‹ La Bastille. Histoire et description des bâtiments.--Administration.--Régime de la prison.--Événements historiquesChapitre 14 sur 78 · TOTAL · texte numérisé non relu

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Une liste complète des capitaines-gouverneurs de la Bastille et des principaux officiers de l'état-major n'a pas encore été présentée jusqu'ici. Celle que l'on va lire n'est pas absolument sans lacunes; mais, telle qu'elle est, nous espérons qu'elle offrira encore de l'intérêt et que l'on nous tiendra compte des recherches qu'elle a exigées W.

S 1. Capitaines-Gouverneurs.

1. LA PERSONNE (Jean), vicomte d'AcY, chevalier, fut probablement le premier capitaine de la Bastille. Dans les montres et quittances des gens de guerre son nom se rencontre fréquemment, de 1 3 86 à i3p,2, avec la qualité de creapi-

(1) Dans noire article tr Bastille» de la Grande Encyclopédie, nous avions donné la nomenclature de vingt et un gouverneurs. Celle-ci comporte quarante-deux noms. M. H. Monin, qui, dans son édition de Linguet, avait bien voulu renvoyer

ses lecteurs à celle de notre premier travail, tout en la trouvant bien incomplète (préface de l'édition des Mémoires de Linguet et Dusaulx , note 2 de la page îù), nous saura gré, sans doute, d'être ainsi en progrès.

taine du fort et bastide Saint-Anthoine lez Paris n. Le nombre d'hommes de sa compagnie varie plusieurs fois entre ces deux dates : tantôt il est de trois écuyers, tantôt de six, tantôt de huit; à partir de i3q2, il n'est plus que de cinq arbalétriers, au lieu de dix('2), auquel il s'élevait antérieurement. Suivant une note du volume 121 (fol. 1/19 r°) de la collection Ducbesne conservée parmi les manuscrits de la Bibliothèque nationale, «messire Jean la Personne, chevalier, vicomte d'Acy, seigneur de Beu et de Nesle en Tardenois, chambellan du Roy, qui decedda l'an 1/100 n, fut inhumé au couvent des Gélestins d'Amiens.

2. SAINT-GEORGES (Le seigneur de). Ce personnage nous est peu connu et l'on ignore la date à laquelle il fut investi de la garde de la Bastille. Peut-être succéda-t-il immédiatement à La Personne; d'après Millin qui, dans l'espèce, ne saurait faire autorité, il avait la charge du château en i4o4(3); le chroniqueur anonyme que l'on nomme le religieux de Saint-Denis déclare qu'en t/io5 elle lui fut donnée pour remplacer Jean de Montaigu^'; mais, comme nous allons le dire dans un instant, c'est très probablement le contraire qui eut lieu; il est donc certain que le sire de Saint-Georges fut, pendant quelque temps, capitaine de la Bastille, mais là s'arrête notre certitude.

3. MONTAIGU (Jean de). Au contraire de ce qu'avance le religieux de Saint- Denis, Monstrelet affirme que Jean de Montaigu fut nommé capitaine de la Bastille en 1 6o5, en lieu et place du sire de Saint-Georges, et ce qui nous fait préférer, avec Douet d'Arcq, cette version à l'autre, ce sont les paroles mêmes que Monstrelet prête à Montaigu : il te jura et fist serment qu'il ne mestroit hommes

(1) f Sachent tuit que nous Jehan La Personne, viconte d'Acy, chevalier, capitaine du fort et bastide de Saint Anthoine lez Paris, confessons avoir eu et receu de Jehan Le Flamenc , trésorier des guerres du Roy uoslre sire, la somme de trois cens quatre vins frans d'or en prest sur Testât et gaiges de nous capitaine, 1 aulre chevalier, vm escuiers et x arbalestriers ordenés à la garde et deffense de la bastide Saint Anthoine de Paris, deserviz à ladicte garde et delfense. De laquelle somme de 111e un" frans d'or dessusdicte nous nous (enons pour contens et bien paiez. Donne' soubz nostre scel, le ximejour de mars l'an mil ecc nn" et cinq». (Bibl. nat., mss. Glairambault, Titres scellés, reg. 76 , pièce AC.) — Les pièces £7-65 sont des quittances analogues.

"Sachent tuit que nous, Jehan La Personne, vicomte d'Acy, chevalier, capitaine du fort et bastide de Saint-Anthoine lez Paris, confessons avoir eu et receu de Jehan Le Flament, trésorier des guerres

du Roy nostre sire, la somme de deux cens soixanle livres tournois en prest sur Testât et gaiges de nous capitaine dessusdict et vi escuiers et x arballestriers de pié de nostre compaignie, deserviz et à deservir en ces présentes guerres à la garde, seurte' et deffense dudit fort et bastide Saint-Anthoine; de laquelle somme de 11e lx livres tournois nous nous tenons pour contens et bien paiez. Donné soubz nostre scel, le xu" jour de décembre, Tan mil ecc un" et sept». (Bibl. nat., fonds franç. 26022, n° 1 1 10.) — Dans le catalogue d'une vente d'autographes faite le 26 novembre 1888 par l'expert Eugène Charavay, a figuré une montre de Jean La Personne en date du 1" février 1 386 (n. s.). Sa compagnie, rren garnison a la Rastide Saint- Anthoine», se composait alors d'un bachelier, de 8 écuyers et de 10 arbalétriers.

(2) Antiquités nationales , t. I, p. 3.

(1) Loc. cit., t. III, p 3o8.

dedens, sinon seulement ceulx du Conseil du Roy là estans-»(1). La vie du grandmaître de l'hôtel du Roi a été étudiée par M. L. Merlet(2) d'une façon fort intéressante, mais il n'y est pas fait mention de son passage à la capitainerie de la Bastille. Plus haut, nous avons parlé de la chapelle où les commissaires du roi d'Angleterre lurent, en i/i3o, le nom de Montaigu inscrit comme fondateur de l'autel qui s'y trouvait®. En 1/106, le grand-maître figure, dans une quittance, comme capitaine de la Bastille avec quatre hommes d'armes et six arbalétriers seulement ^. Depuis cette date, nous ne trouvons plus mention de lui. On sait qu'il fut mis à mort, le 17 octobre 1Û00,. Conserva-t-il jusqu'alors le gouvernement de la forteresse? Il serait téméraire de se prononcer.

h. LOUIS duc de Bavière, frère de la reine Isabeau, fut, d'après Monstrelet (5), nommé capitaine de la Bastille en septembre i4i3. Le Journal d'un bourgeois de Paris s'exprime, à ce sujet, en termes qui prêtent à l'amphibologie : parlant du duc de Guyenne et de ceux de son parti, crilz firent, dit-il, les deux ducz devant dis, de Bavière et de Bar, cappitaines l'un de Sainct Anthoine et l'autre du Louvre »

5. EDOUARD, duc de Bar. Si nous donnons une place à ce personnage dans la liste des capitaines de la Bastille, c'est qu'il est mentionné comme tel par le Religieux de Saint-Denis pour la même année ikio (7); on vient de voir, par l'article précédent, que ce chroniqueur a peut-être fait confusion avec la capitainerie du Louvre.

6. BAYER (Conrad). Il ne nous est connu que par une quittance du 3o juin ikik, où il figure comme capitaine de la Bastille, avec trois écuyers et trois arbalétriers t8'.

Édition de Douet d'Arcq pour la Société de l'histoire de France, t. I, p. 11 3.

(2) Bill, de l'École des chartes, 3e série, t. III, (i859), p. 248-283.

^ Ci-dessus, p. 10.

(,) « Sachent tait que nous Jehan, seigneur de Montagu , chevalier banneret, souverain maistre d'ostel du Roy, capitaine du chastel de Saint-Anlhoine de Paris, confessons avoir eu et receu de Hemon Raguier, trésorier des guerres du Roy nostredit seigneur, la somme de deux cens onze livres, onze sols, huit deniers tournois, qui deuz nous estoient, tant pour nostre estât comme pour les gaiges de nous, de quatre hommes d'armes, six arbalestriers dont l'un est artilleur, d'un cauonnier et de son varlet de nostre compaignie, desserviz à la garde, seurté et delTense dudit chastel en cest présent mois

d'avril , de laquelle somme de 11e xi 1. xi s. vin d. t. , nous nous tenons pour contens et bien paiez , et en quittons le Roy nostredit seigneur, ledit trésorier et tous autres à qui quittance en appartient. Donné à Paris soubz nostre scel, le derrenier jour dudit mois d'avril l'an mil cccc et six». (Ribl. nat. , mss. Clairambault, Titres scellés, reg. 76, pièce 12.)

(5) hoc. cit., t. II, p. 398.

(6) Édition de M. A. Tuetey, p. /12.

