‹ La bataille de l'AisneChapitre 16 sur 31 · Dont faisaient partie les Ve et VIe armées · texte numérisé non relu

Dont faisaient partie les Ve et VIe armées

Dix. postées en Lorraine et en Alsace, seraient probablement retenues sur place et ne pourraient commencer à arriver devant nous que six ou huit jours après l'ouverture de l'attaque.

Sept, opposées aux Anglais, avaient été sans doute ensra^ées vers Arras.

Deux enfin, en position au sud-est de Saint-Quentin, y seront probablement retenues par notre IIIe armée.

Sur les 18 autres, on peut envisager que. proportionnellement aux fronts d'attaque français et anglais, de 4 à 6 iront s'opposer à l'avance britannique, et 12 ou 14 auront à faire face aux Français. En admettant que cette dernière masse soit dirigée tout entière contre le groupe d armées de résarve, elles ne pourront être amenées à pied d'oeuvre à raison de plus de trois par jour (une par voie ferrée), scjit en cinq jours. Si elles sont employées à renforcer sur la 3e position les sept divisions que nous avons supposé devoir la défendre, la densité de celle-ci atteindra, au bout de cinq jours, une division pour 2 k. 300 (semblable à celle qui existait sur la Somme. L'ennemi disposera alors de 21 divisions devant le groupe du Centre.

S'il préfère opérer, sous la protection des sept divisions primitives, le débarquement et la concentration de 14 divisions de renforcement pour les employer sur une ligne située plus en arrière, il ne pourra encore, dans les conditions les plus favorables, les utiliser que le 6e jour.

Selon les résistances de la 3e position, ce débarquement pourra s'opérer sur la transversale Sains-Saint- Gobert-Marle-Montcornet, avec déploiement au nord de Laon. et sur la grande ligne de rocade Y\ assigny- Hirson-Liart ou Mézières, ce qui laisse grand ouvert le champ des hypothèses stratégiques.

J'ai tenu à citer cette pièce, malgré sa longueur

et son aridité. Elle montre le soin minutieux avec lequel avaient été envisagées par avance les éventualités à prévoir. Elle fait justice du bruit absurde qui s'est malheureusement répandu au lendemain de la bataille, et suivant lequel l'armée Mangin aurait été jetée au carnage avec une aveugle témérité. Les hauts faits accomplis antérieurement par le brillant officier général ainsi mis en cause, la vigueur, l'énergie calculée et le sens militaire qu'il a déployés depuis en des circonstances mémorables, suffiraient à écarter de sa renommée une imputation aussi odieuse. Mais il est bon que des documents signés de sa main portent témoignage d'une sagesse, d'une prudence, d'une faculté calculatrice qui, sans nuire à la décision ni à la hardiesse, demeurent parmi les plus hautes. Faut-il donner encore une preuve de ces qualités si précieuses chez un conducteur d'hommes? Interrogé le 21 mars, par le commandant du groupe d'armées de réserve, sur les conséquences que le recul de l'ennemi pouvait avoir, tant sur la situation de la VIe armée que sur l'offensive en préparation, Mangin, après avoir examiné la situation dans son ensemble, répondait, le 11 mars : « La retraite de l'ennemi favorise notre offensive pendant la bataille de rupture, en nous donnant des positions qui permettent de prendre en enfilade la ligne Hindenburg face à l'Aisne, et d'attaquer dans de bonnes conditions le saillant que forme cette ligne au moulin de Laffaux. A condition toutefois

que le XXXVIIe corps d'armée1 soit renforcé de deux divisions actives nécessaires à la protection de son artillerie et à son offensive ultérieure. » Et il ajoutait : « Cette condition remplie, la position nouvelle est favorable à la rupture du front ennemi. Elle est également favorable à l'exploitation du succès, à condition que la position Hindenbourg soit vivement pressée et même attaquée sur plusieurs points, et que l'attaque anglaise précède de six ou sept jours celle du groupe d'armées de réserve. Si ces deux conditions n'étaient pas remplies, le débouché des VIe et Xe armées ne présenterait que peu de chances de succès. » Quelle que soit l'opinion qu'on puisse avoir sur la manœuvre projetée, on conviendra que l'homme qui en dégageait les probabilités avec cette assurance, était tout autre chose, dans la bataille, qu'un instrument plus ou moins aveugle, ou un simple entraîneur de soldats.

1. Le XXXVIIe corps, posté à gauche, était celui qui couvrait les groupes d'artillerie primitivement destinés à assurer le débouché de Soissons et à favoriser l'avance d'un autre corps, le VIe, vers le moulin de Laffaux. Il devait ensuite se porter contre le front Laffaux-Vauxaillon et, éventuellement, opérer une diversion vers Bassoles-Brancourt.

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