Lettre à Le Kain, Mémoires de Le Kain, p
M""' Clairon disait vrai. Les comédiens remportèrent snr la Chambre. Pour complaire à sa brillante interprèle, de Belloy retira /e Siège de Calais (( au moyen de quoi le public n'est plus en droit d'exiger la réparation qu'il devait naturellement ; llendre de revoir cette pièce avec les mêmes acteurs ». On donna à Dubois sa pension de retraite sur la Comédie, bien qu'il lui manquât quelques années pour qu'il eût fini son temps; on ajouta môme aux 1.500 livres, chilïVe ordinaire, un supplément annuel de 500 livres parce qu'il avait formé une élève, sa iille, la jolie Dubois. C'était l'usage en pareil cas. Le Kain, Mole, Dauberval et Brizard sortirent du ForFEvêque, le 7 mai, après une détention de trois semaines ^ La Comédie avait perdu 30 ou 40.000 livres.
Le 22 septembre 1765, Le Kain écrivait àTrudaine, ordonnateur général des Ponts et Chaussées, à l'effet d'obtenir une continuation de chemin dans son village de Fontenay-sous-Bois :
M. Durand, trésorier de France, m'a bien accordé la permission d'établir cette voie à mes dépens ; mais, Monseigneur, cette dépense, qui peut monter à quatre ou cinq cents livres, est trop onéreuse pour un roi d'Angleterre
1. Archives de la Préfecture de police, 2" section F, n" .^1, reg. ij, fol. 65. 11 faut observer que les dates inscrites sur ce registre, pour l'entrée et la sortie, sont celles des ordres du roi (entrée : 15 avril ; sortie : 7 mai). Ce ne sont pas les dates d'entrée et de soitie réelles que nous donnons c'-dcssus.
obligé de lever au mois d'avril dernier le Siège de Calais et fait prisonnier du roi de France pendant vingt-cinq jours. Tous ces désastres — car les rois ont les leurs comme les particuliers — ont tellement énervé les finances de Ma Majesté britannique qu'à peine puis-je payer les réparations faites à ma chartreuse ^
La plaisanterie était bonne. Trudaine en rit. La requête fut accordée. Si bien qu'en fin de compte, se remémorant les incidents du Siège de Calais^ chacun y trouva son plaisir : Fauteur, de Belloy, y avait eu autour de son œuvre un tapage inespéré; les comédiens, après avoir glorieusement cueilli les palmes du martyre, avaient eu la gloire, non moins brillante, de sortir de la lutte en triomphateurs ; M^'^ Dubois, à l'édification de tout Paris, avait mis sa piété filiale au dernier point; et Dubois enfin, avait obtenu la pension de retraite la plus élevée, avant d'avoir rempli le nombre d'années de service réglementaire. Si Armand, le bon gaillard, eût encore vécu, il eût pu rimer le couplet final :
A tant de courage^
Digne d'un autre dge^ Chacun applaudit du fond de son cœur^
Et^ clairon sonore^
La Clairon s honore D'avoir 'pu sauver le droit et r honneur.