('» hoc. cit., t. V, p. i3o.

(8) rr Sachent tuit que je Corat Rayer, chevalier, confesse avoir eu et receu de Hemon Raguier, trésorier des guerres du Roy nostre sire , la somme de soixante-dix livres tournois, en prest et paiement sur les gaiges de trois escuiers et de trois arbalestriers de ma compaignie desserviz et à desservir au service du Roy nostredit seigneur à la garde et

7. BEAUMONT (Thomas de) est mentionné en qualité de capitaine par MillinW pour l'année i/nG, mais nous n'avons que ce témoignage, assez faible, à invoquer. On sait que Thomas de Beaumonl appartenait au parti anglo-bourguignon et, vu l'année qu'indique Millin, il n'est nullement surprenant que le commandement de la Bastille lui ait été alors confié par le duc de Bourgogne, en ce moment maître de Paris. Il vivait encore vingt ans plus tard et, toujours au service de l'Angleterre, il fut fait prisonnier par le connétable de Richemont au combat d'Épinay-sur-Seine, le 10 avril i/t36(2).

8. JACQUEVILLE (Héiyon de), un autre bourguignon, était capitaine de la Bastille en ihiS. Pendant son administration, le duc de Bourgogne vint plusieurs fois loger et dîner au château (3). Le religieux de Saint-Denis en parle, à la date de iii3, sous le nom de Léo de Jaqucvilla, comme d'un séditieux bourguignon (4).

9. CHAUNY (Le sire de) fut fait capitaine de la Bastille lorsque cette forteresse fut prise, par le duc de Bourgogne, le n juin iki8. Monstrelet, qui nous l'apprend^, rapporte que ce personnage y était détenu prisonnier depuis un an (f,).

10. FASTOLF (John). Il fut nommé capitaine de la Bastille par Henri V, roi d'Angleterre, au commencement de l'année 1A21. Le fait nous est révélé par un document imprimé dans les mémoires de la Société des antiquaires de Londres et dont le Bulletin de la Société de l'histoire de Paris a reproduit le texte (7) : cr . . . Et aura ledit Jehan continuellement demourantz avesque lui, sur la saufgarde de la susdicte Bastille, vingt hommes d'armes, lui mesmes accontez, et sessante archers, durant ledit an. . . 11 L'acte porte, en effet, que la place ne lui est confiée que pour un an &\

11. MIDELSTRET (John) succéda sans doute à Fastolf sans intermédiaire, mais ses fonctions durèrent plus longtemps, car en \ kzh nous le trouvons encore, comme capitaine de la Bastille, chargé de la montre de Jean Handford^.

seurté de la ville de Paris et de la bastide Saint- Anthoine, et par tout ailleurs où il plaira au Roy nostredit seigneur donner, en la compaingnie et soubz le gouvernement du Roy de Jherusalem et de SeciRe. De laquelle somme de lxx 1. t. je me tien pour content et bien paie", et en quitte ledict trésorier et tous autres. Donné en tesmoing de ce soubz mon scel, le derrenier jour de juing l'an mil cccc et quatorze.1» (Bibl. nat. , mss. Clairambault Titres scellés , reg. 9, pièce /12).

(1) Loc. cit., p. 3.

(2) Voir le livre de M. E. Cosneau : Le connétable de Richemont, Paris, 1886, p. 2/1/1.

(3) E. Petit, Itinéraires de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur, loc. cit.

w Loc. cit. , t V, p. 12.

(5) Loc. cit., t. III, p. 26G.

(6) Ibid., p. 207.

(7) Année 187/1, p. 89-/11.

(S) Sur Fastolf, dont Shakespeare a popularisé le nom, en le défigurant, voir encore l'article de Vallel de Viriville , dans la Biographie Didot.

(9) ffJohannes, regens regnum Francie, dux Redfordie, dilecto armigero noslro Jolianni Midelstrele, capitaneo bastelli situàto in vico sancti Antonii Parisius, salutem. Scialis quod nos, de fide-

1 2. BOUTEILLER (Raoul Le) appartient, sans doute à la puissante famille des Le Bouteiller de Senlis qui possédait tant de domaines dans l'Ile-de-France. Il était capitaine de la Bastille pour le roi d'Angleterre au mois d'octobre 1628, lorsque les commissaires de la Chambre des comptes vinrent faire l'inventaire des meubles et de l'artillerie du château

13. L'ISLE-ADAM (Jean de Villiers, seigneur de) était, au dire du Journal d'un bourgeois de Paris et des inventaires que nous publions aux Pièces justificatives®, capitaine de la Bastille au mois de mai i/i3o. La vie de ce personnage est fort connue, et nous n'avons pas à y insister davantage.

\h. SALVAIN (Jean), maître d'hôtel du duc de Bedford, est, à la fin de février 1 6 3 1 (n. s.) commis par Bedford à la garde de la Bastille, lorsque les commissaires de la Chambre des comptes viennent, pour la seconde fois, faire l'inventaire de la forteresse ('). C'est la seule mention que nous ayons de Jean Salvain, évidemment sujet anglais, et dont le nom a dû, bien probablement, être défiguré par les scribes français.

15. IVYER (Antoine d'). Quand, en i/i36, Paris eut été repris sur les Anglais par le connétable de Richemont et que la Bastille se fut rendue au roi de France, après un simulacre de siège que nous raconterons ailleurs, le duc Charles de Bourbon, cousin du roi, en reçut le commandement supérieur. Il était dès lors convenu qu'au ier janvier suivant (1&37), la forteresse serait remise aux mains du roi, qui y commettrait un homme de son choix; le h janvier, cette remise n'ayant pas été faite, le bureau de la Chambre des comptes fut saisi de la question, et en présence du capitaine de la Bastille, Antoine d'Ivyer, il fut décidé que des gages seraient alloués au duc de Bourbon si, dans un délai de trois semaines au plus, le roi n'avait pourvu à la garde du château (4).

Htate et circumspectione vestris plenarie confidentes , assignavimus vos ad monstra sive monstraciones predilecti mititis nostri Jobannis Handford, eapitanei de sancto Germano en Lay et de Montjoije, neo non hominum ad arma armalorum et sagittariorum qui sunt de retinencia sua

Datuin sub sigïllo noslro Parisius, vicesimo die measis Mardi , anno doinini millésime- quadringentesimo vicesimo tertio ».(Bibl. nat., fonds fr. 26,0/17, n° 2 23).

(,) Pièces justificatives , n° II.

(2) Loc. cit., p. 2 54. — Pièces justificatives, n" II. — Voir plus baut, p. 48.

(3) Pièces justificatives , n" II.

[h) ffDu vendredy mi janvier mil 1111e xxxvi, fol. 39 v°, présents nos seigneurs au bureau, m" Jean des Landes, Jean Le Vavasseur, Jean Conquet, m" Guillaume Baslart, P. de Canteleu, B. de Boulongny, m" de Parceval de Boulainvilliers , chevalier, Bobert Parent, bailly de Dieppe, m" Bobert Andry, chevalier et Antoine d'Ivyer, capitaine de la bastide Saint-Antoine, ont dit et exposé à nosdits seigneurs, par la bouche dudil Bobert Parent, comment ils ont entendu qu'entre le Boy et mgr de Bourbon a n'aguères esté faict un appointement tel : c'est assavoir que ladicte bastide seroit ou debvoit estre , dès le premier jour de ce présent mois de janvier, mise en la main du Boy ou de celuy que

16. GISSAY (Guichart de) fut capitaine de la Bastille sans interruption, de 1 6 A 3 à i/i58, aux gages de 1,200 livres par an(1). Il était maître d'hôtel du roi et seigneur de Romilly, en Normandie, ainsi que l'atteste une quittance de l'année 1 658 On sait encore que ce personnage fut l'un des négociateurs de la trêve conclue en ikkk entre la France et l'Angleterre (3).

17. LA ROCHETTE (Louis de Behan ou Behene, dit de), chevalier, maître d'hôtel du roi, succéda, en 1608, à Guichart de Cissay, décédé sans doute. Ses gages étaient de 1,200 livres, comme ceux de son prédécesseur Il était encore capitaine de la Bastille lorsqu'on 1660, il acquit les seigneuries de Servon et de la Borde-Grappin'5'. Il mourut en 1671 et fut inhumé dans l'église de Bruyèresle-Châtel, autre seigneurie lui appartenant. Ses armoiries, que l'abbé Lebeuf put distinguer sur sa sépulture, étaient : d'argent, à trois pals de gueules

par ses lettres il y voudroit commettre; mais eux dessus nommez qui, pour iedit monseigneur de Bourbon en avoient la garde, n'en avoient encore eu mandement du Roy, ny n'estoit venu d'entre eux aucun de par le Roy pour en prendre la garde et possession. Ont dit encore qu'ils estoient tout prests d'obéir au mandement du Roy si tost qu'aucun [ serait] venu de par hiy pour ladicte cause, et bien tenoient que, pour six ou huit jours qui pourraient escheoir depuis ledit premier jour de janvier, ledit monseigneur de Bourbon ny ceux qui avoient la garde de ladicte bastide ne demanderait aucuns gages ou salaires, mais s'ils y estoient encore quinze jours ou trois sepmaines , raison serait qu'ilz en fussent contentez et salariez». (Extrait des journaux de la Chambre des comptes de Paris. Arch. des Affaires étrangères, fonds franc., t. XX, fol. nâ v°-n5.) — Nous devons l'indication de cette pièce au livre déjà cité de M. Cosneau, p. 26A , note 4.

