontrances.
Avait vu dessécher la veine
Du mâle et sombre Crébillon,
Siffler les pièces de Piron,
Voltaire^ pauvre énergumène^
Courait au loin le loup- g ar ou.
Bref, la Comédie était de plus en plus délaissée quand on eut l'idée d'ouvrir la scène
A tous les sauteurs d'Italie,
La Comédie fut sauvée :
Le public, à qui Radamiste , Cinna, Phèdre, Pompée, Egiste, Ne pouvaient arracher des pleurs ^ Vint admirer nos bateleurs, Ainsi recrutés par la foire.
Nous amassâmes plus d'argent Et nous acquîmes plus de gloire^