PRE’ LIMINAIRE
quatre fois davantage fi la nature de l’Ouvrage le comportent.
Il feroit bien étrange qu’il eût été permis à Homere, à Virgile , au Taffe , de décrire les bleffures de mille Guerriers imaginaires , 6c qu’il ne le fut pas de parler des Kéros véritables qui viennent de prodiguer leur fang , 6c parmi lefquels il y en a plusieurs avec qui l’Auteur avoit eu l’honneur de vivre , & qui lui ont 1 aillé de finceres regrets.
L’attention fcrupuleufe, qu on a apportée dans cette édition , doit fervir de garant de tous les faits qui font énoncés dans le Poëme & dans les Remarques. Il n’en efl aucun qui ne doive être cher à la nation, 6c à toutes les familles qu’ils regardent. En effet, qui n eft touché fenfiblement en lifant le , nom de fon fils, de fon frere , d’un parent cher , d’un ami tue ou bleffe, ou expofé dans cette Bataille qui fera célébré à jamais ; en lifant, dis-je, ce nom dans un Ouvrage , qui tout faible qu’il eft , a été honoré plus d’une fois des regards du Monarque , & que Sa Majefté n’a permis qu’il lui fût dédié , que parce
A iiijj
S DISCOURS
qu’Elle a oublié fon éloge en faveur de celui des Officiers qui ont combattu & vaincu fous fes ordres.
C’eft donc moins en Poëte qu’en bon Citoyen qu’on a travaillé. On n’a point cru devoir orner ce Poème de longues bêlions , furtout dans la première chaleur du Public , ôt dans un tems où l’Europe n’étoit occupée que des détails intéredans de cette victoire importante 9 achetée par tant de fang.
La fiêtion peut orner un fujet ou moins • grand , ou moins intérefTant , ou, qui placé plus loin de nous, laide l’efp rit plus tranquille. Ainfij lorfque Defpreaux s’égaya dans fa defcription du Padage du Rhin, c’étoit trois mois après faction; & cette aêlion, toute brillante quelle fut, ïi’ed à comparer ni pour l’importance, ni pour le danger, à une Bataille rangée, gagnée fur un Ennemi habile , intrépide , ôc fupérieur en nombre , par un Roy expofé, ainfique fon fils, pendant quatre heures au feu de l’artillerie.
Ce n’ed qffiaprès s’être laide emporter aux premiers mouvemens de zele , après s’être a,tt;a*