M Bibl. nat., Cab. des titres, 685, fol. 83 v°, 99 v°, 110 v°, 122 r\ 167 v°, 1/19 v°, 1 5 i v°, 1 69 v", 1 94 r°, 1 97 r°. Ce précieux volume contient le dépouillement, fait avant 1787, de documents originaux de la Chambre des comptes. Nous sommes redevable à notre confrère M. A. Spont, d'avoir bien voulu y relever et nous communiquer les mentions relatives à Guichart de Cissay et à quelquesuns de ses successeurs comme capitaines de la Bastille jusqu'à la fin du xve siècle.

(2) tf Je Guichart de Cissay, escuier, maistre d'hotel du Boy nostre sire , cappitaine de la bastille Saint- Anthoine à Paris, et seigneur de Romilly, confesse

Li BASTILLE.

avoir eu et receu de honnourable homme et sage Mathieu Henry, vicomte de Conches et de Bretheuil , la somme de 4o liv, t., en deduccion et paiement de la somme de 48 liv. t. 1 s. 4 d. obole, pour moitié de 96 liv. 2 s. 7 d t. que j'ay droit de prendre et avoir par chascun an, aux termes de Pasques et Saint-Michel , par moitié, à cause de madite seigneurie de Bomilly, au droit de ma femme, sur la prevosté et moulins de la Ferière appartenant au Boy, de laquelle somme de 4o livres, qui deubz m'estoit au droit et tiltre que dessus pour le terme de Pasques dernier passé, je me tiens pour content et bien paie, et en quitte pour le Boy notredit seigneur, ledit vicomte et tous autres à qui quittance en appartient. En tesmoing de ce , j'ay fait mètre à ces présentes lettres le scel de mes armes, le 22e jour de may l'an i458». (Bibl. nat., fonds franc. 22,389, pièce 9.)

(3) E. Cosneau, ouv. cité, p. .M7, note 2. — Guichart de Cissay est indiqué encore (sous le nom de Guichart de Sissé) comme ayant apposé son sceau au bas d'une pièce de l'année 1M9, dans une note anonyme sur la sigillographie parisienne, publiée dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris , année 1 874 , p. 48 , — et sous le nom de Guichard de Chissé, dans une quittance du 1" août 1^9 (Clairambault, Titres scellés , vol. 32, pièce 23 1).

(1> Bibl. nat., Cab. des titres, vol. 685, fol. 200

(5' L'abbé Lebeuf, Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. V, p. 25 1 de l'édition de 1 883.

<6) OU., t. III, p. 474. — Cf. de Guilhermy, Inscriptions du diocèse de Paris , t. III, p. 487.

IMPRIMERIE NATIOTfAt.F.

18. MELUN (Philippe de), chevalier, conseiller du roi, seigneur de la Borde, tut capitaine de la Bastille, aux gages de 1,200 livres par an, depuis 1662 jusqu'en 1^66, époque de sa mort'1). Il est mentionné dans les termes suivants par Gommines, à la date de îk 65 : ce II (Louis XI) m'a aultresfois dict qu'il trouva une nuict la Bastille Sainct-Antoine ouverte, par la porte des champs, qui luy donna grant suspection de messire Charles de Meleun, pour ce que son pere tenoit la place. Je ne dis aultre chose dudict messire Charles que ce que j'en ay dict; mais meilleur serviteur n'eut point le Roy pour ceste année-là n (2). Ce n'est que plus tard en effet, en 1 û 6 8 , que Charles de Melun eut la tête tranchée pour crime de trahison envers l'Etat; quant à son père, il ne pouvait guère être suspect d'infidélité au roi à cette époque, et s'il laissa s'évader de la forteresse dont il avait la garde Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, ce ne fut, apparemment, pas par sa faute; un de ses fils se trouvait alors en procès avec le comte pour la seigneurie de Dammartin, et était, nous dit Jean Le Clerc, ccannemy capital dudit conte v®.

19. CHAUVIGNY (Hugues de), « chevalier, seigneur de Blot, conseiller et chambellan du Roy, capitaine de la Bastille Saint-Antoine depuis le mois de juin 1/166, au lieu du sieur de la Borde, 1700 livres n (4). Il reçut 1,200 livres de traitement pour chacune des années 1667 et i/i68(5).

*20. LUILLIER (Philippe) fut, pour la garde de la Bastille, l'homme de confiance de Louis XL C'est à lui que le roi confia la surveillance des prisonniers célèbres de ce règne, le duc de Nemours, l'évêque de Verdun, d'autres encore, et nous retrouverons son nom à leur propos. Nous le voyons mentionné comme capitaine de la Bastille, de 1Û68 à 1/192 ^; en cette dernière année, le 17 juillet, il maria sa fille, Charlotte, avec Louis Picarl, seigneur de Boucachart. Sa femme, Anne de Morvilliers , était alors défunte (7). Son traitement fut invariablement de 1,200 livres; toutefois, en 1^7 3— 1 6 7 4 , il reçut un supplément de 600 livres «pour entretenir son estât n^.

Avec Philippe Luillier, et pour une longue période, près de cent cinquante ans, s'interrompt la série des capitaines de la Bastille que l'on peut appeler des fonc-

(1) Bibl. nat. , Cab. des titres , vol. 685 , fol. 2 33 v°, •236 r° et 238 v".

(2) Mémoires de Commines publiés par Mllc Dupont pour la Soc. de l'Hist. de France, t. I, p. 87.

(3) Un manuscrit interpolé de la chronique scandaleuse, loc. cit., p. 269.

("> Bibl. nat., Cabinet des titres, vol. 685, fol. 239 v°.

(5> Ibid., fol. 280 v".

(ti) Bibl. nat., Cabinet des titres, vol. 685, fol. 289 v", 291 v°, 29/i v°, 3o5 v°, 336 v°, 339 v", 362 r°, 36/i v°, 372 v".

[7) Ibid., Pièces orig., 1261, dossier 5 1,2 20, n° 5o. Philippe Luillier y est qualifié dVescuier, chambellan du Boy, nostre sire, seigneur de Galardon et capitaine de la bastide Saint-Anthoine à Paris ».

(S) Ibid., Cab. des titres, vol. 685, fol. 345 r°.

tionnaires purement administratifs ou militaires. Désormais la forteresse va être considérée comme un gouvernement, et ceux qui l'obtiendront vont être des personnages considérables de l'Etat, connétables ou premiers ministres, qui, sauf exception, feront exercer la surveillance par un lieutenant et ne garderont que les prérogatives du titre.

21. MONTMORENCY (Guillaume de) nous paraît avoir succédé directement à Philippe Luillier, bien qu'on ne le voie mentionné en cette qualité que pour l'année i5o/i. A cette date, il donna quittance de son traitement de 1,200 livres « pour la garde et cappitainerie dudit lieu de la Bastille n ^ et, comme nous l'avons dit plus haut, pour la première fois cette somme fut payée sur les fonds du domaine royal, et non plus sur le budget de la généralité d'Outre-Seine.

22. MONTMORENCY (Anne de), fils du précédent, connétable de France, gouverneur de Paris, figure dans l'état de dépenses de i5a3 pour 1,200 livres comme capitaine de la Bastille^, et pour une somme égale comme capitaine de Vincennes. Plus tard, entre 1 5 6 8 et 1 5 5 6 , nous le retrouvons avec les mêmes titres et le même salaire. Nous pensons, — mais sans pouvoir en fournir la preuve, — que les fonctions de gouverneur de Paris se réunirent alors, entre les mains de Montmorency, à celles de capitaine de la Bastille, et il est au moins certain que le connétable fit exercer réellement ces dernières par un lieutenant, Christophe Cargory, aux gages de hoo livres par an^. C'est vraisemblablement ce Cargory qui, en novembre 1 5 5g , adressait au prévôt des marchands, à propos du renforcement de la Bastille, les vertes remontrances que nous avons analysées plus haut(4) et dont on trouvera le texte aux Pièces justificatives.

