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Manuel, la Police de Paris dévoilée, II

Que^ quand le théâtre indigent Offrait les larmes de Mérope, D'Oreste les sombres fnreiirs, Et les écarts du Misanthrope Aux yeux distraits des spectateurs.

Pourquoi proscrire nos danseurs? fait dire l'auteur aux comédiens, ne viennent-ils pas d'Italie comme les ultramontains, qui sont à l'ordre du jour? Notre poète est visiblement janse'niste.

Tous ces faiseurs que l'on renomme^

En rochets blancs^ en beaux surplis^

A qui Monseigneur de Paris

A donné mainte et mainte somme^

Ne sont-ils pas de ce pays ?

En est-il donc aucun qui chôme :

On les voit gras et bien nourris.

Aussi les comédiens espèrent-ils que les ballets seront rétablis. Lorqu'on en avait appris la suppression :

Ha! juste cief toutes nos belles^ Ainsi que les gens du Palais, Voulaient fermer leurs cabinets.

Qu'allait devenir la jeunesse Et de la ville et de la cour ?

Adieu les clients de r Amour !

LE FOR l'ÉVÈQUE 257

L'espoir en la justice du roi arrête seul ce malheur.

Daignez donc, à nos vœux propice,

Pa?' nn arrêt dûment scellé,

Rendre au théâtre désolé

Les bonds, les sauts et les gambades

De ces illustres mascarades.

Sans qui nos dieux et nos héros

Seraient siffles comme des sots.

Ce sont, Sire, les remontrances, Qu après trois ou quatre séances^ S' étant au foyer assemblés, Vous offrent vos sujets zélés, Les gens tenant la Comédie^,

La détention de Pasquier au For l'Evêque fut de courte durée. Elle ne fut pas plus rigoureuse que ne Tétait celle des acteurs et des auteurs drama-

li(luos.

Se montrait-on plus sévère pour la jeunesse turl)iilente qui troublait le spectacle par ses facéties?

1. nihl. de V Arsenal, Arch. de la Bastille, ms. 11838, f. 18-23.

LES SALLES DE SPECTACLE d'après les dossiers des prisonniers au for l'évêqug

Les rapports des exempts et autres officiers de police, ainsi que les lettres et placets des prisonniers au For l'Eveque, fournissent des détails précis et pittoresques pour reconstituer en partie la physionomie d'une salle de spectacle au xviii'' siècle. Le public y jouissait d'une liberté plus grande que de nos jours. Par moments c'étaient des cris, des huées, un tapage assourdissant; puis des bousculades, des « Ilots », des <( flux » et « rcQux » parmi les sept ou huit cents spectateurs qui se tenaient debout au parterre 2. Ce parterre se composait de gens de toutes sortes, de laquais^, de jeunes clercs;

1. Une partie des documents, qui ont servi à écrire ce chapitre, ont été utilisés par M. Paul d'Estrée au cours d'études publiées par lui dans le Ménestrel. Jls avaient été signalés dans le Caialoque des Archives de la Bastille aux mots Comédie-Française, Comédie- Italienne, Opéra, Opéra-Comique.

2. Bibl. de rAr^enal, Arch. de la Bastille, ms. 11681, f. 281; 11394, f. 15.

3. Le parterre était interdit aux laquais, mais ceux-ci n'en parvenaient pas moins à s'y introduire.

des apprentis, puis des officiers, des bourgeois du Marais et de province. Nombre de ces spectateurs sont armés de leur épée et la garde môme du spectacle, conduite par l'exempt spécialementattaché à la comédie, n'ose pas toujours s'y aventurer pour rétablir l'ordre et la tranquillité. Notez que nous sommes chez Racine, chez Marivaux et chez Voltaire. Des querelles s'élèvent, les lames sortent du fourreau; les spectateurs assistent parfois à des scènes plus dramatiques que celles qui sont représentées sur le théâtre : deux hommes se battent et se poursuivent a coups d'épée à travers les couloirs et les loges K

Prenons les spectateurs à leur entrée à la Comédie-française, à la Comédie-Italienne ou à l'Opéra. Le commerce de billets pour les jours de premières, ou les pièces à succès, est sévèrement interdit. Pour une première, une personne qui se présentait au guichet ne pouvait obtenir plus de trois billets. Giroux, fils d'un maître maçon, en veut six. Onles lui refuse. Il insulte la sentinelle et est conduit au For

i. Voir, à la date du 10 fé/rler 17J5, B.bl. de l'Arsenal, Arch. de U Bastille, ms. 11281, f. 298.

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rÉvêque.Maisson père, dansun placet au lieutenant de police, raconte l'affaire différemment: <( La distributrice et Tun des gardes préposés à la Comédie, voyant mon fils en [ibit de travail, lui dirent avec mépris qu'il ne demandait ces billets que pour les revendre. «

« Nous avons l'honneur de vous rendre compte, dit un rapport à la lieutenance de police, que, le 11 du présent mois (année 1760), le sieur de la Villegaudin ^ aa rrêté, rue de la Comédie-Française, le nommé Pinsard, garçon perruquier, qu'il a trouvé revendant des billets de parterre de la Comédie-Française et en exigeant 30 sols, tandis qu'ils n'en coûtent que 20 2. »

Jacques Montgolfier, marchand de papier — c'est le père de l'inventeur de l'aérostat — demande la mise en liberté de son domestique qu'il avait envoyé prendre deux billets de parterre chez les comédiens du roi. « On lui en donna trois. Il fit la faute de se défaire de celui qui lui était inutile moyennant 30 sols », ce qui le fit écrouer au For l'Évêque^.

La surveillance exercée était des plus sévères L'inspecteur Vierrey écrit, en date du 17 février 1748, au lieutenant de police : « Sur la plainte que l'on a faite contre différents particuliers, qui vendaient

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