Document personnel
La date fixée pour l'ouverture de l'offensive générale n'était pas changée.
Nouvelle conférence de Londres. — Cependant, le commandant en chef des forces britanniques s'obstinait dans sa résistance, à ce point que, pour aviser aux mesures à prendre, le gouvernement anglais crut devoir proposer la réunion d'une nouvelle conférence à Londres. Le nôtre ne s'en souciait guère, et ne se rendit qu'après quelques difficultés. M. Ribot fut envoyé en Angleterre, et après une discussion qui dura deux jours (12 et 13 mars) on se borna à consacrer les décisions antérieurement prises à Calais, avec ce complément qu'un organe de liaison, dirigé par le général Wilson, serait créé entre les deux quartiers généraux. La séance allait être levée lorsque M. Ribot demanda à M. Lloyd George, qui présidait, s'il n'y avait pas lieu d'inviter le général Nivelle à exposer son plan général d'opérations. A quoi le chancelier de l'Échiquier, M. Bonar Law, riposta : « Mais les généraux sont-ils d'accord ? » Et comme ces derniers répondaient affirmativement, il ajouta : « Alors, cette affaire ne nous regarde pas. » Et malgré l'insistance de M. Ribot, il fut passé outre, par une très juste application du principe de la séparation des pouvoirs.
Recul général des Allemands. — Mais tandis qu'on délibérait à Londres, les choses changeaient sur le front français. Depuis quelques jours, les renseignements fournis par les prisonniers et les
évacués concordaient avec la fréquence des incendies et les dévastations systématiques, pour laisser supposer que les Allemands préparaient un repli général de leur front sur la ligne Lille -Cambrai- Saint-Quentin-forêt de Saint-Gobain. Tout de suite on multiplia les reconnaissances, en les poussant aussi loin que possible. Elles apprirent que déjà, dans la région de Lassigny, les trois premières lignes de l'ennemi étaient évacuées, et aussitôt, le commandant en chef donna Tordre au groupe d'armées du Nord de pousser jusqu'aux abords de La Fère et de Saint-Quentin, ce qui fut fait à la date du i avril.
Quelles pouvaient être maintenant les conséquences de ce nouveau repli allemand ? Pour les apprécier, il faut remonter un peu plus haut.
L'idée d'une position fortifiée, sur laquelle s'installerait défensivement l'armée ennemie, datait de la bataille de la Somme. Dès cette époque, en effet, la presse germanique avait annoncé l'éventualité d'une manœuvre stratégique en retraite. La ligne choisie, que l'on a désignée depuis sous le nom de ligne Hindenburg, commença peu après à être aménagée. Elle suivait le tracé général : Arras- Mœuvres - Saint - Quentin - Ber'ihincourt- La Fère- Moulin de Laffaux-Courtecon. Son occupation assurait aux Allemands un raccourcissement de 70 kilomètres environ '.