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26 ocro8re 1813
; lundi 25, Hampton voyait devant lui une route de sept L: milles pour atteindre Salaberry. Avait-il connaissance des précautions prises par ce dernier? C’est probable, car il conçut le plan dangereux d'utiliser la rive droite pour amener une partie de ses troupes au passage du gué et prendre ainsi nos retranchements à revers. A cet effet, il détacha le colonel Purdy avec quinze cents hommes, lui enjoignant de passer la rivière, tandis que lui-même, avec le gros de l’armée, s’avancerait par le chemin de la rive gauche et irait se poster en face des abatis de Salaberry en attendant que Purdy eut forcé le gué (où était le capitaine Panet) pour nous prendre entre deux feux.
De bonne heure, le 25, Purdy opéra sa traverse à Cross ; Ù ÿY O0E
Farm sans se douter peut-être qu’il allait avoir sur les épaules
la majeure partie de l’entreprise de son chef.
Salaberry ne soupçonna point le mouvement de la colonne en question. Le fait est que cette tentative n’était pas croyable ;
les guides de Purdy s’y opposaient, disant qu’il n’y avait de ce côté ni chemin ni sentier et que les marécages étaient autant d’obstacles insurmontables. L'ordre fut répété plus sévèrement par Hampton et l’on obéit. A la nuit tombante Purdy n’avait pas fait la moitié de la route et se trouvait comme perdu dans les bois, les fondrières, les ténèbres, avec des hommes brisés par la marche et découragés.
Vers la fin du jour, ce 25, le gouverneur Prévost, de Watteville et Macdonell survinrent pour prendre connaissance de la situation et inspecter les abatis, tel que mentionné plus haut. Ils déclaraient qu’une prochaine attaque n’était pas à craindre parce qu’ils leur semblait que Hamp‘ n’avait pas encore réuni toutes ses forces. C’était parler mment, à deux pas de ennemi ! Après avoir complimenté Salaberry sur les dispositions judicieuses qu’il avait su prendre, ils retournèrent à La Fourche et se gardèrent bien de faire partir de ce lieu les six cents hommes de renfort qui auraient doublé le contingent de Salaberry. Macdonell resta cependant à la troisième ou quatrième position (village Allan aujourd’hui) pour commander une réserve de près de deux cents hommes que Salaberry détacha des cinq cents (on dit quatre cents quatre-vingt-dix) qu’il possédait en tout.
L’attitude de Hampton, campé au-delà de l’abatis avancé que gardaïent Johnson et Guy, avec trente-six ou quarante hommes, respirait une douce confiance.
Puräy au fond des bois, n’osait ni se mouvoir ni faire du feu, ce qui eut trahi sa présence, car de Salaberry ignorait ce
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que faisait Purdy, mais celui-ci connaissait fort exactement où était Salaberry et jugeait très bien l’assiotte qu’il avait choisie pour assurer sa défense, c’est pourquoi la consigne de
son côté fut de rester sur l’éveil, d’endurer le froid et d’attendre l’aurore.
À Québec, ce jour-là, arrivait la nouvelle que Napoléon (15 août) avait fait une trêve avec les alliés et que la paix générale s’en suivrait probablement. Ceci paraiseait douteux.
Le matin du 26 se montra froid, humide, terne, avec les
feuilles mortes qui jonchaient le sol ou pendaient encore aux branches des arbres.
Le colonel Purdy fut d’abord obligé de secouer ses hommes un par un, pour les dégourdir, Il n’en était pas ainsi des Canadiens qui s’éveillèrent joyeux et dispos quoique, en euxmêmes, ils gromelassent contre de Watteville, qui ne leur envoyait pas de couvertures de laine par cette température d’automne avancé. Reprenons le récit du lieutenant Pinguet :
‘“ Le mardi (26 octobre) comme les bûcherons (de l’abatis placé en avant des quatre lignes) finissaient quelque chose qui manquait, un parti de dix hommes de notre compagnie (Feacibles) et de vingt des Voltigeurs, qui étaient en avant (plus loin que l’abatis) pour protéger les travailleurs, aperçurent l'avant-garde de l’ennemi qui s’avançait. Les nôtres tirèrent quelques coups de fusil sur l’ennemi, ce qui donna l’alarme. Notre compagnie (Ferguson) fut aussitôt envoyée à l’abatis
avec ordre de commencer et de soutenir l’action, ce qui fut fait ”.
L’aide-de-carnp O’Sullivan est plus explicite :
‘ Le 26 du mois passé (il écrivait au commencement de novembre), vers dix heures du matin, une avant-garde de
l’'ennem° vint à portée de mousquet de l’abatis ”.
