‹ La Bastille des comâediensChapitre 75 sur 122 · Fr. Ravaisson, .4rc/ià'es de la Bastille, XU · texte numérisé non relu

Fr. Ravaisson, .4rc/ià'es de la Bastille, XU

2. Mémoires de Lekain dans la Collection des Mémoires sur l'Art dramatique, p. 388.

3. Bibl. de V Arsenal, Arch. de m Bastille, ms. il937. doss. Le Kain.

192 LA BASTILLE DES COMÉDIEiNS

En 1758, Le Kain fut remis en prison pendant quinze jours pour avoir pris un nouveau congé sans permission^.

Le 19 février 1757, on donnait à la Comédie-Italienne Ninette à laCom\ l'imitation par Favart de Bertholde à la Com\ un intermède italien qui avait été représenté à l'Opéra en 1753. Champville- ayant chanté faux dans unquatuor, son camarade Rochard^ lui en fit l'observation, sur la scène, assez brusquement. A peine dans la coulisse Ghampville saisit Rochard au collet, lui donne un soufflet ; Rochard tire l'épée, Ghampville tire la sienne; et tous deux de gagner la porte pour s'aller battre dans la rue. Le maréchal de Richelieu envoya Ghampville au For rÉveque, mais, dès le 24 février, le comte de Saint-Florentin, ministre de la Maison du roi, in-

1. Mémoires de Le Kain (lettre au maréchal de Duras), p. 388.

2. Gabriel-Eléonor-Hervé du Bus, dit Ghampville ou Soli, frère de Préville, comédien de la troupe française, débuta è la Comédie- Italienne en 1749 et la quitta en 1769 avec une pension de 1.500 livres. Il avait la spécialité de jouer, dans les parodies, les rôles de paysans et même de vieilles femmes.

3. Charles-Raymond Rochard de Bouillac s'était défait de l'office de procureur général aux requêtes de rilôtel pour entrer à l'Académie de Musique, où il resta peu. Il débuta à la Comédie-Italienne le 19 novembre 1740. Son rôle dans Ninette à la Coui\ dont il est question, fut un de ses plus brillants succès. On lui attribue une comédie : V Amant trop prévenu de lui-même.

formait le lieutenant de police que l'acteur avait été mis en liberté, la direction du théâtre ayant besoin de lui^. « Vu les maladies, avait écrit le duc de Gesvres, Champville est nécessaire à la Comédie- Italienne. » L'artiste devait son prompt élargissement à la (( follette », Vinflitenza du temps.

]\Iiie Asvedo, disait Rosimond, directeur du théâtre de la Rochelle, est une femme très propre à difîé rents caractères^ et c'est ce qu'il faut en province, ovi les «femmes doubles » sont encore plus rares qu'à Paris. Aussi l'avait-il engagée, lui avait-il versé 400 livres pour ses frais de voyage; mais Asvedo poussait cette duplicité si précieuse au point de recevoir l'argent nour se rendre à La Rochelle, tout en demeurant a Paris. Elle était liée avec M""*" Le Kain et Préville, de la Comédie-Française, qui la cachaient. L'intendant de La Rochelle en écrivait au lieutenant de police Rertin : M'"" Asvedo était indispensable au bonheur de ses administrés, elle avait reçu pour cela 400 livres et Rertin à son tour en écrivait au ministre Saint-Florentin :

« M. le comte de Saint-Florentin est supplié de

1. Bibl. de VArsenal, Arch. de la Bastille, ms. 110j7, f. 134; — Paul d'Estrée, dans le liîénesf.rsl, 1893, p. 349.

faire expédier un ordre pour arrêter la nommée Asvedo et la conduire à La Rochelle. »

L'inspecteur parvint à dénicher la petite actrice, dans la retraite où elle se cachait, et lui fit signer la promesse de se rendre incessamment à la comédie de La Rochelle, suivant l'engagement qu'elle avait contracté :

En foi de quoi j'ai signé la présente soumission.

Fait à Paris, ce 29 septembre IToS.

Asvedo.

Avesdo signait sans hésiter, mais elle ne partait pas. La troupe de Rosimond, ayant terminé sa saison à La Rochelle, se transporta à Orléans, d'oii l'intendant, M. de Rarentin, écrivit à son tour à Rertin, pour réclamer Asvedo.

L'inspecteur La Janière se remit en campagne, il retrouva Asvedo et lui fit souscrire une nouvelle promesse de rejoindre sans délai, à Orléans, M. de Rosimond.

Je soussignée, promets de me conformer aux ordres que M. de La Janière vient de me notifier de la part de M. le lieutenant général de police, qui sont de partir dans les

vingt-quatre heures.

Fait à Paris, le 2G novembre IIjS.

Asvedo.

A cette belle déclaration elle ajoutait, il est vrai, sournoise, ce post-scriptum :

LE FOR L'ÉYÊQUE 195

Mais, pour des raisons que J'expliquerai à Monseigneur, je ne puis me rendre dans le délai qui m'est commandé.

A Paris, Asvedo donnait des promesses ; à Orléans, Rosimond l'attendait; mais il ne la voyait pas venir. Sur de nouvelles plaintes La Janière fit signer à ractrice un troisième engagement de «rejoindre », sous menace, cette fois, en cas de refus, d'être enfermée à la Salpètrière, c'est-à-dire dans la dure prison de Paris.

Les saisons passaient et Rosimond ayant termine la sienne à Orléans, se transporta avec sa troupe à Rouen, où il continua d'attendre M"*" Asvedo. A son tour l'intendant de Rouen écrit, dans les mêmes termes que l'intendant d'Orléans, qui avait écrit dans les mêmes termes que celui de La Rochelle. Le lieutenant de police perdit patience. Asvedo fut mise au For l'Evêque. Comme Rosimond mandait qu'il devait incessamment passer par Paris, Rertin l'autorisa d'aller en personne prendre à la prison sa pensionnaire récalcitrante pour la mener lui-même à Rouen. Mais la petite avait sa tête. Puisqu'on la forçait d'aller jouer dans la troupe du sieur de Rosimond, il était nécessaire qu'il fût bien et dûment établi qu'elle n'y allait que matériellement contrainte. Du For l'Evoque elle écrit, le 12 décembre, au lieutenant de police : « Je suis prête. Monseigneur, à partir pour Rouen, sous la conduite de M. de La Janière

(l'inspecteur de police); c'est, dit-elle, une chose que je me dois à moi-même. » Sur un engagement rempli avec pareil enthousiasme, de quelle façon la belle entêtée put-elle bien jouer dans la troupe de M. de Rosimond^?

Husse, danseur, et Celle, chanteur à l'Opéra, sont conduits au For l'Evoque, le 11 juillet 1753, pour s'être querellés dans leur loge et s'être fait un défi pour se battre à l'épée après la représentation'-; et Garnier, danseur de la Comédie-Italienne, y est écroué pour avoir provoqué en duel, le 8 octobre 1760, dans le foyer de la Comédie, Lamy, maître des ballets*^.

En septembre 1760, Lefèvre, danseur de TOpéra- Comique, fut mis dans la prison de la rue Saint- Germain l'Auxerrois «pour avoir fait manquer une scène, par sa négligence, et occasionné les mur-

1. Bibl. de l'Arsenal, Arch. de la Bastille, ms. 11985, f. 107-131.

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