‹ La Bastille. Histoire et description des bâtiments.--Administration.--Régime de la prison.--Événements historiquesChapitre 23 sur 78 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Événements au xve siècle; les premiers sièges. — Fêtes sous François Ie'. — Sièges de la Bastille pendant les guerres de religion. — Complot du cardinal de Retz. — Siège de 16/19. — Combat du faubourg Saint-Antoine. — Tentative d'e'meute en 1709. — Le canon de la Bastille. - — Premiers symptômes du renversement de la Bastille. — La veille du \k juillet. - — La prise de la Bastille.

L'histoire d'une prison se confond d'ordinaire avec celle de ses prisonniers et Événements le tableau du régime ou des régimes différents qu'ils y ont subis; mais la Bastille aLI xv' *;!

0 u . . 'es premiers sièges

n'a pas été une prison ordinaire : par ses origines , l'importance stratégique de son emplacement, par la réputation surtout qu'elle avait acquise, peut-être à tort, de se dresser comme le symbole du despotisme royal, elle fut appelée à jouer dans l'histoire un rôle considérable. C'est pour cela que nous avons voulu consacrer un chapitre spécial aux principaux événements dont la forteresse fut le théâtre, et arriver ainsi à terminer cet ouvrage par le récit de l'événement qui a fait oublier tous les autres, celui qui constitue le dénoûment suprême de l'institution et qui doit être la dernière page du livre, par la journée du 1 k juillet

On a déjà montré, au début, que la destination primitive du monument fut incertaine; tour à tour château fort ou prison, le plus souvent les deux à la fois, il ne paraît pas avoir été jamais une résidence royale, bien qu'il fût assimilé aux autres châteaux royaux Cependant la garnison n'était pas seule à l'habiter; une quittance, datée du 10 août i4io, atteste qu'un armurier y avait sa

(1) Voir, dans Douët d'Arcq, Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VI, t. II, p. 281, un mandement du roi aux gens de ses comptes de faire faire l'inventaire des joyaux qui peuvent se trouver a es chasteaux du Louvre,

Saint-Germain-en-Laye, Meleun et la Bastide Sainl- Anthoine, et partout ailleurs où l'on porra trouver et savoir aucun des dis joyaulx ».

Un registre de compte de l'écurie pour les années 1 609-1/11 3. (Arch. nat. KK 35 , fol. 109 v°, 1 1 1 r°.)

demeure W. On sait aussi, par la chronique dite du Religieux de Saint-Denis, que deux sorciers de Guyenne, fort habiles en médecine, ayant été appelés à Paris pour guérir la folie de Charles VI, furent installés au château royal de Saint- Antoine et qu'ils y étaient nourris aux frais du roi; il est vrai que cette résidence s'y convertit pour eux en prison, faute d'avoir fait réussir leurs sortilèges^.

A peine achevée de construire, la Bastille devient le point de mire des partis qui se divisent la France pendant les vingt premières années du xvc siècle, et sa possession équivaut pour eux à celle même de Paris. De là, tant de coups de force tentés contre ses murs. Le premier siège qu'elle subit fut au mois de mai 1 Zn 3 ; le prévôt des marchands, André d'Epernon, qui appartenait au parti bourguignon, y fut assiégé et promptement fait prisonnier, car, au dire du Bourgeois de Paris, il y avait bien vingt-quatre mille assiégeants au pied de la forteresse^. La paix s'établit au mois d'août, ou plutôt une trêve bien éphémère, et c'est à la Bastille que l'on déposa les chaînes qui, en temps de troubles, barraient les rues de Paris W. Elles n'y restèrent pas longtemps, puisque nous voyons que, le 8 mai î/itG, on les y rapporte de nouveau (5). 11 semblait alors qu'on voulût tout à fait désarmer, car, le ii mai, et fut crié parmy Paris, sus peine d'estre repputé vray traistre, que tout homme, prestre, clerc ou lay, portast ou envoiast

mentionne que «le xixe jour de janvier imc xi (1A12 n. s.) par nous, Nicolas des Prés, furent trouvez au chastel de la Bastide Saint Anthoine» des bassinets, targettes, garde-bras, riches épées, coiffettes, coffres de cuir, cottes d'armes , couverture de cheval, étendards, arcs de Turquie, carquois », etc.

Dans l'inventaire des joyaux de la couronne dressé au mois de septembre 1/118 (Arch. nat. KK 3q), il est aussi fait mention des rrgrans aulmoires du chasteau de la Bastide Saint Anthoine» (fol. 9 v° et 1 1 r°).

(1> frAuberlin Boidlefeves, orfèvre et varlet de chambre de monseigneur le duc d'Orléans , confesse avoir eu et receu de honnourable homme et saige mestre Pierre Sauvaige, secrétaire et garde des coffres de mondit seigneur le duc d'Orléans, la somme de cinquante deux livres, six] sols , huit deniers tournois, en laquelle mondit seigneur le duc luy estoit lenuz pour les parties cy après declairées, par luy bailliées et délivrées par marchié à luy faict par Pierre de Saillant, premier escuyer d'escurie de mondit seigneur, tout pour ledit seigneur en la manière qui s'ensuit : c'est assavoir, le xxvf jour d'avril derrenier passé, pour neuf aulnes de tissu noir de soye qu'il a baillé et délivré à un g nommé maislre Iiicltaiï, armurier demourant

à la Bastille Saint Anthoine à Paris, pour servir au harnois de mondit seigneur. . . * 1 1 août ik\o. — (Bibl. nat. ms. nouv. acq. franc., 364i. pièce 56t2 , orig.)

