Ibid., ms. 11332, f
LE FOR l'ÉVÊQUE 271
humecter et rafraîchir les entrailles de monsieur Argan » — s'est pris de querelle avec un de ses voisins, dans le parterre de la Comédie-Française, à la représentation du Baron crAllnérac. Fleurant menait un tel tapage qu'il était impossible d'entendre un traître mot de la pièce.
— Va faire f..., crie l'apothicaire.
— Nous nous retrouverons à la porte, répond son voisin.
L'inspecteur Vierrey est venu saisir le turbulent M. Fleurant, qui est conduit au corps de garde, et du corps de garde au For l'Ëveque^
D'autres fois les galeries se prennent de querelle avec le parterre. Les injures volent dans la salle : elles s'entrecroisent. Le 5 décembre 1745, on donnait à la Comédie-Italienne, Paméla^ suivi de VAjjologie du Siècte et du Nouveau feu d'artifice. Deux jeunes gens, dont l'un se nommait des Armoises de Boinville et se donnait pour lieutenant aux dragons d'Harcourt, dont l'autre se faisait appeler chevalier de Montaigu, lieutenant aux hussards de Berchiny, se distinguent par leur emportement. L'exempt Bazin a toutes les peines du monde à les faire sortir et à les mener au café de la Comédie: ils sont malheureusement suivis par le parterre tout entier qui se rue en masse dans le café. Il fallut
1. Paul d'Eslrée dans \e Journal de médecine^ 14 décembre 1902, p. 471.
mander M. de Moncel, que Tordonnance de 1716 avait investi de la garde du spectacle. Dans son rapport au lieutenant de police, Bazin conclut : « M. de Moncel se Ilatte, Monsieur, que vous engagerez le ministre à mettre tous les officiers, qui cet hiver auront des semestres, en état de respecter les ordres du roi et les officiers qui en sont chargés. Autrement, malgré toute notre attention et la politesse que nous leur devons, il serait difficile de souffrir impunément leurs sottises^. »
Aussi, quand la salle paraît devoir être particulièrement tumultueuse, l'exempt de service prend-il la précaution de faire placer, dès le début du spectacle, plusieurs gardes en armes au milieu du parterre. La vue de cet appareil militaire contribue à calmer les mutins-. Les jours de premières, des archers de robe courte, habillés en bourgeois, sont répandus dans le théâtre, et, en tous temps, les « mouches » de la police y sont assez nombreuses. Le rôle de ces « observateurs » ne se borne pas à prêter main forte à la garde en cas de besoin, ils sont là surtout pour recueillir les propos, les on-dit, dont la police du lieutenant général ^ compose les