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* riant. Ses formes athlétiques, à la fois vigoureuses et élastiques, don-
naient l’idée d’un homme de cinquante ans et non celle d’un homme
ayant dépassé la soixantaine. La belle tête, au large front, les yeux
clairs et perçants, la bouche pleine de caractère, avec la lèvre supérieure
fortement dessinée, toute la manière alerte, libre, pleine de vie, était
— bien à l’opposé de l’idée qu’on peut se faire d’un désespéré. Je regrettai
Mar” 1 7
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vraiment qu’une personnalité si caractérisée, universellement connue parmi nos adversaires, le fût si peu chez nous où l’on prononce à peine son nom. En raison du jiaconisme spartiate de nos communiqués, nos armées sont comme des mythes, des masses impersonnelles et, de la foule des héros qui luttent pour notre peuple, pas une fois encore ne s’est dégagée et n’a surgi jusqu'ici la gloire d’un héros populaire...
Sous ces traits un peu mous et volontairement voilés, se dégage la silhouette du vrai général prussien, telle que la confirme son curieux plaidoyer, la Marche sur Paris : savant, appliqué, confiant en lui-même, autoritaire, orgueilleux et pourtant troublé par je ne sais quelle inquiétude intérieure. Le défenseur de la nation n’est même pas face à face avec la nation ; le chef d’armée n’est pas face à face avec l’armée ; entre les deux, 1} y a quelque chose : l’esprit de caste et l’autorité dynastique ne laissant rien passer qui puisse paraître leur être dérobé. Von Kluck, bon soldat, bon ofïcier, bon professeur, bon administrateur, n’est pas tout à fait luimême. Il a un souci, une haine, une cause d’infériorité : il n’est pas de la caste dominante, il la déteste et, en particulier, son voisin de bataille, son camarade d’attelage, von Bülow, qui en est, lui.
Ainsi von Kluck, chef éprouvé, n’a pas, cependant, la véritable spontanéité. Comme toutes les personnalités allemandes de son niveau, il fait partie de ce « mécanisme si bien monté » dont parlait le journaliste. Il n’est qu’un pion sur l’échiquier, et quand, à la minute suprême, il tient tête et prend une détermination risquée, il surprend, il heurte. Hors du mécanisme, ces intelligences apparaissent ce qu’elles sont en réalité : fortes par le cadre qui les soutenait, mais faibles et décontenancées, une fois abandonnées à leurs propres ressources.
Von Kluck, donc, méprisant les directives du haut commandement, a donné ses ordres : il veut marcher, de lui-même, vers ce but qu’il entrevoit tout proche. Il s’en explique, d’ailleurs, en ces termes : «On a limpression que l'ennemi, malgré les lourdes pertes qu’il a éprouvées, s’est retiré en assez bon ordre. Si on le lâche, il peut se refaire, reprendre la liberté de ses mouvements. Par conséquent, il semble préférable de le rejeter au delà de la Seine et d'opérer seulement alors la conversion des Ire et Ile armées sur
76 LA BATAILLE DE LA MARNE Le FR
La
Paris (p. 107). » Son armée, sans compter les divisions de cavalerie, est forte de 123 bataillons, 32 escadrons, 108 batteries de campagne, 16 batteries lourdes. I] la dispose de façon qu’elle puisse exécuter, à la fois, le mouvement de pénétration et le mouvement de ra-
battement sur l’est.
Pour la pénétration, le commandement de la Ir armée donne à
ses corps avancés la forme d’un fer de lance. La pointe est consti- :
tuée par le ZZ€ corps de cavalerie, von der Marwitz (28 et 9 divisions seulement, la 4° restant à la traine sur le Multien). Elle est lancée sur Provins. Quand l’ordre vient de s'arrêter, les cavaliers mettent pied à terre et attendent la 9 division (von Schmettow) au nord de Crécy, la 2€ division (von Krane) au nord de Coulommiers. Le 5 au soir, von der Marwitz, traversant Coulommiers, atteint au sud les rives de l’Aubetin et campe aux environs de Dagny.