D'après le Mercury, de Québec, du 9 novembre, le récit de O’Sullivan serait daté du 8 de ce mois.
‘“ Le lieutenant Guy, des Voltigeurs, qui était en front, avec une vingtaine de ses hommes, fut contraint de reculer, après avoir échangé quelques vous de fusil, et fut soutenu par le lieutenant Johnson, du même corps, qui commandait
à l’arrière des travailleurs ””,
Guy était on avant de ‘’abatis, Johnson en arrière de celle-
ei et restait visible aux regards de Salaberry.
“Les travailleurs se virent dans la nécessité de retraier et
pe se remirent pas à l'ouvrage de tout ce jour.
‘ Un gros parti de l’ennemi, se montant à environ quinze cents hommes, pénétra à travers les bois, sur la rive droits de
la rivière ; il était composé des 4, 33°, 35°, et des bataiïlions
de chasseurs volontaires.”
C’étaient les hommes de Purdy dont quelques-uns furent aperçus des miliciens campés sur le site actuel du village Allan. Il pouvait être alors dix heures du matin, juste au moment où l’avant-garde de Hampton se montrait au lieutenant Guy de l’autre côté du grand abatis Un cordon de
courriers allait depuis la conl’e Bryson jusqu’au gué, de sorte
que Salaberry, aui se tenait sur la crête de la coulée, exami-
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nant ce qui se passait au grand abatis, sut bientôt qu’il était menacé d’une attaque de tête et de flanc et s’empressa de descendre à la troisième ligne, d’où il envoya les capitaines Daly et Bruyère au-devant de Purdy. Ces deux officiers découvrirent tout d’abord une centaine d'hommes et, sans perdre de temps, leur envoyèrent cinquante coups de fusils. La décharge eut le double effet comique de mettre en fuite les Américains et une compagnie de milice qui suivait Daly. Les Américains, courant vers le bois où étaient leurs gens, furent pris, par ces derniers, pour des Canadiens et reçurent une volée de mousqueterie qui en tua plusieurs. Un certain nombre de fuyarde américains se sauvèrent dans la direction de la rivière. Aussitôt des Voltigeurs, Vincent, Pelletier, Vervais, Caron et Dubois, se mettant à la nage, vont les capturer et les amenèrent à leurs chefs. Daly et Bruyère continuaient de serrer le bois et de remonter vers l’ennemi. Purdy pliait et faisait demander des secours À Hampton, L'un et l’autre s’étonnaient de voir les Canadiens si parfaitement préparés à les recevoir.
Hanpton ayant depassé le grand abatis, ordonna au général Izard de prendre une petite colonne et de suivre la route pour se glisser entre la première ligne de Salaberry au bord de la coulée et le blockhaus, afin atteindre le plateau où étaient les trois autres retranchements de nos troupes, mais le lieutenant Johnson, avec les Voltigeurs du blockhaus,
ouvrit un feu nourri qui les tint en échec durant une demiheure.
Salaberry était en ce moment à sa troisième ligne, pour assister au combat de Daily et Bruyère contre Purdy. Il
entendit la fusillade du blockhaus et se hâta d’y arriver. Un peu plus, et la.journée tournait contre nous—mais les Américains cessèrent d’avancer comme de Salaberry entrait en scène. On ne sait pourquoi ils ne poursuivirent point
leur marche.
Salaberry voyait qu’il avait sur les bras toute l’armée américaine. Laissé seul avec une poignée de monde, il ne perdit pas une minute. Ses hommes furent déployés sur la croupe de la hauteur, en avant de la première ligne, face à la coulée Bryson.. Tout son contingent iusqu’au gué, reçut des ordres pour agir en cas de besoin. Coûte que coûte, secouru ou non secouru, le vaillant Canadien s'était mis dans la tête de soutenir le choc et de résister par la bravoure aussi bien que par la ruse. Puisqu’on ne lui laissait que des piquets pour toute ressource, il allait en fabriquer un squelette d'armée qui se battrait comme s’il était au complet !
On à fait circuler dans la presse un discours que le colonel de Salaberry aurait adressé à ses soldats avant que de commander le feu. C’est le moment de le passer en revue. Il renferme quatre-vingts mots qui prêtent à quatre réflexions, pour le moins :
“ Voltigeurs !—l’armée américaine est sur nos talons, mais il faut l’arrêter dans sa marche ou moutir. Que chaque balle abatte un ennemi, et malheur à celui qui manquera (son coup ?) ou perdra sa poudre, car mon sabre lui fera sauter la tête ! Clairons ! faites un bruit d’enfer, afin que les Américains nous croyent en plus grand nombre et qu’ils sont tom-
bés dans une embuscade, Officiers ! faites votre devoir.
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