Situation de l'artillerie du 16 avril
2. Dans son troisième rapport sur la fabrication de projectiles d'artillerie, M. Violette évaluait à 21.500.000 le nombre de coups existant au 15 avril.
3. Cette première dotation avait nécessité, pour les deux groupes du nord et du centre et la IV8 armée, l'emploi de 26.149 wagons (872 trains), transportant 6.500.000 cartouches de 75, 1.788 000 coups de gros calibres, 1.000.000 de bombes de tranchée et 170 millions de cartouches d'infanterie.
4. Ces allocations supplémentaires exigèrent une moyenne de 400 wagons par jour au groupe d'armées de réserve, et de 200 à la 4e armée.
artifices éclairants (fusées, cartouches pour pistolets signaleurs, bengales, etc.), fut alloué aux Ire, IIIe, VIe et Xe armées, ainsi que 5. 081 .000 grenades à mains, engins incendiaires ou suffocants.
L'armement de linfanterie avait été largement perfectionné. Chaque bataillon disposait de huit mitrailleuses, et un approvisionnement de précaution était constitué. Chaque compagnie possédait huit fusils-mitrailleurs. Dans les divisions destinées à l'exploitation de la victoire et dans celles, affectées aux fronts défensifs , ce chiffre se trouvait porté à seize, comme il devait l'être très prochainement pour les armées d'attaque. Au surplus, il résulte des déclarations faites postérieurement par les généraux Franchet d'Esperev, Humbert (IIIe armée), Anthoine (IVe armée), Mazel (Ve armée) et Mangin (VIe armée) que non seulement aucune unité n'a été arrêtée par le manque de munitions, de grenades ou d'artifices, mais que. à la IVe armée notamment, « les ravitaillements nécessaires ont toujours été assurés, bien que les consommations aient fréquemment dépassé les prévisions initiales ».
Passant maintenant aux divers services, on constate que, du 15 décembre 1916 au 15 avril 1917, il fut expédié aux armées, pour la préparation de la bataille de l'Aisne, 43.776 wagons de matériel du génie, soit 1.09o trains de 40 wagons, portant des bois de baraquement, des matériaux de construction, des rondins, etc. L'organisation des
communications du groupe d'armées de réserve entraîna les constructions de 203 kilomètres de voies ferrées normales (plus 1 1 0 kilomètres dans la zone arrière), de 20 kilomètres de voies de 1 mètre, de 280 kilomètres de voies de 0m 60, et d'autres voies de déchargement spécialisées par service avec stockage sur la ligne Meaux-Reims, En outre, on dut. pour la double circulation automobile, élargir des routes sur une largeur de loo kilomètres, et créer 24 kilomètres de chemins neufs. C'est qu'en effet les 7o2 sections de voitures automobiles mises à la disposition des armées à la date du 1 o avril 1917 avaient une puissance de transport de 120.000 hommes, 21.000 blessés, 18.250 tonnes de matériel, 1.680 tonnes de cailloux et 182 tonnes de viande. Sous le rapport de l'alimentation, le groupe d'armées de réserve était, en vue des opérations projetées, doté d'une avance de huit jours de vivres et de trois jours de vivres de réserve, pour un effectif de 40 divisions. Il fallut pour cela 109 trains, dont le dernier arriva à destination avant le 1er avril.
En ce qui concerne le service de santé, on ne peut que déplorer la mesure prise, le 17 janvier, par le ministre de la Guerre, qui crut devoir en supprimer la Direction générale, exercée jusque là par un officier de santé de grade très élevé. Vainement, le commandant en chef lit observer à M. Painlevé que sa décision allait à l'encontre du décret sur le Service des armées en campagne, lequel consacre
l'existence de cet organe supérieur. Il ne fut point écouté, et ce fait, comme on le verra, entraîna des conséquences funestes. Quoiqu'il en soit, les prévisions relatives aux évacuations et aux hospitalisations avaient été très larges. Ainsi, le seul groupe des armées de réserve disposait de six hôpitaux d'évacuation, chacun de 3.000 lits, et, en plus, de 60.000 places d'hospitalisation. Ces dispositions étaient plus que suffisantes puisque, dans les dix premiers jours de la bataille, on ne compta, dans le groupe en question, que ai. 000 blessés. Au surplus, il résulte du rapport établi au nom de la Commission supérieure consultative du service de santé militaire par le professeur Delbet ' que, si de très regrettables imperfections imputables au manque de direction dont il a été parlé plus haut, sont à relever dans l'exécution du service, et si, malgré le « travail formidable » fourni par les équipes chirurgicales, nombre de grands blessés, surtout dans la Ve armée, n'ont pu être opérés opportunément, du moins la capacité des hôpitaux d'évacuation n'a pas été dépassée, et les difficultés du fonctionnement relèvent surtout d'insuffisances locales. Nous aurons d'ailleurs à revenir sur ce triste sujet.
