‹ La Bastille des comâediensChapitre 105 sur 122 · lùicl., ms. 117 i8, f · texte numérisé non relu

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loge de Madame la comtesse ou Madame la marquise telle ou telle ; on les laissait passer et ils tâchaient de se faufiler au parterre ; mais la garde les avait suivis et les mettait en état d'arrestation ^

On trouve enfin dans les archives de la Bastille des billets d'entrée à la Comédie-Française, gracieux et charmants avec leur encadrement Louis XV, mais dont les signatures sont contrefaites. Les faussaires n'étaient pas conduits auFor l'Evêque, prison trop distinguée pour eux. Ils étaient écroués à Bicêtre ou au Ghâtelet.

On donnait habituellement deux pièces chez les Comédiens du roi, la a grande pièce » qui était jouée la première, et la « petite pièce » qui était jouée en second lieu : le contraire de Fusage actueL Bien des spectateurs rentraient chez eux après avoir vu la grande pièce. Ils étaient guettés par les amateurs] de « contremarques ». « Louis Noël, garçon tailleur, écrit l'exempt Delavault^, a été arrêté au parterre de la Comédie-Française, après avoir été averti plusieurs fois de se retirer, ayant été aperçu mendier des contremarques de ceux qui sortaient ». Le 18 janvier 1750, les sentinelles, de garde à la porte de la Comédie, arrêtent un parti

1. Bibl. de VArsenal, Arch. de la Bastille, ms. 10858, f. 50.

2. Le 5 octobre 1731. Bibl. de l'Arsenal., Arch. de la Bastille, ms. 11760, f. 209.

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culierqui avait été accusé par différentes personnes de (( faire Testaffier de contremarques » et de les vendre. Et, de fait, on lui en trouva cinq qu'il tenait dans la main. Il fut écroué au For l'Evêque^

Gilbert Noël, notaire et greffier de la prévôté de Montmartre, représente dans un placet au lieutenant de police que, le 4 octobre 1751, son fils, qui est clerc chez M'deVauversin, avocat au Parlement, était entré à la petite pièce de la Comédie, avec une contremarque que lui avait remise une personne de sa connaissance. 11 fut arrêté à la porte intérieure du parterre par le sergent de garde et conduit au For TEvêque; mais, ajoute le père, r « injuste procédé de ce sergent n'a eu d'autre envie que de faire racoler le fils du suppliant dont la taille avantageuse l'avait séduit. Cela est si vrai, qu'il envoya dès le lendemain matin un soldat détruise lui dire de sa part, qu'il sortirait dès le jour, s'il voulait s'engager dans sa compagnie , et que , puisqu'il aimait la Comédie, on la lui ferait voir tout à son aise pendant quatre mois, en le mettant de garde dans l'intérieur de la Comédie-Française-. »

Il était permis de pénétrer pour quelques instants dans le théâtre, si l'on avaii quelques mots à dire à l'une ou à l'autre personne qui s'y trouvait. En entrant, l'usage était de laisser un écu au rece-

\. Bihl. de V Arsenal, Arch. de la Bastille, ms. 11723, f 4. 2. Ihld., ms. M760, doss. Noël.

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vGiir de billets, qui le rendait à la sortie. Le chevalier de Sabran assiste de la sorte à deux actes de dom Japhé. En sortant il réclame son écu ; mais le contrcMeur lui répond « qu'on payait quand on n'avait vu qu'un acte et qu'en ayant vu deux il n'était pas en droit de redemander son argent ». Le chevalier se fâche, donne des coups de poing dans Testomac du contrôleur et est conduit au For l'Evêquei.

Le com[G de Limoges, qui appartenait à la première noblesse fut, en cette qualité, écroué, non au For l'Evêque, mais à la Bastille. 11 avait provoqué un véritable désordre à laporl'^ de l'Opéra. La salle de l'Opéra était, en 1727, située au Palais-Royal : deux entrées, dont l'une donnait dans un cul-desac; l'autre s'ouvrait rue Saint-Honoré. La disposition du contrôle était des plus primitives; comme elle l'est encore de nos jours aux baraques de la foire. Le bureau était à l'entrée même de la salle, en sorte que, par la porte entrebaillée, le parterre entendait les conversations qui s'y tenaient dès que l'on y causait sur un ton un peu vif. Le comte Nicolas de Limoges de Saint-Sain, capitaine au régiment colonel général de cavalerie, demande un billet. Fut-il peu satisfait de la place qui lui était attribués? Il se fâche, profère des menaces, injurie la buraliste. Les sentinelles interviennent. La colère

1. Bibl. de V Arsenal. Arch. de la Bastille, ms. 10850. f. 38.

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du bouillant capitaine ne fait que s'en accroître. Le parterre, importuné par les éclats de voix, commence à gronder. Kt le comte, loin de se calmer, se jette sur la sentinelle, la désarme ; celle-ci crie à la garde qui accourt ; mais Limoges a tiré son épée et ferraille contre les soldats qui se défendent. Son épée se brise, il saisit celle d'un de ses adversaires, dont il blesse M. de Bernac, le sergentmajor de garde. Le comte de Clermont et le prince de Gonti, qui se trouvaient au spectacle, intervinrent fort heureusement en ce moment. Limoges fut conduit au corps de garde, puis à la Bastille, où il demeura du 31 janvier au 6 mai 1727. Il ne fut rendu libre qu'avec injonction de rejoindre, dans les vingt-quatre heures, son régiments

Entrons à la Comédie, après avoir pris notre billet au guichet.

Dès le péristyle, quel bruit, quelle animation ! Le 29 juillet 1724, on représente Britanniciis, et une comédie, l'Ami de tout le monde. La porte, qui conduit aux loges oij vont les dames, est encombrée de jeunes gens. Dès la descente de carrosse :

— Ah ! que celle-là est laide !

— Celle-ci a la jambe mal faite!

— Voyez donc celle-là, comme elle a ses bas bien tirés !

1. Bihl. de C Arsenal, Arch. de la Buslille, ms. 10978, f, 58 ; — Paul d'bistrée, dans le Ménestrel^ année 1894, p. 117.

— Celle qui descend et qui est vêtue de jauue a de plus gros tétons que l'autre !

Parmi ces jeunes gens se distingue le chevalier de Bergue. L'exempt Pannelier lui veut faire des observations.

— Va faire f...; je veux être là; je te f... cent coups de bâton.

Ilmetl'épéeàlamain, cherche a en percer l'agent, lequel se défend tout d'abord avec son bâton, puis tire son épée également. On intervint. Quelques jours de prison au For l'Évêque calmèrent M. le chevalier de Bergue K

Nous entrons dans la salle, à la Comédie-Française. C'est un vacarme. La salle est garnie : plusieurs centaines de spectateurs de toutes conditions sont debout au parterre ; aux loges toutes les dames occupent les places de devant. Un bruit confus de voix perce la toile encore baissée : ce sont les favorisés qui ont place «au théâtre », c'est-à-dire sur la scène même où jouent les acteurs. Dans les galeries, des colporteurs circulent en criant les productions nouvelles -. Ils ont l'audace d'y crier et d'y vendre jusqu'aux écrits poursuivis par la police. M. Paul d'Estrée met au jour la piquante aventure d'un « camelot » qui débitait dans ces conditions, à la Comédie-Italienne, la Voitaîromanie.

1. Dibl. de VArsenal, Arch. de la Bastille, ms. 10856, f. 44-45.

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