23. MONTMORENCY (François de), fils du précédent, maréchal de France, fut nommé gouverneur de Paris, en vertu de lettres patentes du 17 août i556(5). C'est sans doute à cette date qu'il devint capitaine de la Bastille. En cette qualité, il reçut plusieurs fois des instructions de Catherine de Médicis, sur lesquelles nous aurons à revenir. Il mourut en 1579.

Testu (Laurent), que les textes appellent capitaine de la Bastille, ne nous paraît pas cependant devoir figurer dans la liste des gouverneurs tout à fait au même titre que son prédécesseur^. Il se fût mieux appelé lieutenant de roi (si le titre

(,) Bibl. nat., fonds franç. , 2980, fol. 125 r".

(2) Bibl. nat. , coll°° Dupuy, vol. 486 , fol. 1 70 v°,

(3) Bibl. nat., ms. franç., 45a3, fol. 3k r°. m Voir page 17.

(5) Registres des délibérations du bureau de la

Ville, t. IV, p. 45 a. — Sur François de Montmorency, voir un article de M. de Buble, au tome VI, p. 200-289 des Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris.

(6) Ce qui nous le ferait penser encore davantage ,

avait existé déjà), en même temps qu'il était chevalier du guet. Il apparaît pour la première fois, avec ce double grade au mois de mai 1 583 W. La journée des Barricades l'en destitua cinq ans plus tard; L'Estoile fait, à ce sujet, des réflexions qu'il faut citer : et En ce mois d'aoust ( 1 588), le Roy voulust remettre Testu en ses estats de chevalier du guet et capitaine de la Bastille (desquels ceux de la Ligue l'avoient déposé); mais les Prévost des marchans et eschevins l'empeschèrent, comme le tenant pour suspect et mal affectionné au parti, et y demeurèrent Congi et Le Clerc qu'ils y avoient establis, nonobstant la prière et commandement du Roy, le duc de Guise faisant sous main jouer ce jeu au peuple, congnoissant de quelle importance pour lui estoit ce reslablissement. Car, encores que ledit Testu fust plus propre à garder un jambon et une bouteille qu'une telle place que la Bastille (ce qu'il avoit fait assez paroistre) , toutefois le Roy s'en vouloit servir pour la tirer des mains de maistre Jean Le Clerc, archiligueur, ce qu'il ne lui fust jamais possible de faire, non plus que des quatre mil escus qu'il demanda aux Parisiens pour la recompense dudit Testu •» ®.

Pour ce dernier trait, L'Estoile se trompe : ce fut seulement k,ooo livres, et non A, ooo écus que le roi fit allouer à Testu; un passage des registres de la Ville, en date du 3i août 1 588 , ne laisse subsister aucun doute à cet égard (3).

~lh. BUSSY LE CLERC (Jean), cet ce archiligueur n dont on vient de lire le nom, est bien connu dans l'histoire de la Ligue; il en fut un des plus tristes héros. Simple procureur au Parlement, il se montra tout dévoué au duc de Guise, et c'est ce qui fit sa fortune, car la journée des Barricades lui valut le gouvernement de la Bastille. Nous dirons, dans un chapitre spécial (4), quelle conduite il y eut, comment il y emprisonna le Parlement, comment, enfin, il en fut chassé par Mayenne, au mois de novembre 1591. Sa lâcheté en cette circonstance devait le perdre pour toujours; il s'enfuit à Bruxelles et y mourut vers 1 635 sans avoir revu la France.

25. DU BOURG lui fut donné pour successeur par le duc de Mayenne et, quoique ligueur, sut mériter l'éloge d'historiens tels que de Thou ou L'Estoile, tout dévoués au parti royal. Après la prise de Paris par Henri IV, il remit dignement au roi la place qui lui avait été confiée (5), et en sortit, le 27 mars 1596, avec l'écharpe noire. L'Estoile ajoute : cr II ne voulust jamais prendre d'argent pour la reddition de cette place, monstrant par là sa générosité et valeur.

c'est que Fr. Ravaisson, dans son excellente introduction aux Archives de la Bastille, a nommé le duc de Guise parmi les gouverneurs du château ; malheureusement, il n'en apporte aucune preuve et, de notre côté, nous n'en avons pas trouvé qui confirme son assertion.

tl) Mémoires journaux de Pierre de L'Estoile, t. II, p. 124 de l'édition Jouaust.

<2> Ibid., t. III, p. i85.

(3) Félibien, Histoire de la Ville de Paris, V, 448. (/,) 4e partie, Événements historiques.

(5) Ibid., pour plus de détails.

Estant sollicité de reconnoistre le Roy et que c'estoit un bon prince, respondit qu'il n'en doutoit point, mais qu'il cstoit serviteur de M. de Maicnne. . . i)W.

26. SULLY (Maximilien de Be'thune, duc de). Une fois la Bastille reconquise par le roi, une certaine obscurité s'étend sur son histoire, et la nomenclature de ses gouverneurs s'en ressent. Nous n'avons pu combler, dans la rédaction de cette liste , une lacune de huit années , de 1 5 9631602. A vrai dire , plusieurs historiens ^ ont mis en avant pour cette période les noms de de Vie et du sieur de la Chevallerie, comme prédécesseurs de Sully; mais nous n'avons rencontré aucune confirmation authentique de leurs assertions. Pour l'époque où nous en sommes arrivés, de Vie est plusieurs fois mentionné comme gouverneur de Saint-Denis, puis de Calais, mais nullement de la Bastille. Quant au sieur de la Ghevallerie, l'extrait qu'on va lire quelques lignes plus bas, prouve qu'il faillit être élevé à cette dignité, mais qu'en réalité il n'y parvint pas.

C'est en 1602 que Sully, déjà grand-maître de l'artillerie et installé à l'Arsenal depuis 1 599, fut choisi par Henri IV pour gouverner la Bastille. Dans ses (Economies royales, le célèbre ministre a fait figurer la lettre par laquelle le roi l'informait de sa décision :

... El pour vous tesmoigner que je me fie en vous plus que jamais, et le faire croire aussi aux autres, je veux que les lettres de provision de capitaine de la Bastille, que pour certaines considérations j'avois voulu estre mises sous le nom du sieur de la Ghevallerie, soient maintenant mises sous le vostre, afin que, si j'ay des oyseaux à mettre en cage et tenir seurement, je m'en repose sur vostre prévoyance, diligence et loyauté'. Car, pour vous en dire la vérité, voyant tant de gens enveloppez dans ces practiques et menées, je ne voy que vous qui ayt toutes les parties requises pour me bien servir en une tant importante occasion ; et dès ce soir, je commanderay au sieur de Villeroy de vous en faire les expéditions.

Et les secrétaires de Sully, qui, par une fiction, semblent raconter au grand ministre l'histoire de sa vie, ajoutent : « Lesquelles vous eustes quelques jours après, que nous ne transcrirons point icy, pour éviter prolixité, n'y ayant rien d'extraordinaire en icelles'3'.

27. CHATEAUVIEIX (Joachim de), né le 27 janvier i5/i5, mort le i3 janvier 161 5, succéda à Sully, dont la disgrâce suivit de près la mort de Henri IV. Il fut nommé capitaine de la Bastille, avec le titre de « lieutenant de Sa Majesté t>, par Marie de Médicis au commencement de l'année 1611, et garda sans doute l'emploi jusqu'à sa mort(4).

(1) Mémoires journaux de Pierre de L'Estoile, t. VI, p. 196.

(2) Notamment, M. Couret qui a, le plus souvent, consulté de fort exacts témoignages.

(3) OEconomies royales, dans la collection Michaud et Poujoulot, t. II, p. 389.

(4) Me'm. de Bassompierre, t. I, p. a85 de l'édition de la Société de l'Histoire de France.

28. LUYNES (GhaHes, marquis d'Albert, duc de), né en 1678, remplaça Châteauvieux, ainsi que l'atteste Bassompierre. Il choisit pour lieutenants les deux frères, Jean de Vaudetar, seigneur de Bournonville, et Henri de Vaudelar, baron de Persan; il semble que la forteresse ait eu, en même temps, un commandant militaire, car il existe une quittance donnée, le 2 avril 161 5, par Allain de Vauzé fr commandant pour le service du Roy au chasteau de la Bastilles, où il justifie d'une somme de 6o3 livres qu'il a dépensées pour la nourriture de trois prisonniers, à raison de 3 livres par jour pour chacun n W.

