Ibid., ms. 11404, f
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Vasson, qui, tout en faisant consciencieusement sa partie à Torchestre, sifflait bruyamment une musique qui ne lui plaisait pasL
La représentation terminée, l'exempt de service à la Comédie, et les gardes françaises qui lui étaient adjoints, n'avaient pas encore achevé leur tâche. Il faut veiller à la sortie, et surtout au redoutable défilé des carrosses dans les rues étroites, encombrant les portes du théâtre 2.
<( A la sortie du spectacle, écrit Mercier dans ses pittoresques Tableaux de Paris^ voulez-vous savoir au juste dans quel quartier va se rendre tel équipage? écoutez bien l'ordre que donne le maître au laquais, ou plutôt que celui-ci rend au cocher : au Marais on dit au logis ; dans l'île Saint-Louis, à la maison; au faubourg Saint-Germain, à r hôtel; et dans le faubourg Saint-Honoré : allez! On sent, sans avoir besoin d'un commentaire, tout ce que ce dernier mot a d'imposant. »
« A la porte des spectacles se trouve toujours un aboyeur à la voix de stentor qui crie : « Le carrosse de M. le marquis! » « Le carrosse de M""^ la comtesse! » (( Le carrosse de M. le Président! » Sa voix terrible retentit jusquedans le fond des tavernes oii boivent les laquais, jusqu'au fond des billards
1. Uihl. de V Arsenal, Arch. de la Bastille, ms. 11270, f. 47.
2. Voir Volice des voilures aux abords des comédies française et ilalienne (ordonnance royale du 26 décembre 1736, publiée par Campardon, les Comédiens du roi, p. 317).
OÙ les cochers se querellent et se disputent. Cette voix, qui remplit un quartier, couvre tout, absorbe tout, le bruit confus des hommes et des chevaux. Laquais et cochers à ce signal retentissant abandonnent les pintes et les queues et courent reprendre la bride des chevaux et ouvrir les portières. Cet aboyeur, pour donner à sa poitrine une force plus qu'humaine, renonce au vin et ne boit plus que de l'eau-de-vie. Il est toujours enroué, mais cet enrouement même imprime à sa voix un son rauque et épouvantable qui ressemble à un tocsin. Il crève bientôt à ce métier. Un autre le remplace; il hurle de même et meurt comme son prédécesseur, à force d'avoir avalé de l'eau-de-vie d'épicier. »
Ace cri arrivent de toutes parts cochers, jokeys et laquais. Ils doivent se mettre à la file, ne pas s'arrêter devant les portes des théâtres de manière à en obstruer l'entrée ; les fiacres ne sont autorisés à paraître pour recueillir la clientèle, qu'après le défilé des « carroses bourgeois ». Précautions nécessaires, mais qu'il est difficile de faire observer. Les cochers sont vio'ents, beaucoup d'entre eux, à la fin de la soirée, sont i^^es. La « livrée » tout entière se soutient et se prête assistance contre la garde. Tel cocher répond par un vigoureux coup de fouet à l'exempt ou au sergent qui lui fait une observation. La garde veut l'arrêter. « A moi la la livrée ! » et, entre la (( livrée » et la « garde », ce sont des
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batailles, souvent burlesques, mais qui, crautrcio^., tournent au drame sanglant. Nombre de ces cochers et laquais appartiennent à de grandes maisons. L;i police hésite à les arrêter : si l'on conduit en ciïci le domestique au For TEveque, comment M™'' la marquise ou M. le Président pourront-ils rentrer chez eux ? Les valets d'ambassadeurs exigent des e'gards plus grands encore. Ils ne peuvent être appréhendés qu'après des négociations et des formalités diplomatiques. Le plus souvent Fécrou au For rÉvêque ne peut se faire — quand il se fait — que le lendemain du délit, après que M'"'' la marquise ou M. l'ambassadeur ou M. le Président ont autorisé l'arrestation de leur fidèle serviteur K
Aussi le lieutenant de police crut-il parfois nécessaire de sévir plus sévèrement que par une détention de quelques jours dans la bénigne prison du ForTEvèque. Siégeant en son présidial du Châtelet, il condamne Scipion Toussaint, non seulement h neuf années de bannissement hors de la prévôté de Paris, mais à être attaché, devant l'Opéra, pendant trois jours de spectacle consécutifs, ayant des écrit eaux, sur le dos et sur la poitrine, portant ces mots :
Domestique violent eni:ers la garde de l'Opéra.
\. Voir aux Arcb.ives de la Bastille, entre autres, les dossiers suivants : 11288, r. i.j'J-GU; 1134G, 1". 1U3 ; 11311, f. 2-3; 11515, ï. 224-25; 6b8, f. 119.
Et, pour faire impression, la sentence fut lue en grand appareil puis affichée, aux portes de l'Opéra, de la Comédie-Française et de la Comédie-Italienne.
