‹ La Bastille. Histoire et description des bâtiments.--Administration.--Régime de la prison.--Événements historiquesChapitre 24 sur 78 · GG · texte numérisé non relu

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messire Loys de Luxembourg, evesque de Therouenne, chancellier pour le roy d'Angleterre, gouvernant ceste dicte ville à sa singulière voulenté, le seigneur de Villubi, chevalier anglois, lieutenant des gens de guerre anglois eslans à Paris, messire Simon Morhier, chevalier, occupant la prevoste' de Paris, monsieur Jehan Larchier, lieutenant criminel d'icelle prevoste', Jehan de Saint-Yon, maistre des bouchiers delagrant boucherie et greneliers de Paris, Jacquet de Roye, espicier demourant devant Tours à la porte Baudoyer et plusieurs autres, tant habilans de ceste dicte ville comme Anglois, en nombre de bien vr, prisonniers au chastel de la Bastille Saint Anthoine, où ils furent incontinent assegiez, et lantost après alèrent messeigneurs devant nommez et lesdits bons bourgois en moult grant nombre en l'église Notre Dame de Paris rendre grâces au doulx Jhe'sus, la benoiste Vierge Marie, sa mère, et à tous sains et saintes de la benoiste court de Paradis de la clemance et doulceur que par sa miséricorde il avoit huy faicte et monstrée en ceste dicte ville, de la doulceur, union et concorde eue entre les seigneurs dessus nommez et les bons bourgeois et habitans, qui fu (elle que par les prévisions incontinent avise'es, effusion de sang, prises ne autres inconveniens ne s'ensuirent, au moins très peu, ce que toute créature doit reputer plus euvre divine que humaine, et cedit jour fu le seigneur de Ternant ordonné prevost de Paris, et les abolicions publie'es.

lit le dimanche xvc jour dudit mois ensuivant, fu fait traictie' de la reddition dudit chastel de la Bastille par monseigneur le connestable avecque ledit evesque de Therouenne.

11 faut maintenant laisser passer de longues années avant que les annales de la Bastille olïrent quelque fait digne de remarque. Au commencement de l'année i5o/i, le roi ayant ordonné un récolement général, par le trésorier des guerres, des rcbastonsn qui se trouvaient dans les maisons de Paris, on constata la présence à la Bastille de «trois mille six cens bonnes picques; plus, en ladicte Bastille, furent trouvées mil soixantes picques de nulle valeur. Item, illec furent trouvés deux mil fers bons, dont le bois est de nulle valeur Wn.

Fùies Un événement plus important et moins attendu fut cette fête que François Ier

Mançoisi . imagina d'y donner à quatre ambassadeurs du roi d'Angleterre, le 22 décembre 1 5 1 8 . Le ce livret n en fut aussitôt imprimé en français et en latin, pour qu'il pût être lu plus généralement , et Alfred Bonnardot l'a réimprimé dans un volume que nous avons plusieurs fois déjà mentionné. On y verra la description de toutes ces splendeurs, et nous y renvoyons le lecteur. Bornons-nous donc à citer cet extrait du Journal d'un bourgeois de Paris sous François Ier qui corrobore la relation officielle : rrLe Roy leur refit son banequet au lieu de la Bastille, le mercredy vingt-cleuxiesme jour de décembre ensuyvant, qui fut la chose la plus solennelle et magnifique qu'on vit jamays; car premièrement, ladicte Bastille estoit toute tendue par terre de draps de layne à la livrée du Roy, assavoir blanc tanné et noir, et le hault à troys estaiges où il y avoit tant de luminaires, de torches de cyre ardantes qu'il sembloit qu'il fust jour clair, car on estimoit plus de douze

(,) Registres des délibérations du Bureau de la Ville, t. 1, p. 89.

cents torches. Et fut ce banquet faict de nuit à torches ardantes. Briefvement on ne sçauroit exposer le triomphe fait tant en viandes que en parementz. Item, ladicte Bastille estoit tendue, tant à la court que aultres lieux, et il y avoit à la court du lyerre et des assiettes, et dura ce banquet jusques à passé mynuict. Puys, il y eut moresques d'hommes et femmes, habillez tout de drap d'or et d'argent; en après, y vindrent des masques habillez en hommes et femmes, qui dansèrent, n II faut convenir que le lieu était singulièrement choisi pour ces réjouissances, et, même à supposer que, derrière ces tentures dont les tours étaient parées, il n'y eût pas de prisonniers, le cadre était peu fait pour le tableau, mais on sait de reste que François Ier fut toujours friand de contrastes et de coups de théâtre.

De nouvelles fêtes, plus prolongées, eurent lieu à Paris lorsque Charles-Quint lit son fameux voyage à travers la France. C'est le iC1' janvier 1 B que la Bastille salua l'empereur de son canon :

l'air encore respond

A mil canons dont la noble Bastille L'avoit entrant salué pour la ville

nous dit le chroniqueur de ce voyage, René Macé(l).