Arrêtons là cette avalanche de chiffres. Ceux-ci, a-t-on dit parfois, manquent d'élégance. C'est bien
1. La commission qui présenta le rapport était composée de MM. les professeurs Quenu, Hartmann, Delbet, et de M. Giraud, député.
possible ; mais leur éloquence ne saurait être contestée, surtout quand il s'agit de faire la lumière sur des questions controversées. Or, on a affirmé, et répété, que si l'offensive d'avril avait échoué, c'était faute de préparation suffisante et dune juste prévision des moyens matériels qu'elle nécessitait. Les précisions qui précèdent, évidemment un peu arides, mais indiscutables et absolument documentaires, suffiront, je pense, à faire rejeter cette excuse et à confondre ceux qui n'ont pas craint de s'en servir.
Date de Voffensive. — Par télégramme en date du 27 mars, le général en chef avait fixé au 8 avril le début des opérations. Les Anglais, sur le front Arras-Vimy, devaient « tirer les premiers ». Les autres attaques se seraient ensuite échelonnées jusqu'au 14. Mais le mauvais temps qui sévissait contrariait le ré°rla°re des contre-batteries sur les positions éloignées, surtout devant la VIe armée, dont les observatoires terrestres ne voyaient que les premières lignes ennemies. On se résigna donc à un nouveau délai.
Celui-ci cependant n'était point du goût du maréchal Haig qui, se rencontrant le o avril à Montdidier avec le général Nivelle, insista pour que, tout étant prêt, on n'attendît pas plus longtemps. La date fatidique fut alors fixée au 9 pour l'armée anglaise, et au 14 pour nous. Mais voici que la veille de ce dernier jour, le général Mangin, commandant de la VIe armée — celle dont les vues
étaient les plus précaires — demanda encore quelque répit '. On lui accorda jusqu'au 16, à six heures du matin, après acquiescement de tous les chefs de grandes unités, y compris le maréchal Haig, prévenu télégraphiquement.
Malheureusement, un événement s'était produit entre temps, qui pouvait entraîner des suites funestes. Dans la nuit du 4 au o avril, au cours d'attaques partielles exécutées par les Allemands sur le front de la Ve armée, un sous-officier, porteur du plan d'engagement de son bataillon, avait disparu. On s'explique mal comment un document de cette importance, et qui indiquait non seulement le dispositif d'ensemble et l'ordre de bataille général des troupes opérant au nord de l'Aisne, mais même les objectifs assignés aux corps d'armée voisins, pouvait se trouver aux mains d'un militaire aussi peu élevé en grade. S il n'y a pas là une grave et coupable imprudence, il faut s'en prendre à une .déplorable fatalité. Mais passons
Cependant, et quoique l'ennemi dût être désormais orienté sur les intentions du commandement français, il était trop tard pour bouleverser tous les ordres d'attaque, encore que ce fût là le seul remède radical que comportât la situation nouvelle. Ne croyant pas pouvoir extirper le mal, on se contenta d'y mettre un emplâtre, c'est-à-dire que, sans rien
1. Conférence tenue le 13 au quartier général du groupe d'armées de réserve entre le commandant en chef et les généraux Micheler, Mangin, Mazel et Duchéne.
changer au programme d'ensemble, on adressa aux premières lignes, dès le 8, des indications fausses. au moyen de messages téléphonés, destinés à être interceptés par les Allemands. Reste à savoir si ceux-ci se laissèrent prendre à ce stratagème, qu'ils avaient sans doute pas mal de moyens d'éventer {. Au reste, ce ne fut pas la seule fois que se produisirent d'aussi complets manquements aux règles militaires, comme en fait foi la note suivante, adressée le U avril à toutes les armées par le haut commandement :
Malgré les prescriptions formelles interdisant d'emporter les documents secrets en première ligne, un chef de bataillon a remis à son commandant d'unités de première ligne un plan d'engagement comprenant la mission du corps d'armée et des corps d'armée voisin?, c'est-à-dire de presque toute l'armée, la manœuvre à exécuter par sa division et les divisions voisines.
