Bibl. nat., ms. Joly de Fleury 1293, f
LE FOR l'ÉVÈQUE 147
mettre à la raison un prisonnier difficile ; aussi demande-t-il d'être débarrassé d'un pareil sujet, et Théveneau de Morande fut transféré aux Bons- Fils d'Armentières •.
Un mot, en terminant, sur les mises en liberté. Ministre, Parlement et lieutenant de police — conformément à l'esprit du temps — se préoccupaient beaucoup plus de la situation du prisonnier, de sa famille, de ses répondants, de l'état de ses affaires, que de punir la faute qu'il avait pu commettre. Un prisonnier s'est rendu coupable d'un délit assez grave, mais il se présentera pour lui une situation avantageuse où l'on peut croire qu'il se conduira en honnête homme : on n'hésitera pas à lui ouvrir les portes ; tandis que l'on retiendra un de ses compagnons, moins coupable, parce que, se trouvant sans ressource d'aucune sorte, il ne manquera d'échouer à nouveau sur le pavé de Paris pour y mener une existence de vagabond et de mauvais sujet. Simon Boucly, facteur des postes, a été conduit au For l'Evêque parce qu'il a retenu 60 livres sur les lettres chargées qui lui étaient confiées : délit très grave ; mais il est rendu libre, après une courte détention, parce qu'il est chargé de famille et que sa femme est sur le point d'accoucher^.
1. Document publié par Ravaisson, Archives de la Bastille, XII, 481-84.
2. Bibl. de V Arsenal, Arch. de la Bastille, ms. 11738, doss. Boucly.
On voit ainsi — et c'est, semble-t-il, la conclusion à tirer de ces quelques pages — qu'il faut avoir soin de se dépouiller de toutes idées modernes pour apprécier dans son vrai jour une prison comme le For l'Evéque, aussi caractéristique de l'ancienne France que sa grande sœur la Bastille, dont riiistoire a été plus brillante et a fait plus de bruit.
im^'
« LE PONT-NEUF, DU COTÉ DU LOUVRE, SUR LE GRAND BRAS DE LA RIVIÈRE, TEL Qu'oN LE VOIT DU PONT-AU-CHANGE ». (xVIII= SIÈCLe)