29. BASSOMPIERRE (François de), maréchal de France, né en 1579, a ra~ conté dans ses Mémoires® comment il reçut l'ordre du Roi d'occuper le gouvernement de la Bastille, au mois de septembre 1617, après la découverte d'un complot tramé par les deux frères de Vaudetar. Il n'y resta que dix jours, avec 60 Suisses, après quoi il lui fut prescrit de rendre la place ce entre les mains de M. de Brante, frère de M. de Luynes», ce qui revient à dire que Luynes redevint gouverneur, avec son frère pour lieutenant. Quant à Bassompierre, il devait rentrer à la Bastille, quatorze ans plus tard, mais, cette fois, comme prisonnier et pour n'y pas rester moins de douze ans.

30. TREMBLAY (Charles Le Glerc du) était fils de Jean Le Clerc du Tremblay, premier président des requêtes du Palais, et de Marie de Lafayette. Son frère aîné, François Le Clerc du Tremblay, est célèbre dans l'histoire sous le nom du P. Joseph, et il n'est pas douteux qu'il dut à la faveur de ce frère auprès de Richelieu l'emploi de gouverneur de la Bastille (3). En 1 6 1 k , du Tremblay était gentilhomme du duc de Bourbon A la fin de l'année 1629, nous le trouvons pour la première fois mentionné comme gouverneur de la Bastille, dans un acte par lequel le roi mande aux gens de ses comptes d'enregistrer le don d'une pension de 3, 000 livres par an crau sieur du Tremblay, capitaine et gouverneur de notre château de la Bastille^. Vingt ans plus tard, il était encore gouverneur de la Bastille; c'est lui qui rendit la forteresse, assez lâchement, dès la première menace des Frondeurs, ainsi que nous le raconterons plus tard(e>. Quand le pouvoir royal eut reconquis Paris, du Tremblay ne fut pas réintégré dans les fonctions qu'en somme il n'avait pas su garder. On ignore la date de sa mort.

31. BROUSSEL (Pierre), conseiller au Parlement, figure dans la série des

(1) Catalogue d'une vente d'autographes ayant pu lieu le 1 2 mars 1 889 , publié par Eug. Charavay.

(2) Loc. cit., t. II, p. i3i-i32.

(3) Sur le P. Joseph , voir les articles publiés par M. Fagniez dans la Rev. histor. de 1887 et 1888.

(1) Articles publiés par M. Fagniez dans la Revue historique de 1887 et 1888.

(5) Arch. nat., P. 2357, p. 703, acte du 27 novembre 1629.

(6) Dans la quatrième partie de ce volume.

gouverneurs de la Bastille au même titre, sinon avec les mêmes défauts, que Bussy-Leclerc. C'est la faveur populaire qui l'y fit entrer, au mois de janvier 16/19, après que la forteresse se fut rendue sans résistance devant l'armée des FrondeursIl prit pour lieutenant son fils, le sieur de la Louvière. Lors de la trêve signée à Rueil entre la Cour et le Parlement, le 1er avril 16/19, Broussel fut maintenu dans son gouvernement, car il ccs'etoit beaucoup ralenti», nous dit Goulas, entendant par là qu'il n'était plus, déjà, le farouche tribun d'autrefois^.

32. LA LOUVIÈRE. Nous dirons plus loin la part que prit la Bastille aux événements de 1 652 , à ce qu'on a appelé le combat du faubourg Saint-Antoine, et le revirement inattendu qui rendit Paris au roi. Soit que son père fût mort (on n'est pas fixé à ce sujet), soit qu'il lui eût cédé sa charge, La Louvière occupait alors la Bastille, en qualité de commandant de place; un simple exempt fut chargé de l'en faire sortir et, comme on va le voir, l'ordre du roi ne devait pas souffrir de retard :

De pak le Roy.

Il est très expressément enjoint au sr de la Louvière, commandant dans le chasteau de ta Bastille , de remettre présentement cette place au pouvoir de. . cappitaine. . exempt des gardes du corps de Sa Majesté qu'elle y a envoyé' exprès pour la recevoir de luy et pour y commander, et de n'apporter aucun retardement à l'exécution de cet ordre, à peine de la vie; Sa Majesté' déclarant [que] la certiffication que ledit exempt donnera, au bas de la présente, de l'obéissance que ledit sieur de la Louvière aura rendue à ce qu'il contient, luy servira de valable descharge de la garde dudit chasteau. Faict à Sainct Germain en Laye le 20e octobre 16 52 '3>.

33. VENNES (de) succéda à La Louvière, d'octobre i652 à août i653. On n'avait pas, jusqu'ici, fait mention de cet officier, et la lettre du roi, qui fait connaître sa nomination à la capitainerie de la Bastille, est celle aussi qui nous apprend son remplacement dans ce poste :

Monsieur de Vennes, le voiage que j'ay résolu de faire en Champagne me donnant sujet de vous descharger de la garde de mon chasteau de la Bastille et de me servir de vous ailleurs, j'ay commis ce soing au sr de la Bachellerie, en attendant que j'aye autrement pourveu au gouvernement de cette place. Comme je lui ay faict expédier la commission nécessaire pour y commander et qu'il est nécessaire, qu'avec les hommes que je luy ay donnez (sic) d'v mettre en garnison, il s'y establisse promptement, j'attends aussy, qu'incontinent cette lettre receue, vous en fassiez sortir la compagnie de mon régiment des gardes françaises que vous commandez, que vous mettiez en son pouvoir le chasteau, les prisonniers, l'artillerie, les armes et les niu-

(1) Voir la quatrième partie.

(2) Mémoires de Nicolas Goulas publiés par la Société de l'histoire de France, t. III, p. 43. Un peu avant (p. 1 3), Goulas appelait Broussel ironiquement

Caton, et déclarait qu'à la Bastille cril s'accommode sans scrupule du vin, des provisions et des hardes de son prédécesseurs.

^ Arch. nat., O1 8, fol. 25a , v°.

nitions qui sont dedans, et qu'en vertu de la certiffication que mettra ledit sr de la Bachellerie au bas de l'inventaire qui en a este' faict ou que vous en ferez et de la présente, vous en demeuriez vallablement descharge'. Cependant, je vous asseure que vos soings, vos assiduitez et les services que vous m'avez renduz pendant que vous avez commande' dans mondit chasteau de la Bastille m'ont este' fort agréables, et que je prendray plaisir de vous en donner des marques aux occasions de vous gratiffier. C'est ce que j'avois à vous dire sur ce sujet, et prie Dieu qu'il vous ait, etc. W.

34. BACHELLERIE (Le sieur de la). Les registres du secrétariat de la maison du roi contiennent, à la date du 28 août 1 653 , le texte de la commission qui lui fut donnée par le roi «pour commander dans noslre chasteau de la Bastille aux gens de guerre qui y sont à présent, et que nous y establirons en garnison pour veiller à la seureté de nostredict chasteau et des prisonniers qui y sont à présent ou qui pourront y estre à l'advenir. . . r> ®.

Les auteurs de la Bastille dévoilée rapportent, en outre que, le 20 juin i656, «M. de la Bachelerie eut ordre de M. le Chancelier de se porter à l'assemblée du clergé aux Augustins avec plusieurs gardes, pour y prendre un inconnu qui se qualifiait d'abbé de Saint-Jean^ n.

35. BESMAUX ou Bezemaux ou Baisemaux (François de Montlesun, seigneur de) commence la nouvelle série, que nous avons déjà caractérisée, des gouverneursfonctionnaires, placés directement sous les ordres du roi et des ministres, dont ils devront docilement exécuter toutes les prescriptions. Cette série s'ouvre au moment même où la forteresse prend son caractère définitif de prison d'Etat, et elle ne se fermera que par la chute même de l'institution.

Besmaux était simple capitaine des gardes de Mazarin quand il fut choisi par le roi, le 10 avril 1 658. Voici, au surplus, le texte de ses lettres de provision :

Louis, etc., à tous ceux, etc., salut. La prudence au gouvernement de nostre chasteau de la Bastille n'estant pas moins nécessaire pour le repos de nostre bonne ville de Paris que pour la garde de ceux que l'infidellite' ou la mauvaise conduite nous rendent suspects, il est aussy de nostre soin de choisir pour cet employ un subjet dont la conduite, l'expérience dans les armes et l'affection pour notre service luy aient fait mériter nostre confiance : comme touttes ces quallitez se trouvent advantageusement en la personne de nostre cher et bien ame' le sieur de Besmaux, que sa valleur et sa vigilance l'ont souvent signale' dans les diverses occasions où nous l'avons occuppé, que cette charge de cappitaine et gouverneur de nostre chasteau de la Bastille vacquc il y a long temps, tant par la mort du sieur Dutremblay (sic), qui en avoit esté pourveu que par la démission que nous en fit le sieur de Louvières au mois d'octobre i65a, moyennant la récompense que nous luy en donnasmes, pour quelques considérations qui le requeroient alors, et que nous n'avons diffère' d'y pourvoir que dans la créance que nul ne pourroit l'exercer plus dignement que ledit sieur de Besmaux.

