‹ La bataille de ChâteauguayChapitre 10 sur 14 · CONDUITE DE SIR GEORGE PREVOST · texte numérisé non relu

CONDUITE DE SIR GEORGE PREVOST

HAMPTON repoussé seulement, puisque Salaberry n'a. vait pas eu la permission de l'anéantir, pouvait reparaître. Il y avait aussi à craindre Wilkinson. Cette situation rendait perplexes Prévost et Watteville, mais non pas Salaberry qui savait que Hampton abandonnait la lutte, étant mieux renseigné que ses chefs sur les mouvements de l'Américain et, disons-le, meilleur juge en ces matières.

C'est toujours et partout la même chose : un officier d'expérience battra l'une des deux armées qui cherchaient à se réunir et n'attachera plus d'importance à l'autre corps, parce que celui-ci se trouve, comme on dit, " en l'air ". La défaite de Hampton entraînait la paralysie de Wilkinson. Napoléon a principalement agi d'après ce principe dans une suite de campagnes qui sont devenues les modèles du genre et que l'on étudie dans tous les collèges militaires. Les craintes de Prévost et de Watteville étaient chimériques ; pour les justifier ils n'ont pas même l'affaire de Crysler Farm à montrer, puisque Wilkinson ne fut pas battu en cette rencontre et ne

céda la partie qu*en apprenant (12 novembre) la défaite de Hampton. Nous verrons cela.

Sir George Prévost se décida enfin à croire que la bataille du 26 octobre comptait pour plus qu'une escarmouche au coin d'un bois. Il écrivit la lettre suivante au ministre des colonies, duquel il relevait, avec prière de la transmettre au ministre de la guerre :

Quartiers-Généraux, Montréal, 30 octobre 1813.

" My Lord — Par ma dépêche No 91 du 8 de ce mois, j'ai eu l'honneur de rapporter à Votre Seigneurie que le migcn> général Hampton occupait, avec une force considérable de réguliers et de miliciens, une position sur la riviëre Châteauguay, près l'établissement de Four Corners.

" De bonne heure le 21, l'armée américaine traversa la frontière entre le Bas-Canada et les Etats-Unis, surprit une petite bande de nos guerriers sauvages et repoussa un piquet de la milice sédentaire posté à la jonction des rivières Outarde et Châteauguay, où elle campa et prit des mesures pour ouvrir une route de communication sur ses derrières afin d'amener son artillerie.

" Le major-général Hampton ayant terminé ses arrangements le 24, commença le jour suivant ses opérations contre mes avant-postes.

^' Vers onze heures,'dans la matinée du 26, sa cavalerie et ses corps légers furent aperçus des deux côtés de la rivière,

par un détachement qui protégeait les habitants employés à

abattre des arbres pour construire un abatis.

" Le lieutenant-colonel de Salaberry, qui avait le commandement des piquets les plus avancés, composés de la compagnie légère des Fencibles Canadiens, et de deux compagnies de Voltigeurs, sur la rive nord de la rivière, disposa de sa petite troupe d'une si excellente manière, qu'il arrêta la marche de la principale colonne de l'ennemi, dirigée par le major-général Hampton en personne et accompagnée par le brigadier-général Izard.

" La brigade légère de l'armée américaine, sous le colonel McCarty, fut repoussée de la même manière dans sa marche par le côté sud de la rivière où elle rencontra la compagnie du flanc droit du 3® bataillon de la milice incorporée sous les ordres du capitaine Daly, et supportée par la compagnie des Chasseurs de Châteauguay sous le capitaine Bruyère ; ces deux officiers ayant été blessés, et leurs compagnies venant de subir des pertes, la position qu'elles occupaient fut couverte immédiatement par une compagnie de flanc du V^ bataillon de la milice incorporée ; l'ennemi se rallia et revînt à l'attaque à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'il se vit forcé d'abandonner la partie à la fin du jour, se voyant déjoué sur tous les points par une poignée d'hommes qui soutinrent leur position avec bravoure et réussirent à protéger nos travailleurs contre toute insulte.

" Etant par bonheur arrivé sur la scène de l'action peu après le commencement, j'ai été témoin de la conduite des troupes en cette glorieuse occasion et ce fut pour moi une grande satisfaction que de pouvoir leur adresser des éloges sur le terrain même.

" Je remerciai le major-général de Watteville des sages mesures prises par lui pour la défense de cette position, le poste avancé ; aussi le lieutenant-colonel de Salaberry pour le bon jugement qu'il a montré en choisissant le champ de bataille, et la bravoure et Tadresse avec lesquelles il s'y est maintenu.

" Je reconnus que les officiers et les hommes engagés dans l'action de ce matin-là méritaient les plus fortes louanges en raison de leur bravoure et de leur fermeté, et j'ajoutai qu'il fallait continuer à agir avec le zële, la fermeté,la discipline et la résistance à la fatigue et aux privations qu'ils avaient îusque-là manifestés.

" J'ai signalé particulièrement l'aide habile que le lieutenant-colonel de Salaberry a reçu du capitaine Ferguson, commandant la compagnie légère des Fencibles Canadiens ; et du capitaine J.-B. Duchesnay, du capitaine Juchereau- Duchesnay, de l'adjudant Ilebden, des Voltigeurs, de l'adjudant O'Sullivan, de la milice sédentaire, et du capitaine La Motte appartenant au corps des guerriers Sauvages.