Les Registres du Bureau de la Ville l'attestent de môme : cr Et quand led. empereur feust party dudict Sainct-Anthoine des Champs, on ne le povoit à peyne veoir, pour l'impétuosité des coups d'arlillerye qui sans cesse tiroient depuis son partement dud. Sainct-Anthoine jusques à lad. porte, qu'on estimoit bien à huit cens coups de canon ^. d

La forteresse allait bientôt avoir à jouer un rôle moins frivole. On conçoit aisé- sièges de la Bastille ment quelles convoitises excita sa possession durant les guerres de religion ; elle pendant

• l • l ' i • i» -ii i i /> ■. les guerres

était considérée, sans grandes raisons, d ailleurs, comme la clef de Paris, et les de ^i-j^. grands travaux de cr renforcement» de 1 553 , dont nous avons longuement parlé dans la première partie de ce livre, avaient eu pour objet de la mettre en garde contre les ennemis du dedans, bien plus encore que contre ceux du dehors. Au mois de février 1 565 , le prince de Condé, suivi de trois cents gentilshommes, réussit cependant à y pénétrer, bien que le maréchal de Montmorency, gouverneur de Paris et, par suite, de la Bastille, lui en eût refusé l'entrée. L'affaire est, au reste, assez obscure et ne nous est connue qu'incidemment, par une allusion qu'y fait Catherine de Médicis M et quelques mots d'une relation de l'am- ' bassadeur d'Espagne, Francis d'Alava^ : elle produisit une émotion populaire

(1) Voyage de Charles-Quint par la France , poème historique de René Macé, publié par G. Raynaud, 1879, in"l6> vers 682-686.

l2) Registres, etc., t. III, p. 9.

Lettres de Catherine de Médicis, publiées par M. H. de la Ferrière dans la Collection des documents inédits, t. II, p. 263 (note).

Cf. François de Montmorency, gouverneur de

qui coûta la vie au prévôt de Paris, et Condé jugea prudent de regagner aussitôt la Picardie.

Tant que dura la Ligue, les factions tour à tour maîtresses de Paris se disputèrent l'occupation de la Bastille. Aux mains de Bussy-Leclerc, elle se rendit sans combat, le 18 novembre 1 5g 1 , devant les soldats du duc de Mayenne, qui en confia la garde à du Bourg Ce fut un heureux choix, car du Bourg a mérité d'être estimé même de ses ennemis.

Au commencement de l'année 169/1, il réussit à déjouer le complot, préparé par un prêtre, nommé de Merle, qui aurait fait pénétrer par ruse, dans la forteresse, des troupes espagnoles®. Peu après, c'est à l'armée même de Henri IV qu'il avait affaire. Le 22 mars 1 5 g 6 , un corps d'armée commandé par le maréchal de Matignon vint mettre le siège devant la Bastille. Du Bourg, dit Chevalier dans ses notes, ce fît contenance de vouloir se défendre, mais comme tout s'aprêtoit pour forcer le château, et qu'il n'avoit presque plus de vivres, il la rendit trois jours après la réduction de la ville, et en sortit bagues et vie sauves (3) n.

Voici le texte du procès-verbal de cette capitulation W :

Le vingt sixiesme jour de mars m. vc quatre vingtz quatorze, le sr Du Bourg commandant eu la Bastille de cette ville de Paris, tant pour luy que pour les cappitaines commissaires et soldats y estans, a promis et promect remettre entre les mains du Boy, dans demain dimanche, troys heures après midy, ladicte Bastille, l'artillerye et les munitions de guerre qui y sont à présent.

Et moyennant ce, Sa Majesté leur permect de sortir dans ledict jour de demain, pareille heure, avecq leurs armes, chevaulx, meubles et tout aultre équipage à eulx appartenant, sans que cependant il puisse estre tiré, ny faict aucun acte d'hostilité, d'une part ny d'aultre.

Lesdicts cappitaines et soldatz pourront retirer ce qu'ilz ont dedans la ville.

Sortiront tous par ung batteau, le tambour sonnant, la mèche allumée et la balle en bouche, et seront conduietz en toute seureté, jusques à la Ferté Millon, par le sr de Saint-Geran (autre écriture). Leur sera donné ung charriot ou charrette attelée de quatre chevaulx pour mettre leurs armes et bagages.

Sera demandé à Monsieur de Brissac les six mil escuz qu'ilz disent qu'il a receuz du duc de

Paris et de l'Ile de France, par M. le baron de Ruble, ap. Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris, t. VI, p. 263.

(1) Sur Bussy-Leclerc, voir les quelques détails biographiques donnés plus haut, p. 84.

(2) Histoire universelle, par de Thou, t. XII, p. 187 et îhs.

(3) Bibl. de l'Arsenal, ms. 12,723.

w Nous avons transcrit ce précieux document pneore inédit, d'après l'original conservé aux ar-

chives de la Principauté de Monaco, grâce à l'extrême obligeance de leur conservateur, noire confrère, M. Gustave Saige, qui a bien voulu aussi, avec l'autorisation du prince de Monaco, en laisser prendre une reproduction photographique pour l'illustration du présent ouvrage. On sait que la famille des Matignon a possédé la principauté de Monaco par son alliance avec les Grimaldi : c'est ce qui explique l'existence en ce lieu des papiers de l'un des meilleurs lieutenants de Henri IV.

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