PRÉFACE XIX
se substituer à la 3 e armée pour procéder à V investissement de Metz.
L'énigme de Briey, c'est V armée de Lorraine. Armée fantôme, pourrait-on presque dire. En mai 191 9, quand je commençai mon enquête, le ministère de. la Guerre n'en soupçonnait pas V existence ; il n'y avait pas de dossier de l'armée de Lorraine ; c'est, je crois, sur ma demande, qu'il fut créé.
Singulière destinée : établie sur le papier le 19 août 1914, constituée en fait le 21, elle fut dissoute le 25. Au cours de la bataille, dite de Virton, le 22 août, son inaction, imposée par le commandement et sans doute aussi par les circonstances même de sa constitution, empêcha la 3 e armée de remporter une victoire qui eut pu être de sérieuse conséquence ; cette victoire, cette armée de Lorraine la saisissait, le 25, à l'heure même où elle recevait l'ordre de se dissoudre. Charleroi était survenu dans l'intervalle et force était de parer sans délai à la menace ennemie sur Paris sans défense. Il y eut donc un drame de Briey comme il y eut un drame de Charleroi, et l'on fit le silence sur Briey plus encore que sur Charleroi.
C'est que ce coin du champ de bataille fut le seul où nous ayons eu vraiment une supériorité numérique incontestable et le seul surtout où le jront ennemi eut chance de pouvoir être brisé. Une mauvaise organisation, la dispersion, l'inexistence même du commandement, une fâcheuse utilisation ou plus exactement V inutilisation des moyens dont nous disposions empêchèrent un succès dont les conséquences eussent pu être grandes. Toute une armée de réserve, à sept divisions, resta comme immobilisée sur le champ de bataille, deux jours inerte, sans marcher au canon — et par ordre ! Le général Belin, sous-chej d'état-major au début