(1) Arch. nat., O1 7 (année iG53), fol. 19/i v°. — {'2] Ibid., fol. 193 v°. — (3) 3e livraison, p. 1^9.

Nous, pour ces causes et autres bonnes considérations à ce nous mou vans, luy avons donné et octroyé, donnons et octroyons par ces présentes signées, etc., ladicte charge de cappitaine et gouverneur de nostre chasteau de la Bastille, vaccante comme dit est tant par la mort que par la démission de ceux qui l'ont exercée, pour par ledit de Besmaux la tenir et exercer, en jouir et user aux honneurs, auctoritez, prérogatives, prééminences, franchises, libériez, gages, appointemens, droicts, profficts, revenus et esmolumens accoustumez et y apparlenans, tels et semblables que en ont bien et deuement jouy ou deub jouir ledit feu sieur du Tremblay, ledit sieur de Louvièrcs et ceux qui l'ont tenue avant eux, avec le pouvoir de commander aux gens de guerre et autres, estans et qui seront à l'advenir dans la place, ce qu'ils auront à faire pour nostre service, de les faire vivre dans le bon ordre, la police et la discipline portées par nos règlemens et ordonnances, de faire chastier ceux qui se trouveront y contrevenir, et generallemcnt de faire par ledit sieur de Besmaux tout ce qui deppendra du debvoir de cette charge de capitaine et gouverneur de nostre chasteau de la Bastille et ce tant qu'il nous plaira. Mandons à nostre très cher et féal le sr Seguier, chancellier de France que. . . , etc.

Donné à Paris le x° avril i658(1).

L'infidélité, la mauvaise conduite des sujets du roi, ce sont, on l'aura remarqué, les deux ordres de fautes qui, d'après les lettres royales, motivent une détention à la Bastille; il eût mieux valu ne parler que d'infidélité, ou préciser davantage ce qu'on doit entendre par mauvaise conduite, car, à ce compte, toutes les prisons du royaume recevaient les gens de mauvaise conduite; or nous savons de reste que la Bastille ne saurait être comparée à une prison ordinaire.

Il est à noter encore que , dans le document qu'on vient de lire , la charge de gouverneur est dite vacante depuis longtemps déjà, par la mort de du Tremblay et la démission, en i652, du sieur de la Louvière; les deux officiers dont nous avons parlé, de Vennes et de la Bachellerie, n'étaient donc pas, à proprement parler, gouverneurs, mais seulement commandants de la garnison du château, chargés intérimairement de l'administration de la prison.

Besmaux se trouva être gouverneur de la Bastille à l'époque où la dévotion de Louis XIV fut le plus intolérante aux jansénistes, à l'époque où de Saci et tant d'autres penseurs distingués furent enfermés dans les mêmes cachots que les empoisonneurs, les espions, et ceux qui conspiraient contre la sûreté de l'Etat; aussi Sainte-Beuve a-t-il eu à s'occuper de lui dans son Port-Royal; il le traite de «très grossier gouverneurs (2), puis, revenant un peu plus tard sur ce premier jugement, il se borne à le trouver tr sec, dur et désagréable, mais non pas précisément grossier^. En réalité, c'est assez l'opinion qu'on doit se former d'un pareil fonctionnaire, et c'était aussi l'avis, un peu partial, sans doute, de du JuncaW.

Besmaux mourut dans la nuit du 17 au 18 décembre 1697, à l'âge de 88 ans; il fut enterré aux Carmes déchaussés de la rue de Vaugirard^; Jal a publié son

01 Arch. nat. , O1 7, fol. 192-19.3. (t) Vo.'r Pièces justificatives , n" X.

(2) Port-Royal , t. II, p. 3/19 de l'édition in-12. (5) Bibl. de l'Arsenal , ms. 12,609, notedeGlie-

(3' Ibid. , t. III , p. 63o. valier, et le procès-verbal suivant : n Le 1 9 décembre

l)IPniH£AIR NATIONAir.

acte d'inhumation et fourni quelques renseignements sur sa femme, Marguerite de Pcyrolz, et d'autres personnes de sa famille

3G. SAINT-MARS (Bénigne d'ÀuvERGNE db), seigneur de Dimon et Balleteau, chevalier de Saint-Louis, bailli et gouverneur de Sens, né en 1 626, mort en 1708. De tous les gouverneurs de la Bastille, c'est celui dont la vie a été le plus minutieusement étudiée, grâce à cette circonstance qu'il eut, pendant une grande partie de sa carrière, la garde du personnage connu sous le nom d'homme au masque de fer. Les trois historiens contemporains qui ont si curieusement recherché, sans la trouver avec certitude, l'énigme vivante que cachait ce masque, MM. Topin, lung et Loiseleur, ont été amenés à retracer la biographie du geôlier de leur héros, et, par suite, à singulièrement faciliter la tâche de l'historiographe de la Bastille pour cette période de son administration. Voici, d'après M. Iung, les états de services de Saint-Mars, tels qu'il a pu les reconstituer :

Enfant de troupe en 1 6 3 8 .

Mousquetaire à la première compagnie (1600).

Brigadier des mousquetaires (1660).

Maréchal des logis (1 664).

Maréchal des logis, commandant le donjon de Pignerol, et capitaine d'une compagnie franche (166 5- 1681).

Gouverneur du fort de Pérouse (1665-1687). Sous-lieutenant de mousquetaires en 1679.

Commandant la citadelle de Pignerol, pendant l'absence de M. de Rissan, le 26 septembre 1 680.

Gouverneur titulaire de la citadelle, 25 avril 1681.

Gouverneur du château d'Exilés, 12 mai 1681.

Gouverneur des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, 1687.

Gouverneur du château de la Bastille, 1 698 W-i 708 (26 septembre) (3).

A ces détails si précis MM. Topin et Iung W en ajoutent quelques autres non

1 697, a esté apporté en carosse (au couvent des Carmes) dans un cercueil de plomb, sur les 8 heures du soir, présenté par M. le vicaire de Saint-Paul le corps de haut et puissant seigneur messire François de Monteron , chevalier, seigneur de Besmaux et de Pifons , gouverneur pour le Roy de son château de la Bastille, décédé le 16, âgé de plus de 80 ans, et inhumé dans le caveau de la chapelle de Sainte Thérèse, du côté de l'épitre».

(l) Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, v° Besmaus. Voir aussi, sur Besmaux, une note intéressante de M. de Boislisle au tome VI,

p. 366 (note 9), de son édition de Saint-Simon.

(2) Cette date de 1698, donnée par M. Iung comme celle de l'arrivée de Saint-Mars à la Bastille, peut être précisée à l'aide du registre de du Junca, où on lit (fol. 37 v°) : rrA la date du jeudi 18 septembre 1698, 3 heures de l'après-midi, M. de Saint-Mars, gouverneur de la Bastille, est arrivé pour sa première entrée «

(,) La vérité sur le masque de fer. . ., par Ch. Iung, Paris, 1873. in-8°, p. 127.

(,) L'homme au masque de fer, par Marius Topin. Paris, 1870, in-8°. Voir p. 207 et suiv.

moins intéressants : Saint-Mars débuta dans ses fonctions administratives par l'arrestation de Pellisson, qu'il conduisit à Angers, en 1661. Trois ans plus tard, il fut choisi comme gardien de Fouquet, qu'il ne quitta plus désormais. Il avait épousé une demoiselle Damozeran, dont la sœur, mariée au sieur Dufresnoy, fut longtemps la maîtresse de Louvois, et c'est ce qui peut expliquer, en partie, la faveur toujours croissante de Saint-Mars auprès du ministre de la guerre W. Les deux historiens s'accordent à lui voir un caractère scrupuleux, timoré, et une grande âpreté au gain(2). Constantin de Renneville, qui fut enfermé de son temps à la Bastille, l'accuse «d'un emportement terrible, jurant et blasphémant continuellement et paroissant toujours en colère, dur, inexorable et cruel au dernier point. . . n®; mais Renneville incarne la mauvaise foi et l'exagération; au reste, — et nous avons déjà eu l'occasion de le dire, — une pareille allure attribuée à un gouverneur de prison n'aurait rien encore de trop extraordinaire.

En 170/1, le correct Saint-Mars reçut une réprimande qui dut lui être fort désagréable. Il avait envoyé à M. deTorcy quelques renseignements sur un prisonnier, au lieu de les adresser au ministre de la maison du roi, Pontchartrain. Ce dernier lui en marqua ainsi son mécontentement : ce H faut que vous n'y ayez pas fait réflexion, car vous sçavez que la police de la Bastille est de mon département et que, pour cette raison, je dois prendre connaissance de tous les incidens qui peuvent y arriver. J'espère qu'à l'avenir vous y ferez plus d'attention et que vous m'informerez plus soigneusement de tous les incidens qui surviendront à la Bastille n <4>.

