XXII PREFACE
Le point de départ de cette légende fut, je crois, unpropos de Polybe dans son article quotidien du Figaro du 28 mai 191 8 où il commentait la tragique surprise du Chemin-des-Dames. Je ne pouvais, à un pareil moment, soulever une polémique ; le point de vue personnel disparaissait dans V angoisse nationale. Je me contentai de demander à M. Joseph Reinach si c'était à mon livre qu'il avait fait allusion ; très franchement il ne me cacha pas qu'il avait cru reconnaître le £<?'néral Lanrezac comme mon « inspirateur ». Je lui demandai de remettre à des temps moins malheureux la controverse et je laissai prescrire mon droit de réponse : depuis, malgré mon insistance, il ne me fut pas possible de V exercer...
Cette explication, qu'il ne m'a pas été permis de donner à ceux du Figaro, je la dois à mes lecteurs.
Je répète que j'ai pour le général Lanrezac la plus haute et la plus reconnaissante admiration ; que j'ai la conviction, la certitude même, que, le 23 août 1914» en rompant le combat impossible de Charleroi, il sauva la France en lui gardant sa 5e armée, dont la présence maintint V unité de front et permit la Marne. J'ajoute qu'à Guise il vit aussi plus clair que le haut commandement, que là encore, pour la seconde fois,^ sa clairvoyance et sa décision nous préservèrent d'un nouveau revers et qu'il sut, par son habileté manœuvrière, changer un imuccès stratégique en un succès tactique. J'ai reçu le témoignage de nombre de ses compagnons d'armes et des plus illustres qui, me remerciant de lui avoir enfin rendu justice, regrettaient de ne l'avoir pas eu pour chef au début de la guerre ; tous déploraient sa disgrâce, déclarant que ^ ce fut un malheur national que d'avoir privé l'armée et la France d'un tel chef.