Bachaumunt, II
notre faute, et c'est des bontés et de rindulgence dont vous nous avez tant de fois honorés, que nous attendons la grâce que nous vous demandons et que nous vous supplions de nous accorder ^
Le public applaudit et les comédiens purent jouer le Chevalier à la mode suivi du Babillard. Les représentations continuèrent les jours d'après. Nos pensionnaires du For FÉvêque en étaient extraits chaque soir à l'heure du spectacle; puis, après qu'ils avaient joué, ils réintégraient leur logis obligatoire de la rue Saint-Germain-l'Auxerrois. Ils ne croyaient d'ailleurs pas avoir à se gêner dans leur propos. En date du 20 avril, Le Kain écrivait au lieutenant de police : « Vous êtes vraisemblablement instruit de la violence qu'on nous a faite pour nous rendre un camarade que nous avions jugé malhonnête homme. Le mépris que le maréchal de Richelieu a fait de nos représentations les plus respectueuses, en dévoilant son peu de délicatesse ou l'excès de son orgueil, me désola par la portion qui en jaillissait sur moi-même. La conduite actuelle de la Comédie-Française doit lui mériter les éloges de tous les honnêtes gens. »
Le lendemain, 3 avril, M^" Clairon, vu l'état de sa santé, reçut l'autorisation de retourner chez elle ;
1, Bachaumont, II, 211 ; — Correspondance de Ginmm, éd. Maurice Tourneux, VI, 260.
mais il lui était défendu de recevoir plus de cinq ou six personnes de ses amis intimes, desquelles étaient exclus ses camarades de la Comédie.
A peine rentrée, l'artiste écrivit à Le Kain toujours prisonnier :
De chez moi, ce 22 avril 1765.
Je viens d'avoir une très grande conférence avec une personne parfaitement instruite.
L'indigne protégé du maréchal de... ne reparaîtra jamais. On jie me l'a pas articulé aussi positivement; mais on m'a dit que tous ceux dont notre sort dépend sont convenus qu'il faut renoncer à la comédie ou au projet de nous dégrader. On craint les désistemens, tenons ferme, respectueusement, et tout ira bien. J'ai demandé qu'on vous changeât de lieu par la crainte que j'ai que vous tombiez tous malades où vous êtes; que l'on fixât le temps de votre détention; et l'on est convenu que j'avais raison de croire qu'elle était un prétexte pour cabaler et tenir de mauvais propos plus longtemps. Enfin, mon cher ami, j'ose espérer que cela ne sera pas bien long et que 1^ semaine prochaine, au plus tard, nous serons tous chacun chez nous jouissant de notre gloire. Dites bien des choses de ma part à nos trois amis. Vous devez être biens sûrs tous du cas que je fais de votre estime et de votre amitié. Tant que je vivrai, mon cher ami, je vous jure que je la
mériterai.
Clairon K