Les délinquants pour affaires de théâtres étaient tous incarcérés au For l'Evoque, oudu moins presque tous ; il arrivait que le coupable fût personnage de trop haute distinction , tel le vicomte de Li moges de qui il a été question plus haut et qui est mis h la Bastille. D'autres fois, il s'agissait d'un crime véritable, comme la falsification des signatures sur des billets d'entrée ; en ce cas le coupable était mis à Bicêtre, auChâlelet^, ou, quand il s'agissait d'une femaie, à Saint-Martin 2. C'est le commissaire du quartier qui avait qualité pour décider Fécrou momentané ; le lieutenant de police prononçait en second ressort, et le ministre de la Maison du roi décidait si l'arrestation serait maintenue. Comme la plupart de ces incarcérations étaient de quelques jours à peine, il arrivait que le coupable fût déjà en liberté alors que la demande de contreseing pour la lettre de cachet d'entrée arrivait au ministre.
Des abusse produisirent, particulièrement lorsque les sergents de la garde en faction dans les théâtres étaient directement maltraités : il leur arrivait de
1. Bibl. de VArsenal. Arch. de la Bastille, nis. H657, f. 312-21, doss. Wannont.
2, Ibid., ms. 11657. f. 312-21, doss. Marie Guidon.
prendre sur eux de conduire les gens en prison, sans formalité aucune.
L'abus, qui se mêle parfois à ces incarcérations, est clairement exposé par le commissaire Chenu, dans une lettre au lieutenant de police, en date du 10 décembre 1765 :
« J'ai l'honneur de vous informer qu'il a été arrêté hier soir, à la Comédie-Française, après la dernière pièce jouée, un particulier, qui a été mis au corps de garde où il a été retenu dans une espèce de charte privée plus d'une grande heure. Les sergents n'ont point, ainsi qu'ils le devaient, remis à la garde de Paris ce prisonnier pour être conduit chez moi, y être entendu et être ensuite statué ce que de raison : ils ont, au contraire, envoyé chercher le sieur de Villegaudin (inspecteur de police), dont ils ont surpris la religion, en s'opposant for mellement à ce qu'on conduisît ce particulier chez un commissaire et l'obligeant, par des menaces, a le conduire au For l'Eveque, ce qui est contre toutes les règles, les sergents aux gardes n'ayant aucune espèce de juridiction, mais le droit seulement d'arrêter, dont ils abusent quelquefois. En etfet, à combien d'inconvénients et d'injustice ne serait pas exposé le public, si la liberté de chaque citoyen dépendait d'un soldat ou sergent qui, sous le prétexte, vrai ou faux, qu'on l'a insulté, pourrait envoyer en prison d'honnêtes gens qui ont au
contraire souvent à se plaindre d'eux d'après l'insolence et la brutalité dont ils n'usent que trop fréquemment. Les soldats sont en général insolents, et il est affreux que les sergents se décident, sur leurs rapports, à arrêter d'honnêtes gens et qu'ils refusent d'entendre les personnes qui ont vu et entendu, ainsi que cela est arrivé hier vis-à-vis du prisonnier arrêté, de façon que cette garde se trouve, par là, juge et partie ; ce qui est contraire au droit des gens et à la sûreté publique. Il paraît que la garde de la Comédie-Française est la seule qui se conduise aussi mal, car le public s'en plaint beaucoup plus que de celle des autres spectacles. Je pense, d'après la conduite de cette garde, qu'il est essentiel de lui faire donner de nouveaux ordres, pour que pareille chose n'arrive plus à l'avenir et que le public, allant au spectacle, ne soit plus exposé au caprice d'un soldat ou sergent aux gardes et d'être envoyé en prison sans être entendu, ni avoir la faculté de se justifier ou même de se plaindre ^ )> La forte et courageuse lettre du commissaire Chenu eut l'effet désiré. M. de Saint-Romain, officier réformé, qui avait été arrêté, fut rendu libre immédiatement, et le lieutenant de police donna ses ordres pour que pareils abus ne se produisissent plus.
1. Dibl. de l'Arsenal, Arch. de la Bastille, ms. 11258, f. 280-81.
Une dernière observation se présente à l'esprit, à propos de ces rapports de police — ils sont pour la plupart rédigés par les exempts de robe courte
— qui contiennent une si vivante peinture du public qui fréquentait les salles de théâtre au xviii" siècle. Tout y est contraste avec notre époque. Si les salles de spectacle sont alors autrement bruyantes, animées, batailleuses qu'aujourd'hui; ces bulletins de police eux-mêmes ont une grâce, une finesse, une tenue, littéraire qui manquent sans doute à la littérature similaire de notre temps. Après avoir narré les coups de fouet dont un cocher ivre a accablé un des sergents de garde à la Comédie, l'exempt apprécie la tragédie qui a été jouée. C'est la première du Réveil (rÉpiménidc. La pièce n'a pas été absolument mal reçue, bien qu'elle soit, estime le brave exempt, froidement écrite. L'Arlequin nouveau a été bien accueilli, mais l'officier de police n'en est pas entièrement satisfait, et il estime que la faveur ne durera pas. Enfin on y trouve des renseignements sur les recettes des théâtres : on y voit, par exemple, que les maximums à la Comédie-Italienne étaient de 2.700 à 3.000 livres, ce qui
— vu la puissance de l'argent à cette époque — correspond assez exactement aux plus fortes recettes réalisées de nos jours par les théâtres parisiens similaires.
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