‹ La bataille de l'AisneChapitre 24 sur 31 · Voir pp. 58 et suiv · texte numérisé non relu

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engagé sa responsabilité personnelle. D'abord, lorsque voulant tirer parti de la base en équerre que le recul de l'ennemi nous permettait d'adopter, il demanda avec instance qu'on lui adjoignît les deux divisions du 1er corps colonial, pour attaquer le front Vauxaillon-LafTaux. Le général en chef les lui accorda, malgré l'opposition mal déguisée du général Micheler, et il s'en suivit que l'ennemi fut rapidement pris dans une tenaille, d'où il ne se retira qu'en plein désordre, et avec beaucoup de pertes, sous la pression convergente du VIe corps et du Ier colonial. En second lieu, Mangin — et qui donc lui en ferait un reproche ? — avait apporté, de son initiative propre, une modification essentielle au plan d'engagement. Nous avons dit précédemment que ce plan était établi d'après des programmes déterminés, qui indiquaient une heure fixe pour l'enlèvement de chaque objectif et le mouvement en avant de toutes les unités non engagées. Le commandant de la VIe armée s'était réservé les moyens d'arrêter la poussée de l'arrière et son périlleux fonctionnement automatique si la marche des premières lignes se ralentissait ou s'arrêtait. C'était pour empêcher l'entassement et limiter les pertes. Il résulta de cette sage précaution que, dans la soirée même du 16, le général Mangin put disposer de cinq divisions fraîches et renvoyer à l'arrière deux divisions du IIe corps colonial, tout en continuant à alimenter la lutte sans aucun nouveau renfort.

Cependant, les sanctions si impérieusement réclamées n'avaient pas attendu la confirmation régulière de ces différents faits, et, parmi elles, il y en avait de singulières. On a vu plus haut la mesure prise à l'égard du général Nivelle. Les généraux Micheler et Mazel suivirent de près. Enfin, le 31 juillet, le général Mangin qui se trouvait en congé depuis le 1er mai, était placé dans la position de disponibilité, avec défense de fixer sa résidence dans le département de la Seine et les départements limitrophes. C'est-à-dire qu'à une pénalité d'ordre militaire plus ou moins justifiée, mais régulière, s'ajoutait en quelque sorte celle, parfaitement illégale, de l'interdiction de séjour. La lettre ministérielle demandait en outre au général des explications sur deux voyages qu'il aurait faits sans autorisation entre Juvisy, où il s'était retiré avant son exil, et Paris. Si le sujet n'était pas aussi grave et, on peut dire aussi triste, cette prodigieuse aventure rappellerait la scènetruculente du fameux drame où certain conspirateur était banni de je ne sais plus quelle république italienne avec défense de s'appeler Pietro.

A parler sérieusement, il y avait là une violation formelle de la loi de d 834 sur l'état des officiers. Rien dans la procédure qu'elle indique, ni dans celle qu'a fixée le décret du 9 novembre 1903 sur la matière, n'autorise l'emploi des lettres de cachet, qui sont encore moins de mise, à notre époque, que la prétendue fanfaronnade dont s'of-

fusquait M. Renaudel. Aussi le général Mangin se crut-il autorisé à ne point tenir compte de l'ukase qui lui interdisait le séjour de Paris, et attendit-il patiemment dans cette ville que la bourrasque se fût apaisée. Il n'attendit heureusement pas très longtemps. Une saute de vent favorable se produisit et, au lieu du conseil d'enquête qu'il réclamait selon son droit, il reçut à nouveau un commandement. On sait, par ses deux magnifiques contre-offensives de 1918, comment il l'exerça.

Le commandant de la Ve armée était le général Mazel, officier de cavalerie d'une haute distinction. Arrivé très vite, après avoir brillamment enlevé ses escadrons pendant les débuts de la campagne, au commandement d'un corps d'armée, le XXXVIIIe, il n'avait pas eu le temps de se familiariser complètement avec les armes étrangères à la sienne. Xi alors, ni depuis deux ans qu'il était à la tête d'une armée, il n'avait eu à préparer d'attaques, en sorte que, dans celle-ci, tout était nouveau pour lui. Au surplus, il ne croyait pas, plus que le général Mieheler, à l'efficacité souveraine de la manœuvre à laquelle il devait collaborer, et n'attendait d'elle que des résultats restreints.