Le général commandant en chef a infligé au général de division un blâme sévère qui sera mentionné à son dossier du personnel.
L'attention de tous est appelée sur la gravité de cette faute qui, pouvant dévoiler à temps à l'adversaire les grandes lignes de nos attaques, risque de les faire échouer.
La rédaction du plan d'attaque du bataillon ci-dessus visé est manifestement contraire aux prescriptions des deux documents essentiels relatifs au combat des petites unités: Instruction du 8 janvier 1916 sur le combat offensif des petites unités (p. 19): Note
1. Voir plu? loin, p. 81 , le? commentaires de l'apence Wolff, 1 vol.
annexe du 27 septembre 1916 p. 16). Les plans d'engagement ne doivent pas mentionner autre chose que ce qui est visé par ces instructions.
En vue d'assurer la convergence des efforts, il faut que chacun connaisse la manœuvre, mais le document écrit ne doit contenir que l'indispensable. Toute autre indication reconnue utile ne doit être donnée que verbalement et avec une stricte mesure. — Signé : Nivelle.
En somme, il appert de ces incidents divers que le secret nécessaire n'était pas toujours strictement gardé. Mais, dans des agglomérations pareilles, ce sont là, peut-on dire, des accidents presque inévitables. Il est juste d'ajouter que, de notre côté, les renseignements concernant la situation de l'armée allemande abondaient. Ainsi le 11 avril, l'état-major de la VIe armée avait établi comme suit, dans des conditions qui se rapprochaient beaucoup de l'exacte vérité, l'ordre de bataille probable des troupes que cette armée et la Ve avaient à combattre.
Elles avaient devant elles, disait le document en question, douze divisions appartenant à la VIIe armée allemande (général de Heeringen), disposées, entre l'Ailette et le nord de Reims, sur un front de 60 kilomètres, et dont une quarantaine constituaient les secteurs d'attaque1. Il était vraisemblable que les réserves partielles de ces douze divisions seraient poussées sur la 2e position, et par
i. Toutes ces divisions, ainsi que celles dont il est question plus loin, étaient repérées en numéros et en position.
LlEUT*-COLONEL ROUSSET. 5
conséquent, qu'aucune d'elles ne pourrait participer àlabataille, après l'enfoncement escompté des deux premières lignes. Mais, ensuite, on entrait dans le domaine des présomptions, et voici comment l'état-major de la VIe armée formulait celles-ci :
On connaît, en arrière du front opposé au groupe d'armées de réserve *, cinq divisions allemandes susceptibles d'être engagées le jour initial, si le commandement ennemi tient à les employer sur la 3e position. On peut compter également sur l'intervention immédiate des réserves partielles des divisions voisines, soit encore 18 bataillons, c'est-à-dire la valeur de deux divisions.
Ces sept divisions peuvent être employées à défendre la 2e position dont le développement est d'au moins 50 kilomètres, ce qui donne la densité de une division par 7 kilomètres, d'autant plus faible que cette 3e position n'est pas complètement achevée. Elles auraient à la défendre jusqu'à l'arrivée des divisions dont l'ennemi pourrait disposer parmi celles qui sont en arrière du front à l'ouest, à moins qu'elles ne servent simplement à retarder notre progression jusqu'à l'intervention de ces dernières sur une ligne, organisée ou non, située plus en arrière.
Il y a peu de temps, les Allemands disposaient vraisemblablement, sur le front occidental, de 42 divisions. De celles-ci :
Cinq, localisées en arrière du front attaqué par le groupe d arméesdu Centre, ont été considérées plus haut comme devant être engagées presque immédiatement sur la 3e position.