Nous devons à l'ohligeance de notre confrère M. Morel-Fatio d'avoir eu connaissance d'une lettre de Bamon de Caldès au roi d'Aragon, écrite le 1 8 juin î h 1 6 , et où il est question de l'armurier que le roi de France loge à la Bastille : •• . . lo bacinet et l'almet fa un armer del Bey de Francia , loqual obre dins la bastida de Sant-Antoni . . » (Bevisla de ciencias historicas, Barcelone, t. \, 1887, p. 58.)

(2) Chronique du religieux de Saint-Denis , t. 11. p. 5^2 et suiv.

(3) Loc. cit., p. 29.

w Ibid., p. 42, note 3.

(5> Cf. Monstrelet, t. II, p. et Bourgeois de Paris, p. 72. Le 10 mai 1 Ai 6, le roi donne l'ordre au prévôt de Paris, Tanneguy du Châtel, de faire vendre ces chaînes repour icelles estre tournées et converties au profit des fortifications, empavement et décoration d'icelle ville, pourvu que desdiles chaisnes ou de l'argent qui en proviendra lesdits prevost des marchans et eschevins soient tenus d'en rendre compte à qui il appartiendra, » (Bibl. nat., fonds Moreau, vol. 1066, fol. îk.)

EVENEMENTS HISTORIQUES. 165 toutes ses armeures, quelles qu'elles fussent, ou espées ou badelaires ou hachetes ou quelque armeure qu'il eust, au cliastel Sainct-Anthoine ^

En 1 4 1 8 , les Bourguignons pénètrent dans Paris. Sans la Bastille, sans cette porte des champs dont nous avons parlé, qui permettait d'entrer dans la ville ou d'en sortir mystérieusement, les destinées de la France auraient élé sans doute profondément modifiées : personne n'ignore que c'est par là que s'enfuit Tanneguy du Ghâtel, le prévôt de Paris, entraînant avec lui le dauphin qui devait être Charles VII. Au mois d'août de la même année, les Armagnacs avaient repris le dessus; il y eut alors une terrible collision des deux partis, et ce fut encore pour la possession de la Bastille. Les Bourguignons voulaient obtenir la délivrance de huit des leurs; ils déclarèrent que, si cette satisfaction ne leur était donnée, crilz assauldroient la place, et de fait, commencèrent à desmaçonner la portent. Le Bourgeois de Paris est plus explicite encore; les Parisiens, dit-il, cr assaillirent le château à force, et percèrent portes et tout à pierres qu'itz gectoient encontre, et nul si hardy de en hault qui s'osast monstrer, car ilz leur envoyoient sajettes et canons si très dru que merveilles (3' n. Les assiégés se rendirent, sous condition qu'ils auraient la vie sauve, mais il n'en fut rien, et l'on en massacra un grand nombre.

Pendant les seize années de la domination anglaise, la Bastille n'a pas d'histoire; ses bâtiments, à moitié ruinés, sont occupés militairement par des capitaines anglais que nous avons nommés ailleurs'4). La reprise de Paris pour le roi de France par le connétable de Richemont, au mois d'avril i/i36, va lui donner occasion de jouer le rôle auquel il semble que la fatalité l'ait vouée, celui de capituler dès qu'on l'assiège. Ces événements de i/i3G ont été maintes fois racontés par les historiens; le mieux est, puisqu'il nous faut en parler aussi, d'en emprunter le récit à un document encore inédit, dont l'authenticité égale l'intérêt, à la relation qu'en fit, sur ses registres mêmes, le greffier du Parlement, Claude de Fauquembergue & :

Venredy, xme jour du mois d'avril ensuivant, entre sept et huit heures du matin, par les bons bourgois et babitans de cesle ville de Paris fu faicte ouverture de la porte Saint Jaques à monseigneur Arthur de Bretaigne, conte de Richemont, connestable de France, messire Jehan, bastard d'Orléans, messire Philippe, seigneur de Ternant, messire Jehan de Villiers, seigneur de l'Ille Adam, messire Simon de Lalain, chevaliers, et à bien um, que chevaliers, escuiers et gens de guerre estans en leur compaignie, ordonnez par le Roy nostre sire, Charles vne, roy de France, nostre souverain seigneur, pour mettre icelle ville en son obéissance; et tellement et si noblement procédèrent et se conduisirent les bons bourgois et babitans quilz reboutèrent

(1) Bourgeois de Paris, p. 73.

('2) Monstrelet, t. III, p. 289.

(3) Bourgeois de Paris, p. 108.

(4J Voir p. 79 et 80.

{5) Arch. nat. X" 1/181 , fol. 120 v°. Ce texte a

été' connu de M. Cosneau qui l'a utilisé pour son livre, déjà cité, Le connétable de Richemont, et de M. Tuetey, qui n'en a cité que les dernières lignes dans son édition du Journal d'un bourgeois de Paris, p. 3i8, noie 2.

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