Lettre du 29 janvier 1917 au général Micheler
i. Note pour les généraux d'armée, du 4 avril 1917.
sont manifestement dictées par une exacte conception de la guerre. Elles témoignent chez le chef qui les dictait d'un sens militaire très droit, allié à une indomptable fermeté.
Choix du terrain d'action. — Mais elles ont un caractère très général et ne visent que les principes supérieurs. Il fallait au surplus, et en même temps qu'on les donnait, entamer la préparation même de l'affaire et, sous ce rapport, la première question qui se posait était celle relative au théâtre sur lequel le drame devrait se dérouler. Le choix du général en chef s'appuya sur les considérations que voici :
Tout d'abord, on devait écarter la région comprise entre les Flandres et le canal de la Bassée, laquelle, pour des raisons climatériques ou de terrain sur lesquelles il n'est pas besoin d'insister, ne pouvait se prêter avant l'été à de grands déploiements de troupes. Au contraire, le secteur Arras- Bapaume paraissait très favorable à l'attaque des Britanniques, d'autant plus que celle-ci y serait facilitée par la nature du sol, par les aménagements existants, enfin par la forme saillante du front ennemi au sud d'Arras. Le général Haig était tout disposé à s'y engager.
Convenait-il maintenant d'assigner aux troupes françaises le front de la Somme avec prolongement par l'Avre jusqu'à Lassigny, comme l'avait indiqué le général Joffre ? On pensa que sur ce théâtre de l'offensive de 1916, la densité des forces
ennemies, la puissance de l'artillerie de position allemande, l'obstacle même formé par la rivière, devaient faire abandonner ce champ de bataille usé et ravagé, et que, dès lors, le front compris entre l'Avre et Lassigny, considéré isolément, deviendrait trop étriqué pour servir de base à une large offensive. Mais alors où entamer celle-ci?
Une étude attentive du terrain situé plus à l'Est, démontrait qu'aucun aménagement préalable n'était possible avant les abords de l'Aisne et la Champagne l. Toutefois, il semblait dangereux de trop s'écarter du front anglais et surtout d'abandonner le bénéfice d'une action convergente des alliés contre le grand saillant dessiné par l'ennemi entre Arras et Reims. A plus forte raison devait-on éviter de s'étendre jusqu'à la Meuse et la "Woëvre, où d'ailleurs il eût fallu, comme en Flandre, attendre la belle saison, et encore moins vers la Lorraine et l'Alsace, beaucoup trop excentriques pour se prêter à des mouvements combinés.
Pour ces divers motifs, la région de l'Aisne paraissait encore la plus favorable. Mais nous n'avions là qu'une seule tête de pont, entre Vaillv et Berry-au-Bac. La prendre comme axe de l'attaque nous menait droit sur la position formidable du Chemin des Dames, dont la possession, on
1. Pour la description du terrain, je prie le lecteur de se rapporter à l'étude très complète qui en a été faite par mon ami le général Berthaut dans un ouvrage appartenant à la même collection que celui-ci, et intitulé: « De la Marne à la mer du Nord ».
lavait vu en 1914, est indispensable à une armée opérant dans le Laonnois, ne serait-ce que parce quelle lui donne des observatoires d'artillerie extrêmement précieux '. Par contre, les secteurs envisagés pouvaient être rapidement organisés, tant à raison des travaux déjà exécutés que des chemins de fer existants. Mieux encore : la forme en équerre donnée à la base générale de l'offensive permettait, par l'allongement de celle-ci, des combinaisons plus variées, en même temps qu'une menace d'enveloppement se dessinerait sur le saillant Roye-Soissons. Sans compter qu'on évitait cette interruption un peu longue dans l'effort que, par l'attaque retardée de l'Aisne, le plan primitif admettait. C est donc sur la région s'étendant de l'Aisne à la Champagne que le haut commandement, en fin de compte, jeta son dévolu2.
Plan général d'opérations. — C'est au début de 1917, dans les premiers jours de janvier, que le général en chef, fixé sur les ressources en artillerie dont les alliés comptaient bientôt disposer, établit un plan d'ensemble sur les assises que voici :
a) Une offensive menée par les armées britanniques en direction générale de Cambrai, et une offensive menée par le groupe des armées du nord (français) en direction générale de Saint-Quentin, dans le but initial de fixer par une bataille de front le maximum de forces