Saint-Mars dut n'y plus manquer, en effet, mais son principal mérite, aux yeux de l'histoire, sera d'avoir si bien su garderie secret du nom et du visage de «son prisonnier», que les enquêtes les plus approfondies faites à ce sujet n'aient abouti, jusqu'à présent, qu'à un point de doute. Il mourut le 26 septembre 1708, à l'âge de 82 ans et fut enterré, deux jours plus tard, à Saint-Paul, tout près de l'homme au masque de fer, comme si son rôle de geôlier devait se continuer même au delà de la vie.

37. BERNAVILLE (Charles de Fournière, écuyer, sieur de) fut, d'après les notes de Chevalier (5), nommé gouverneur le 12 novembre suivant. Il était, aupa-

(1) On a lu (page 59.) la lettre, bien plus amicale qu'officielle, où Barbezieux conseille à Saint- Mars d'accepter le gouvernement de la Bastille.

(S) Le 10 juin 1699, Saint-Mars fut gratifié d'une pension de 5, 000 livres tren considération des services qu'il rend depuis longues années, tant dans les troupes que dans les gouvernements de la citadelle de Pignerolles et des places d'Exilles et des

isles de Sainte-Marguerite, et pour luy donner moyen de les continuer avec la mesme fidélité dans le gouvernement de la Bastille . . . 1 ( Arch. nat. . O1 43, fol. 169 r°).

(3) Voir Y Inquisition française, passim.

<"> Arcli. nat., O1 365 , fol. 238 v°.

(5) Bibl.de l'Arsenal, ms. 12,629, e' 'a Sa«fi7/c dévoilée, 3e livraison, p. i5o.

ravant, gouverneur de Vincennes, et cela au moins depuis 1701 W. Six mois à peine après son arrivée à la Bastille, un de ses prisonniers, le comte du Bucquoy, réussissait à s'évader. Bernaville écrivit aussitôt à Pontchartrain : «Je ne puis vous dire l'affliction des officiers et la mienne. Nous sommes tous au désespoir; pour moi, j'ai été deux nuits sans dormir et quasi sans manger, et à marcher tout le jour. . . Je souhaite à tous moments n'avoir pas mis le pied à la Bastille, je mettrais tout mon bien, avec le revenu de la Bastille, pour trouver cet homme-là; je vous supplie de m'accorder la continuation de voire protections^. Elle lui fut continuée, en effet, au prix dune réprimande assez sévère que le gouverneur méritait moins, en somme, que ses subalternes. Nous trouvons, en février 1717, Bernaville mentionné comme bienfaiteur de l'Hôtel-Dieu de Paris ('). H mourut le 8 décembre 1718 à l'âge de 7^ ans, et fut enterré le même jour au couvent des Minimes de la place Royale W.

38. L AUNE Y (René Jourdan de), seigneur de la Bretonnière (en Normandie), avait succédé, comme lieutenant de roi de la Bastille, à Laurent d'Avignon, mort au mois d'août 1710 (5). Il fut nommé gouverneur, le lendemain même de la mort de Bernaville. Le 28 février 1786, il devint veuf de Catherine-Charlotte Sevin de Quincy, morte au couvent des Hospitalières de la Roquette. Peu après, il épousa Charlotte-Renée Aubry d'Armanville, dont il eut deux fils, Bernard-René, le dernier gouverneur du château, et Adrien-Jean-Charles Jourdan de Launey ^0'. Pour lui, il mourut subitement, le 6 août 17^19, laissant ses deux fils encore mineurs.

39. BAISLE (Pierre) fut nommé gouverneur le 8 août suivant, et prêta serment le 2/1 août(7). ce II estoit cy-devant capitaine dans le régiment de Champagne, ensuilte exempt des gardes du corps pour les cérémonies, et en après, lieutenant pour le Roy du château royal de Vincennes. Mort le mardi 5 décembre 1768 à 5 heures 35 minutes du soir. Enterré à Saint-Pol, le mercredy 6 décembre 1 7 5 8 entre 7 et 8 heures du soirs (8). D'autre part, il existe dans les papiers de la Bas-

(1) Arcli. nat., 0'362, passim. Le 19 octobre 1701, il fut frappé d'une pierre par Jean Crosnier que l'on mit, pour cela, h la Bastille (Carra, t. I, p. 371).

(2) Ravaisson, Archives de la Bastille, t. XI, p. 343-344.

(3) Arch. nat., LL, 217, p. 206.

(''' Bastille dévoilée, 3" livraison , p. 1 5o. Gocheris , dans les notes très étendues sur ce couvent qu'il a ajoutées à son édition de l'abbé Lebeuf , Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. III, p. £98-528, n'a pas fait mention de cette sépulture.

(5) Voir plus loin, page 97.

« Bibl. de l'Arsenal, mss. i2,63o-i 2,688. contenant les papiers de la famille de Launey.

(7) Archives nationales, P. a46i, fol. 1/10 r% ordre du roi de faire payer les gages n du sieur Baisle , gouverneur de notre chasteau de la Bastille, à partir du 8 août 17^9, date de ses lettres de provision, bien qu'il n'ait pu prêter serment que le 2 4 août de la même année », Fontainebleau, 1 3 octobre 1750.

(8) Notes du major Chevalier, à la Bibl. de l'Arsenal, ms. 1 2,629.

ADMINISTRATION. 93 tille, une lettre non signée, mais qui ne peut avoir été écrite que par d'Abadie, et dont voici le texte :

Monseigneur,

M. Baisle, gouverneur de la Bastille, est mort aujourd'hui ier du présent mois; l'Etat-major perd en lui son ami commun. Je vous supplie très humblement, Monseigneur, de vouloir bien m'accorder le gouvernement du château de la Bastille. Je serai attentif à vos ordres et vigilant pour le service du Roy. Accordez, s'il vous plaît, Monseigneur, la lieutenance de roy et la majorité aux sieurs Chevalier, major, et Farconnet, aide-major, tous deux assidus à leur devoir. Je vous fais ma cour pour le moment en gardant le château.

Je suis avec le plus profond respect, Monseigneur, etc. C.

D'Abadie fut en effet nommé gouverneur, mais Chevalier n'obtint pas la lieutenance de roi, ni Farconnet la place de major.

âO. ABADIE (François-Jérôme d'), que les textes appellent quelquefois de l'Abadie, fut d'abord lieutenant de roi. Il exerçait cette fonction lors de l'évasion de Danry et d'Allègre, et l'on peut juger, par la lettre suivante qu'il adressa à Berryer, lieutenant de police, aussitôt après l'événement, des ennuis que cette évasion lui fit craindre : « ... Il me reste à dire : montagnes tombent sur moi! Ce funeste événement me met au comble de la douleur, et par surcroît, Monsieur, je dois 20,000 francs que j'ai été pour ainsi dire obligé de manger honorablement, sans donner un sou ni au spectacle, ni au jeu, ni aux femmes t> (26 février 1766)

D'Abadie ne fut pourtant pas révoqué, ni même inquiété; deux ans plus tard, le 8 décembre 1768, il recevait du ministre de la maison du roi l'avis de sa nomination au gouvernement de la Bastille, en remplacement de Baisle : crJe vous donne avis, Monsieur, avec beaucoup de plaisir, que le Boy vous a accordé le gouvernement du château de la Bastille. Je serai toujours fort aise d'avoir des occasions de vous marquer les sentimens avec lesquels je vous suis, Monsieur, plus parfaitement dévoué que personne du monde (3) n. Il prêta serment le h janvier suivant, mais obtint que ses appointements lui fussent comptés, depuis la date même des lettres de provision, c'est-à-dire depuis le 8 décembre précédent W.

(l) Notes de Chevalier, ms. 1 -2,099, dossier Baisle.

(i) Archives de la Bastille, publiées par Fr. Ravaisson, t. XVI, p. 5i.

" Arch. nat, O1 4oo, fol. 60 1 r".