" La plupart des troupes anglaises étant employées à la défense du Haut-Canada, le salut du Bas-Canada dépend surtout de la valeur et de la constance de ses bataillons incorporés et sa milice sédentaire, jusqu'à l'arrivée du 70® régiment et des deux bataillons de marine que nous attendons de jour en jour. C'est pourquoi j'éprouve une très vive satisfaction en portant à la connaissance de Votre Seigneurie le fait que les sujets Canadiens de Sa Majesté, comprenant

tontes les classes, semblent déterminés à poursuivre une loyale et honorable ligne de conduite.

^^ Par le rapport des prisonniers ennemis dans l'affaire de Châteauguay, les forces américaines auraient été de sept mille hommes d'infanterie et de deux cents chevaux, avec dix pièces de campagne. Xous n'avons pas eu de réellement engagés dans l'action plus de trois cents hommes de notre côté.

L'ennemi a beaucoup souffert de notre feu, aussi de son feu à lui, certains corps détachés dans les bois ayant tiré les les uns sur les autres.

" J'ai l'honneur de transmettre à Votre Seigneurie le rapport des tués et blessés le 26 et je profite de cette circonstance pour solliciter humblement de Son Altesse Royale le prince Régent, comme marque de Sa Gracieuse approbation de la conduite des bataillons de milice incorporée, cinq drapeaux pour les 1*', 2®, 3% 4^, 5® bataillons.

J'ai l'honneur,

Gborgb Prévost.

*^ Le Très Honorable Comte Bathurst ".

Rapport des tués, blessés et manquants après l'action de Châteauguay, le 26 octobre 1818 :

(Compagnie légère de Fencibles canadiens : 8 hommes tuéa^ 1 sergent et 8 hommes blessés.

cJb. i .1. m \

3® bataillon milice incorporée, compagnie de flanc : 2 hommes tués, 1 capitaine et 6 hommes blessés, 4 hommes manquants.

Chasseurs de Châteauguay : 1 capitaine blessé.

Total : 5 soldats tués, 2 capitaines, 1 sergent, 13 soldats blessés, 4 soldats manquants.

Noms des oflSciers blessés : capitaine Daly, 3** bataillon de milice incorporée, deux blessures graves ; capitaine Bruyère, des Chasseurs de Châteauguay, blessure légëre.

Edward Bayne^ Adj udant-généraL

Le compliment que le gouverneur adresse au général de Watte ville est sujet à la critique, parce que nous n'avons pas encore découvert quel expédient ce dernier officier avait mis en œuvre pour aider la défense ; tout porte à croire qu'il n'avait pas assez pris de précautions et que Salaberry, con^ prenant l'inutilité de compter sur lui, s'était tiré d'affaire tout seul.

Pareillement, lorsque Prévost dit qu'il arriva vers le commencement de l'action, il se donne des gants qui ne lui appartiennent pas puisqu'il ne survint qu'à la fin du jour.

Dans le passage où il est parlé du général McCarty, je pense qu'il y a eu des lignes d'omises par le copiste, car Purdy commandait la colonne légère de la rive droite, tandis que McCarty conduisait les dragons placés à la gauche de

Hampton (rive gauche) lesquels attaquèrent le poste défendu par le capitaine La Mothe.

Le 4 novembre parut un ordre général de milice portant que, si l'ennemi ne faisait aucune nouvelle tentative pour envahir la province, les bataillons seraient déchargés du ser* vice, en d'autres termes que les miliciens passeraient l'hiver chacun chez soi. Sir George Prévost ajoutait des compliments à cette annonce : " Je déclare avec orgueil aux braves et loyaux miliciens du Bas-Canada qu'ils ont droit à ma reconnaissance pour le zële et la promptitude avec lesquels ila ont volé à leurs postes et la patience, la fermeté qu'ils ont déployées dans cette saison rigoureuse, ainsi que les fatigues et les privations auxquelles ils ont été exposés. La constance et la discipline ont brillé parmi eux tous. La bravoure et l'intrépidité qu'ont montrées six compagnies composées à peu d'hommes prës de Fencibles et de miliciens canadiens, sous la conduite immédiate du lieutenant-colonel de Salaberry, en repoussant, à la honte de l'armée américaine, une force de vingt fois leur nombre, couvre le nom canadien d'un honneur qui ne ternira jamais. "

Tout le Bas-Canada comprenait en ce moment que Hamptou avait rebroussé chemin, mais on ne savait pas encore que "Wilkinson venait de s'ébranler et marchait sur Montréal. H était temps que Prévost adressât des éloges aux milices. . , néanmoins il se réservait de n'en rien faire savoir à Londres, comme nous le verrons plus loin.

" Le quatre novembre, écrit le lieutenant Pinguet, noua sommes descendus aux maisons (vers Sainte-Martine) où noua

'étioQ8 presque auasi mal qae dans le boÎB ; nous y avone 6i>i huit joare et avoDs reça ordre de remonter ".

A ce compte, Tordre de remonter la rivi&re Chfiteaagnay fat donné comme WilkinBon passait à Orysler Fann. H est probable que Prévost crut alors à un retour de HamptOD pour ïipérer sa jonction avec "Wilkinson.

C'est le moment de parler de ce dernier, car la bstiûlle de Châteangiuj gagne énormément à être comparée avec cdle de Crysler Farm.

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CRYSLER FARM

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