Le Zer corps de cavalerie, commandé par von Richthofen, sous les ordres du général von Bülow, reçoit, de son côté, l’ordre de serrer contre la Ife armée : 1l constitue ainsi l’autre côté du fer de lance. Celui-ci s’élargit et s’épaissit de Montmirail à Coulommiers. Mais c’est alors que la confusion se produit. Richthofen se hâte ; mais le VIIe corps de Bülow, et surtout le IXE corps de von Kluck, qui passe devant le premier et le gêne dans sa marche, se hâtent aussi; tous se hâtent vers un même terrain,
de Montmirail à Coulommiers, avec tête du triangle de péné-
tration vers Provins. Les aviateurs signalent le vide. C’est la « brèche ». On s’y engouffre. Mais les routes s’engorgent ; le mouvement s'oppose au mouvement. Bülow s’en plaint. On ne l'écoute pas. C’est à travers champs que la cavalerie de Richthofen est obligée de gagner le Petit Morin ; elle l’atteint dans la région de Vieils-Maisons (entre la Ferté-sous-Jouarre et Montmirail). Enfin, le 5 au soir, le quartier général de Richthofen est à Chartronges, à l’ouest de la route de la Ferté-Gaucher à Provins (1). La division de la Garde (von Storch) est à cheval sur cette route (2). L'autre division, la 5, est vers Choisy. « Les chevaux sont fatigués, mais nullement surmenés ; le moral des cavaliers est très haut ; la poursuite les a enivrés ; et puis, n’est-on pas à la hauteur de Paris? »
Cependant, à leur droite, les divisions de cavalerie ont laissé
(1) Lieutenant-colonel Poudret, Revue militaire suisse, février 1917.
(2) « Les forces des cavaliers et de leurs montures étaient souvent presque
bout ; mais, comme il fallait marcher sur les talons de l'ennemi, von Storch excitait sans cesse le zèle de ses officiers et de ses hommes pour qu'ils endurassent tout. Le 7 septembre, on fit sonner la Ganze Halt! « Halte partout ! » La division de cavalerie de la garde était, de toutes les troupes, celle qui avait pénétré le plus avant dans le sud » (Mecklenburgs Sôhne in Weltkrieg, fasc. 7, p. 184.
2 à Ch, d if L'ART LA . Là
ES : se.
la vaste et mystérieuse forêt de Crécy-en-Brie. Les renseignements signalent que des forces ennemies s’y abritent. En effet, l’armée . britannique, qui avait levé le camp pour descendre jusqu’à la Seine, s’est arrêtée brusquement et, tandis que ses trois corps sont ins- tallés en arrière du Grand Morin, sa droite s’est étendue vers l’est et elle commence à chercher sa liaison avec l’armée Franchet d’Esperey, précisément sur la route de Provins, à Courtacon.
C’est sur cette extrême droite de l’armée britannique que va tomber la cavalerie de Richthofen, tandis que celle de von der Marwitz se heurte contre l’aile gauche de la même armée dans la région de Crécy-en-Brie. Ainsi, la cavalerie allemande croit n’avoir qu’à pénétrer dans la « brèche »; mais les armées de French et de Franchet d’Esperey lui barrent la route.
Si la cavalerie a pris les devants, elle est suivie de près par les gros. Car von Kluck sait qu’il n’a pas une minute à perdre et ses corps ont ordre d’arriver les premiers, coûte que coûte. Toute la
. manœuvre est là. Il convient d’y insister : la bataille de l’Oureq - ya s'engager comme une « bataille de marche ». Elle ne peut pas être comprise autrement.
À droite, c’est-à-dire à l’ouest, et le plus près de Paris, s’avance . le ZI® corps, commandé par le général von Linsingen, avec, pour direction, Coulommiers. Ce corps, venu de Montdidier, et ayant . passé l'Oise à Verberie, le 427 septembre au soir, s'était arrêté le 2
au soir à Pontarmé et Montaby. Rebroussant tout à coup chemin
le 3 et marchant vers l’est, puis le sud-est, il descend vers la Marne, qu’il passe le 4 à Germigny-l'Évêque et Isles-les-Meldeuses. Il continue vers le sud dans la journée du 5 et commence
à recevoir des coups de fusil; ayant franchi le Grand Morin à
Guérard et à Pommeuse, les avant-gardes atteignent même le soir la route de Mortcerf à Faremoutiers. On est en campement d'alerte le long du Grand Morin et sur les plateaux au nord (1).