Sa correction, qui était absolue, ne lui permettait pas d'afficher les doutes dont il se sentait assailli. Au contraire, il s'efforçait d'exécuter point par point, et sans jamais leur opposer d'objections , les instructions qu'il recevait . Mais comme s'il se fût méfié de son manque d'expérience

en fait d'infanterie et d'artillerie, il ne dirigeait leur préparation et leur action que d'un peu haut. De| là, des tiraillements et des fautes tactiques qui eurent les plus regrettables conséquences. De là I aussi, des pertes disproportionnées avec les résul-l tats obtenus, et un certain désordre qui enleva y aux exécutants une partie de la confiance dont ils avaient tant besoin.

Ajoutons à cela que la Ve armée se trouvait i dans une situation assez bizarre. Elle ne possédait! point, à proprement parler, de réserves, car ses! quatre divisions non engagées avaient été, enj principe et d'après les ordres du général Miche- j 1er, mises à la disposition des corps de première^ ligne, en vue de la future exploitation du succès.! Toutefois, il appartenait au général Mazel de déci-j der en dernier ressort du moment où ces divisions! seraient décidément soustraites à son autorité, d Disposition étrange, et qui ne pouvait engendrer i que confusion, désordre, voire même de périlleux! conflits. Elle eut en tous cas cette conséquence! très regrettable de placer le commandant de laj Ve armée entre une initiative qu'il ne crut pas pou-i voir prendre, et la stricte observance des instruc-ji tions qu'il avait reçues. Finalement, les quatre l divisions susdites demeurèrent inutilisées, quand elles auraient pu très efficacement soutenir celles ii des troupes d'attaque qui avaient fait les plus F sensibles progrès.

Tel fut, impartialement décrit d'après des docu-;

ments authentiques, le rôle joué dans cette bataille par ceux qui en étaient les principaux ordonnateurs. Ils y apportèrent tous un brillant courage personnel, une bonne volonté entière et une loyauté professionnelle qui aurait dû les mettre à l'abri des accusations passionnées dont ils ont été l'objet. Le malheur est qu'inaugurant un nouveau système de guerre, ils n'aient pas cru tous, malgré l'expérience de Verdun, à ses mérites efficients. La foi ardente qui animait son auteur, le général Nivelle, n'avait pas gagné le cœur de ses subordonnés immédiats, et encore moins celui de certains personnages de l'arrière qui, cédant trop facilement à l'ambiance des idées préconçues, ne voyaient tenter ce nouvel essai qu'à contre-cœur. Le désaccord latent qui existait entre les gouvernants et le commandement n'était ignoré de personne. Il exerçait sa funeste influence sur les exécutants eux-mêmes, et devait ainsi provoquer fatalement des cahots, des heurts, des fautes tactiques aux redoutables conséquences. De celles-ci, quelques-unes sont d'une nature assez grave. Ne soyons pas trop sévères pour ceux qui les ont commises, parce que leur excuse est dans cette espèce de désordre moral qui les paralysait. Mais n'hésitons pas à les signaler pour la vérité d'abord, qui ne souffre point de voiles, puis pour expliquer comment une opération de guerre dont on attendait merveilles a finalement tourné court, malgré les indiscutables profits qu'elle avait donnés tout d'abord.

Examen critique des opérations. — Ici, il faut descendre dans le détail. Aucun à la guerre n'est sans importance , parce que d un ordre mal compris ou mal exécuté peuvent résulter les plus grands malheurs. Et d'abord, il importe de rappeler que la connaissance par l'ennemi d'une partie importante du plan d'attaque, à lui révélé par la prise de l'ordre dont un sous-officier fait prisonnier le 4 avril était indûment porteur1, a nui considérablement au développement de l'offensive. Elle nous a privé de l'inappréciable avantage de la surprise et du secret. En second lieu, la perception de la distance qui séparait encore, au soir du 1(3 avril, les objectifs atteints de ceux que l'on espérait atteindre, a produit dans les troupes quelque découragement, et amené un ralentissement de l'élan magnifique qu'elles avaient montré tout le jour. Les deux faits sont évidemment connexes. Mais seul, le premier entraînait des sanctions qui, d'ailleurs, n'ont pas manqué.

Quant à l'exécution même, elle donne prise à certaines observations d'ordre technique qui visent moins les personnes que des habitudes invétérées et, tranchons le mot, des routines assurément commodes, mais absolument antinomiques avec les exigences extrêmement mobiles du combat. La plus fâcheuse était certainement celle qui consistait à diviser ce combat en tranches successives et

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