‹ La bataille de Fontenoy, :Chapitre 5 sur 7 · PRE* LIMINAIRE · texte numérisé non relu

PRE* LIMINAIRE

iché uniquement à louer ceux qui ont fi bien fervi la Patrie dans ce grand jour, qu’on s’efl permis d’inférer dans le Poëme un peu de ces frétions qui affaibliroient un tel fujet fi on vouloit les prodiguer.

On peut , deux mille ans après la guerre de Troye , faire apporter par Vénus à Enée des Armes que Vulcain a forgées , & qui rendent ce héros invulnérable ; on peut lui faire rendre fon Epée par une Divinité , pour îa plonger dans le fein de fon ennemi. Tout le Confeil . des Dieux peut s’affembler , tout l’Enfer peut fe déchaîner ; Aîeéton peut eny vrer tous les efprits des venins de fa rage : mais ni notre Siècle, ni un Evénement fi récent , ni un ouvrage fi court ne permettent gueres ces peintures devenues les lieux communs de la Poëfie. Il faut pardonner à unCitoyen pénétré, de faire parler fon cœur plus que fon imagination , ôc l’Auteur avoue qu’il s’efi plus attendri en difant :

Tu meurs, jeune Craon , que le Ciel moins fèvere , Veille fur les deftins de ton généreux frere !

10 DISCOURS

que s’il avoit évoqué les Euménides , pour faire ôter la vie à un jeune Guerrier aimable.

Il faut des Divinités dans un Poëme épique, ôc furtout quand il s’agit de Héros fabuleux. Mais ici le vrai Jupiter, le vrai Mars , c’eftun Roy tranquille dans le plus grand danger , ôc qui hazarde fa vie pour un peuple dont

11 eft le pere. C’eft lui , c’eft fon fils , ce font ceux qui ont vaincu fous lui , ôc non Junon ôc Juturne qu’on a voulu ôc qu’on a dû peindre. D’ailleurs le petit nombre de ceux qui connoilfent notre Poëfie , favent qu’il eft bien plus aifé d’intéreffer le Ciel , les Enfers ôc la Terre à une Bataille, que de faire reconnaître ôc de diftinguer, par des images propres ôc fenfibles, des Carabiniers qui ont de gros Fufils rayés, des Grenadiers , des Dragons qui combattent à pied ôc à cheval, de parler de retranchemens faits à la hâte , d’ennemis qui s’avancent

K encolômne , d’exprimer enfin ce qu’on n’a gueres dit encore en Vers.

On a dû Ipécifier les différens Corps qui ont combattu , leurs ajmes], leur pofition , l’en-

PRELIMINAIRE. it droit où ils ont attaqué, dire que la colomne Angîaife a pénétré , exprimer comment elle a été enfoncée par la Maifon du Roy , les Carabiniers , la Gendarmerie , le Régiment de Normandie , &c. Si on n’étoit pas entré dans ces détails dont le fonds eft li héroïque , ôc qui font cependant ft difficiles à rendre , rien ne diffingueroitla Bataille de Fontenoy d’avec celle de Tolbiac. Defpréaux dans le paflage du Rhin a dit :

Revel les fuit de près , fous ce Chef redouté Marche des Cuiraffiers l’etcadron indompté.

On a peint ici les Carabiniers au lieu de les appeller par leur nom , qui convient encore moins aux Vers que celui de Cuiraffiers. On a même mieux aimé , dans cette derniere édition, cara&érifer les fondions de FEtat Major, que de mettre en Vers les noms des Officiers de ce Corps qui ont été bîeffés , êt ces noms ont été reportés dans les Nettes.

Cependant on a ofé appeller la Maifon du Roy par fon nom, fans fe fervir d’aucune autre image. Ce nom de Maifon du Roy qui con-

fr

,tt DISCOURS tient tant de Corps invincibles , imprime und affez grande idée , fans qu’il foit befoin d’autre figure. Mais il y a encore une autre raifort de l’avoir nommée , c’eft la rapidité de l’a&ion»

Louis , fon Fils , l’Etat , l’Europe eft en vos mains.

Maifon du Roi , marchez , &c.

Si on avoit dit la Maifon du Roy marche , cette expreflion eût été profaïque ôc languiflante.

On n’a pas voulu s’écarter un moment, dans cet Ouvrage , de la gravité du fujet. Defpréaux il eft vrai , en traitant le paflage du Rhin dans le goût de quelques-unes de fes Epitres, a joint le plaifant à l’héroïque ; car après avoir dit :

Un bruit s’épand qu’Enguien & Condé font pafles ,

Condé, dont le feul nom fait tomber les murailles.

Force les Efcadrons , & gagne les Batailles ,

Enguien , de fon hymen , le feul & digne fruit, &e»

Il s’exprime enfuite ainfi :

Bien-tôt .... Mais Vurts s’oppole à l’ardeur qui m’anime , Finilfons ; il eft temps , auftï-bien , fi la rime Alloit , mal- à-propos , m’engager dans Arneim ,

Je n’en fai , pour fortir , de porte qu’Hildesheim.

Les perfonnes qui ont parû fouhaiter qu’on

PRELIMINAIRE. TJ

Employât dans le récit de la viôtoire de Fontenoy quelques traits de ce ftile familier de r Boileau 5 n’ont pas , ce me femble , affez dif» tingué les lieux ôc les tems } ôc n’ont pas fait Sa différence qu’il faut faire entre une Epitre ôc un ouvrage d’un ton plus férieux ôc plus féyere.

On n’en dira pas davantage fur ce qui regarde l’art ôc le goût, à la tête d’un ouvrage* où il s’agit des plus grands intérêts., ôc qui ne doit remplir l’efprit que de la gloire du Roy* & du bonheur de la Patrie.

DE FONTENOYj

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