ORDRE GÉNÉRAL N
1° Il convient de profiter de la situation aventurée de la Ire armée allemande pour concentrer sur elle les efforts des armées alliées d'extrême gauche.
Toutes dispositions seront prises dans la journée du 5 septembre en-sue de partir à l'attaque le 6.
Dispositif à réaliser pour le 5 septembre au soir sera :
a) Toutes les forces disponibles de la 6° armée au nord-est de Meaux, prêtes à franchir l’Ourcq entre Lizy-sur-Ourcq et May-en-Multien dans la direction générale de Château-Thierry. Les éléments dispo-
(1) Ordre adressé au gouvernement militaire de Paris (télégramme n° 3795 expédié à 0 h. 5 le 5 septembre et arrivé à Paris à 2 h. 35), à l’armée britannique, à la 5° armée et à la 9 armée.
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F r Miles corps de cavalerie qui sont à proximité seront remis aux ordres général Maunoury pour cette opération ;
b) L'armée anglaise établie sur le front Changis-Coulommiers face x à l’est prête à attaquer dans la direction générale de Montmirail ;
- c) La 5° armée, se resserrant légèrement sur sa gauche, s’ établira sur -front général Courtacon-Esternay-Sézanne, prête à attaquer dans la direction générale sud-nord. Corps de cavalerie Conneau assurant liaison entre armée anglaise et 5° armée.
20 La 9e armée (général Foch) couvrira la droite de 5° armée en tenant les débouchés sud des marais de Saint-Gond et portant une partie de ses forces sur plateau au nord de Sézanne.
3° Offensive sera prise par ces différentes armées le 6 septembre, dès le matin.
Le 5 septembre au matin, les ordres sont donnés, à 10 h. 30, au - groupe de droite formé par les 4€ et 3€ armées :
4e armée. — Demain 6 septembre, nos armées de gauche attaqueront de front et de flanc les Ire et IIe armées allemandes. La 4° armée, arrêtant son mouvement vers le sud, fera tête à l'ennemi, en liant son mouvement - à celui de la 3° armée qui, débouchant au nord de Revigny, prend . l'offensive en se portant vers l’ouest.
3e armée. — La 3 armée, se couvrant vers le nord-est, débouchera vers l’ouest pour attaquer le flanc gauche des forces ennemies qui marchent à l’ouest de l’Argonne. Elle /iera son action à celle de la 4° armée qui a l’ordre de faire tête à l’ennemi.
L'ensemble de ces ordres évoque l’immense champ de bataille et les masses colossales qui se dressent les unes contre les autres. C’est ainsi qu'il faut entendre ces froides paroles. Le frémissement, le tonnerre de la bataille de France y résonnent déjà.
Impossible d'exposer ici la complexe ordonnance des mouvements et des engagements, ne serait-ce que dans le camp français : elle se développera sur le terrain.
Et, pourtant, il faut dire tout de suite les trois robustes attaches auxquelles Joffre accroche son plan : Pivot : à droite avec les deux armées Castelnau et Dubail, engagées dans les formidables batailles de Lorraine. Offensive de flanc : à gauche avec Maunoury tombant sur von Kluck en pleine course ; et, enfin, contre-offensive au centre : avec Foch, Langle de Cary et Sarrail qui, se retournant contre von Hausen, le duc de Wurtemberg et le kronprinz, opposent ainsi une manœuvre plus large à la manœuvre en tenaille du grand quartier général allemand.
Conception d’une portée intellectuelle éminente, ne serait-ce qu’en raison des forces et des espaces qu’elle emploie ; elle domine
assurément, dans le détail et dans l’ensemble, celle de l'adversaire.
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l'énergie du chef et la fureur de la troupe. Rappelons les formules de l’Instruction sur les grandes unités : « Donner à la guerre un caractère de violence et d’acharnement.…. Jeter à la fois toutes les grandes unités dans la bataille, etc. » Ces principes sont appliqués à la lettre. Joffre engage tout et l’armée se donne toute. « Pour livrer la bataille suprême qui décide du sort de la guerre et dont l’avenir de la nation est l’enjeu », la coopération des corps et des âmes est immédiate, unanime, foudroyante. Un instant, Joffre a eu la pensée de conserver en réserve générale le 21€ corps. Mais la force même de son élan l’emporte et le 21€ corps lui-même est pris dans Je tourbillon. Le drame est déchaïné. |
Les rôles étant ainsi distribués, chaque armée connaît ses emplacements ; chaque commandant en chef a ses devoirs parfaitement tracés et délimités. Pour la réalisation, toute latitude leur est laissée.
Une fois les ordres généraux et particuliers donnés, le général en chef résume sa pensée dans un télégramme au ministre, daté du 5 septembre, qui n’est que la suite et le développement de
j la dépêche du 3 septembre : c’est ici que la raison cartésienne, appuyée sur les faits et développant les séries, s’affirme dans sa forte et lumineuse expression :
La situation qui m’a décidé à refuser une première fois la bataille et à replier nos armées vers le sud s’est modifiée de la manière suivante :
Ire armée allemande a abandonné direction Paris et a infléchi sa marche vers sud-est pour chercher notre flanc gauche. Grâce aux dispositions prises, elle n’a pu trouver ce flanc et 5° armée se trouve maintenant au nord de la Seine, prête à aborder de front les colonnes allemandes.
À sa gauche, les forces anglaises sont rassemblées entre Seine et Marne, prêtes à l'attaque. Elles seront elles-mêmes appuyées et flanquées à gauche par forces mobiles garnison Paris agissant direction Meaux, de manière à la garantir contre toute crainte d’enveloppement. La situation stratégique est donc excellente et nous ne pouvons compter sur des conditions meilleures pour notre offensive. C’est pourquoi j'ai décidé de passer à l’attaque.….
La lutte qui va s'engager peut avoir des résultats décisifs, mais peut aussi avoir pour le pays, en cas d’échec, les conséquences les plus graves. Je suis décidé à engager nos troupes à fond et sans réserve pour conquérir la victoire.
Un chef qui s'exprime ainsi, alors que ses dispositions sont arrêtées, ses ordres lancés et qu’il a pris sur lui de jouer le sort du pays aux lieu et heure qu’il a choisis, assume les plus lourdes res-