(,) rt Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à nos amés et féaux conseillers les gens tenants nostre chambre des Comptes a Paris, salut. Notre cher et bien amé le sieur François- Jérôme d'Abadie, capitaine et gouverneur de notre château de la Bastille, nous a fait représenter que par nos lettres de provision du huit décembre mil

.sept cent cinquante huit, nous l'aurions pourvu de laditle charge, au lieu du sieur Baisle, mais que, comme il n'a pu en prêter le serment qu'il nous devoit, que le quatre janvier présents mois et an , il auroit lieu de craindre que les trésoriers généraux de l'extraordinaire des guerres , et autres comptables sur les états desquels sont assignés les gages, appointemens et droits attribués à laditte charge, ne fissent difficulté de les lui payer depuis ledit jouihuit décembre 1 Le roi ordonne , en conséquence, que les appointements dateront de ce jour :

Le 1 8 mai 1 76 1 , à 1 0 heures du matin, au moment où il passait devant l'église des Jésuites, rue Saint-Antoine, d'Abadie fut pris d'une subite syncope. Transporté aussitôt à la Bastille, il y mourut le même jour, à h heures. Le lendemain, son autopsie était faite par le chirurgien du château, le sieur Lecocq; elle révéla que les reparties essentielles du corps étaient démesurément engorgées de sang» M; il avait donc succombé à une attaque d'apoplexie.

41. JUMILHAC de Gubjag (Antoine-Joseph-Marie, comte de), chevalier de Saint-Louis, était capitaine de cavalerie lorsqu'il fut nommé lieutenant de roi à la Bastille, poste vacant par la promotion de d'Abadie au gouvernement, le 29 décembre 1758 (2l 11 remplaça de même d'Abadie comme gouverneur, à la mort de celui-ci; ses lettres de provision sont du 29 mai 1 76 1 ; il prêta serment le 1 o juin(3). Une lettre du ministre de la maison du roi, en date du 25 août 1768, l'autorise à porter l'ordre étranger ainsi dénommé : «le cordon de l'ordre du lion d'argents, que le duc des Deux-Ponts a demandé pour lui à l'électeur palatin W. D'après la Bastille dévoilée, Jumilhac donna sa démission de gouverneur en octobre 1776 (ce fut en réalité au mois de septembre) au profit de Bernard-René de Launey, fils de l'ancien gouverneur^. Linguet commente ce marché par des réflexions dont la perfidie ne fait pas oublier la vérité :

II (de Launey) regarde comme son bien propre, comme un vrai patrimoine, les soixante mille livres de rente attache'es à son emploi, et il en a quelque raison, car il les a achete'es et même assez chèrement. 11 en a obtenu la survivance du temps du comte de Jumilhac; mais celui-ci, pour se déterminer à accepter un coadjuteur, a exige' six cent mille e'eus comptant, qui lui ont e'te' paye's, et de plus, le mariage de son fils avec la fille de M. de Launey, regarde'e comme une riche héritière, ce qui a eu lieu.

M. de Launey, malgré cet accord, n'ayant pour lui ni nom, ni services, ni agremens, ni même de protections, aurait encore pu essuyer un refus; heureusement, il avoit un frère au service de M. le prince de Conti; le frère a obtenu l'intervention du prince, qui a obtenu le consentement du ministre, dont les commis ont expédié les patentes, signées Amelot, et pour payer la recommandation de son cadet, l'heureux aîné lui a accordé une pension de dix mille francs par an sur les revenus de la place. Ce marché est tout public à la Bastille; il n'y a pas un des marmitons qui n'en soit instruit. . . ®.

42. LAUNEY (Bernard-René Jourdan de) était né à la Bastille même, dont son père était gouverneur, en 1760. Nous adoptons cette date avec tous les historiens, sans pouvoir la confirmer par un texte précis; du moins, elle a pour elle

8 décembre 1758. Versailles, 1759. Enregistrées à la Chambre des comptes le 19 février 1769 (Arch. nat. , P. 2^77, Mémoriaux de la Chambre des comptes, fol. 187, v°).

<l) Procès-verbal de l'« ouverture du corps * de d'Abadie, à la Bibl. de l'Arsenal, ms. 12,6-29.

(î) Arch. nat., O1 600, fol. 700 r°.

(1) Notes de Chevalier, à la Bibl. de l'Arsenal, ms. 12,699.

(i> Arch. nat, O1 l\io.

(5) Bastille dévoilée , 3e livraison , p. 1 5 1 .

(6) Mémoires de Linguet, p. 171.

Il<-lio6.0ujardin

LETTRE AUTOGRAPHE DU MARQUIS DE LAUNF.Y lmpCha

toutes les vraisemblances; en 1 753 , Bernard-René et son frère cadet (Adrien-Jean- Charles), que Linguet vient de mettre en scène, étaient encore mineurs m. Nous les trouvons tous deux mentionnés, avec le litre d'officiers aux gardes, dans un acte du 28 juin 1758 ('2).

Celui qui devait être le dernier gouverneur de la Bastille fut nommé en cette qualité le 21 septembre 1776, grâce à l'alliance que le mariage de sa sœur consanguine avec le fils de Jumilhac avait créée entre les deux familles. Nous réservons, pour le chapitre consacré à la journée du 1/1 juillet, le récit de la mort dramatique de de Launey.

S 2. Lieutenants de roi.

La charge de lieutenant de roi de la Bastille ne s'exerça avec régularité qu'à partir des dernières années du xvnc siècle. Aussi est-ce à tort que Ravaisson en a donné le titre à l'officier qualifié «commandant de la Bastille -n en 165g, et qui s'appelait de Barail^. Il était bien, en réalité, lieutenant du capitaine-gouverneur, mais non lieutenant de roi. Sainte-Beuve qui, pour écrire son Port-Royal, avait consulté beaucoup de papiers, authentiques à l'égal de documents d'archives, l'appelle major et affirme qu'il fut «très boun dans ses rapports avec de Saci(4).

Il s'en faut, d'ailleurs, que nous ayons la série complète de ces lieutenants, prédécesseurs ou successeurs de de Barail, mais nous n'en avons qu'un médiocre regret, car ils étaient surtout commandants de troupe, et non fonctionnaires de la prison tels que le furent par la suite les véritables lieutenants de roi.

Du Junca ou de Junca (Etienne) se donne, le premier, la qualité de «lieutenant de roin, dans l'état des prisonniers de la Bastille qu'il rédigeait au jour le jour. En tête du premier de ses deux registres, on lit, en effet : «Etat de prisoniers qui sont envoyés par ordre du Roy à la Bastille, à commencer du mercredi 1 1 du mois d'octobre, que je suis entré en possession de la charge de lieutenant du Roy, en l'année 169011. Une biographie complète de du Junca pourrait s'écrire à l'aide de ses papiers, que les archives de la Bastille nous ont presque entièrement conservés, et ce travail serait tout à fait désirable. Les historiens de l'« homme au masque de fer a W l'ont déjà esquissée à grand trait; nous-même avons analysé plus haut ses réflexions sur la rigueur de son service^; voici, pour compléter ces renseignements, quelques autres faits, inconnus jusqu'ici. Le 3o novembre 1693, le ministre Pontchartrain envoya la dépêche suivante au lieutenant de

(1) Papiers de ta famille de Launey, à la Bibl. de (,) Port-Royal, t. II, p. 34r). l'Arsenal, ms. 1 2,688. (5) Voir noies 3 et U de la page 90.

(2) Ibid. , ms. 12,632. (0) Voir pages 59-60, el Pièces justificatives,

(3) Archives de la Bastille, l. 1, p. 1 83. n" X.

police La Reynie : crJ'escris au sieur du Junca sur les entretiens qu'il a avec les prisonniers, luy mandant, sans luy dire que l'avis vienne de vous, que le Roy n'approuve pas sur cela sa conduitte i> Du Junca manquait donc un peu de discrétion ; au surplus, il n'est besoin que de feuilleter les deux registres où il inscrivait l'entrée et la sortie des prisonniers pour y recueillir maints détails, d'autant plus curieux pour nous qu'on ne pouvait s'attendre à les trouver en pareil endroit. 11 était ambitieux aussi, peut-être même par simple cupidité; sa requête au roi le prouve, et, mieux encore, un placet qu'il rédigea en vue de cumuler avec ses fonctions celles de commissaire des guerres pour la revue des troupes de la Bastille et de Vincennes. Les raisons d'utilité invoquées dans cette requête ne suffisent pas à dissimuler le motif d'intérêt personnel; il s'agissait d'obtenir i,5oo livres par an, plus 3oo livres par mois pour l'exercice de la charge, soit en tout 5,ioo livres à ajouter à ses appointements de lieutenant de roi^.

Du Junca arrêta son registre au 26 août 1705, et il est infiniment probable que sa mort ou son remplacement suivit de près cette date.

(,) Depping , Correspondance admin. de Louis XIV, i. II, p. 6i 5. La leçon de discrétion que du Junca avait ainsi reçue dut porter ses fruits. Au mois d'août 1708, M"ie de Coulanges écrit à Mme de Grignon qu'elle a fait tout son possible pour voir à la Bastille un nommé Ghambon (accusé de complot) ; rr jamais mon ami Junca n'y voulut consentir « (Lettres de Mmc de Sévigrié, dans la collection des Grands Écrivains, t. X, p. £98-499).

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