‹ La bataille de l'AisneChapitre 19 sur 31 · Observations présentées par le commandement (3 août · texte numérisé non relu

Observations présentées par le commandement (3 août

vérité d'assez importants services, même sur la deuxième position ennemie. L'autre ne put franchir la première, dont les tranchées étaient trop larges. Il serait injuste toutefois de négliger leur action, à l'un et à l'autre, car en faisant le vide devant eux, ils brisèrent certaines contre-attaques, infligèrent à l'ennemi des pertes sensibles et permirent à l'infanterie qui les avoisinait de garder le terrain qu'elle avait conquis l.

Passons maintenant aux autres armées. Le VIe (général Mangin) avait, à 7 h. 45, franchi le Chemin des Dames et pénétré dans le ravin d'Aillés. Elle occupait le bois Brouze, livrait un violent combat dans celui du Paradis, progressait un moment jusqu'à l'ancienne carrière souterraine située au sud de la Cour-Soupir, mais devait bientôt reculer sur ce point. Elle avait attaqué Chavonne, enlevé le mont des Singes et le plateau delà ferme Molay, pris, dépassé, puis abandonné Laffaux. Elle avançait lentement dans un terrain chaudement disputé. A quatre heures du soir, elle s'arrêtait et s'installait sur les positions conquises. Elle avait fait, dans cetîe journée, 2.000 prisonniers et capturé un assez copieux matériel.

D'après l'ordre général, la Xe armée formait une masse destinée à déboucher au delà de la brèche

1. Note (même date1 fournie par le 3e bureau du grand quartier général. La consommation des munitions faite à courte distance par l'artillerie d'assaut fut. dans cette journée, de 45.000 cartouches de mitrailleuses et de 300 obus de 75.

pratiquée dans le front ennemi « pour exploiter la rupture ». A 8 heures du matin, ses corps de tête franchissaient l'Aisne. Mais la situation ne paraissant pas assez nette, ce mouvement fut arrêté un peu plus tard.

Journée du 17 avril. — Temps très mauvais, qui rend extrêmement difficile, sinon impossible, la préparation d'artillerie. A la Ve armée, on ajourne les opérations entre Miette et Aisne, mais on poursuit l'attaque du plateau de Californie et on occupe la Tranche-du-Balcon, au nord-ouest de Craonne. On s'empare des ouvrages dits de Hanovre et de Cologne. On progresse légèrement à l'est du bois des Boches. Enfin une contre-attaque dirigée contre la brigade russe, qui opère sur la gauche, est repoussée vigoureusement.

La VIe armée, assaillie pendant la nuit, a dû abandonner le Mont des Singes et le plateau de la ferme Molay. Mais, dans la matinée, elle avance jusqu'à la ferme des Crinons, aux abords de la Cour-Soupir, dont les carrières sont réoccupées, vers les lisières nord et nord-est du bois de la Bovette, au nord-est du bois des Gouttes-d'Or, jusqu'à un kilomètre au sud de Braye-en-Laonnois. Simultanément, la IVe armée (groupe d'armées du Centre) commandée par le général Anthoine, avait à son tour passé à l'attaque. A sept heures, elle tenait les pentes sud du mont Blond, du Marteau, du mont sans Nom, la tranchée dite de Bethmann- Holvveg, et mordait dans la deuxième position

allemande. A 9 heures 30, elle s'emparait du mont Blond : malgré la furieuse résistance opposée par l'ennemi, elle avait fait 2.o00 prisonniers.

Changements d'objectifs. — Cependant, les choses ne se présentaient pas absolument comme on les avait préjugées. La résistance très énergique de l'ennemi, particulièrement sur le front de la VIe armée, semblait devoir rendre difficiles et coûteux nos progrès directs vers le nord. En conséquence, dans la nuit du 17 au 18, le commandant en chef donnait l'ordre de consolider la conquête des hauteurs au sud de l'Ailette, mais de porter vers le nord-est l'axe de l'effort à venir, en partant de la base assurée par la position actuelle de la Ve armée. Et voici les ordres qui s'en suivirent :

La Vearmée devra : 1° enlever la gauche du plateau de Craonne, élargir sa base de départ en occupant la ligne des crêtes entre Aisne et Ailette (qui passe au nordouest de Chevreux, au nord-ouest de Corbeny, par le ruisseau de la ferme Fayoux, Juvincourt, tranchée de Wurtzbourg jusqu'à l'Aisne), d'où partirait ultérieurement l'attaque visant le débouché sur le front Vieux- Laon-Neufchâtel ; 2° achever la conquête de la ligne de crêtes de la rive gauche de la Suippe, entre Aisne et Brimont, pour servir de base de départ en vue d'opérations combinées avec la IVe armée.

La VIe armée est chargée : 1° de couvrira gauche l'offensive principale ; '2° de compléter la conquête d^s hauteurs au sud de l'Ailette, à l'est de la ferme Froidmont, entre ce point et Chavonne, atin d'assurer notre établissement au nord de l'Aisne et d'enlever à l'ennemi ses observatoires sur la rivière.

En même temps, le commandant en chef mettait à la disposition du général Pétain, commandant le groupe des armées du Centre, un corps d'armée, le Xe (à trois divisions), pour exploiter, le cas échéant, les avances réalisées par la IVe armée1. Les bénéfices assurés par 1 ampleur initiale donnée au front d'attaque, laquelle permettait la plus large articulation des forces, apparaissent ici pour la première fois. Non seulement, ce changement d'orientation de l'attaque, nécessité par les circon stances, devient possible, mais des variantes peuvent être apportées à l'ordre de bataille, avec rapidité et suivant les besoins du moment.

Ce même jour, 17 avril, le général Mangin avait adressé à ses commandants de corps d'armée une note qu'il est intéressant de reproduire, parce que, tout en constatant les faits acquis, elle laisse percer une certaine déception et indique les mesures à prendre pour n'en point subir de nouvelles.

Les résultats de la journée du 16 avril, est-il dit, pour brillants et solides qu'ils soient, ne correspondent ni à la préparation d'artillerie qui a maîtrisé l'ennemi, ni à l'élan des troupes, qui a été admirable. Il est dès maintenant possible de discerner les causes qui ont limité notre progression, et d'y remédier.

Le principal obstacle est le grand nombre de mitrailleuses qui se sont révélées pendant l'attaque et dont le tir n'a commencé qu'après le départ, et même, parfois, dans le dos de nos hommes qui les avaient dépassées

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