À gauche du IIe corps, c’est-à-dire à l’est, s’avance, toujours dans la même direction, c’est-à-dire droit vers le sud, le Z Ve corps, commandé par le général Sixt von Armin. Sa direction, pour le 5 septembre, est Choisy, c’est-à-dire l’est de Coulommiers.
Le corps, après avoir traversé Compiègne et Crépy-en-Valois et atteint, le 2 septembre au soir, Ognes et Rosoy-en-Multien, avait décrit un angle droit vers l’est dans la journée du 3, et le soir même
(1) Pour la marche de la 4 division du Ile corps, voir le carnet de route du Capitaine Kietzmann.
il était sur la Marne à la Ferté-sous-Jouarre et Méry-sur-Marne. C’est lui qui constitue l’axe de l’armée von Kluck, par cette trouée de Rebais, où 1l doit déboucher en pleine brèche supposée, à l’articulation de l’armée britannique et de l’armée Franchet d’Esperey (1).
Rien de plus piquant que le carnet d’Hermann Richter, lieutenant au 75e régiment d’artillerie, qui fait partie de la & division (IVe corps) et qui est en relation avec l'état-major du corps d'armée. On y voit se manifester naïvement l’état d'âme du conquérant allemand au moment où il tombe dans ce guêpier de la Marne :
Nous atteignons bientôt les premières maisons de la Ferté-sous- Jouarre. Nous passons donc à 40 ou 50 kilomètres à l’est de la capitale. Adieu, beau rêve d'entrée à Paris! Car le bruit court que nous ne participerons pas au siège de Paris, mais que nous devons prendre dans le dos ou sur le flanc, selon les circonstances, au sud de Paris, les armées françaises battues dans la région de Lunéville et fuyant vers Paris. (On voit : l’idée d’une marche victorieuse de von Heeringen par la trouée de Mirecourt circule encore dans les états-majors, et cela le 4 septembre !) Les Anglais ont fait sauter le pont, mais seulement une arche. Nos pionniers ont tôt fait de rétablir un passage tout à fait acceptable... On avance, sans halte nt repos, vers le sud. On traverse une région boisée, ombreuse, montueuse, coupée de grands villages. Nous sommes entraînés à la fatigue ; je crois qu’une armée a rarement exécuté de semblables marches : une moyenne de 40 à 50 kilomètres par jour, au soleil brûlant...
Vers 5 heures, nous montons encore. Tourmentés par une soif ardente et une faim dévorante, nous nous faufilons à travers les collines du plateau. Soudain, à 10 ou 20 mètres de nous, à droite, quatre nuages blancs et l’écho roule à l'infini le son du canon... Une grêle de fer éclate devant nous. Un quart d’heure après tout se tait. Tranquillité profonde. Plus loin, toujours plus loin! Il est 7 heures et nous marchons encore. Quinze heures se sont écoulées depuis que nous avons quitté Grandchamp. Le soir, à Doue, vers 9 heures (à l’entrée de la trouée de Rebais, au nord-est de Coulommiers).
Dans la journée du 5 septembre, les divisions du IVe corps, venues de Doue et de Rebais, ont franchi le Grand Morin et gagné de l’avant jusqu’à Choisy-en-Brie et Chevru (nord-est de Courtacon). Le quartier général du IVE corps est à Rebais, où s’installe également le soir le quartier général de la Ie armée, venant de la Ferté-Milon ; le poste de commandement de von Kluck est, dit-on, à la ferme de Perthes, près Coulommiers (2).
(1) Voir le carnet de route d’un sous-oflicier de réserve allemand du recrute-
ment de Magdebourg dans Écho de Paris du 22 septembre 1914. (2) Ou peut-être des Parichets (cote 152)
Fr
Toujours vers l’est, le ZZIe corps, commandé par le général von Lochow, après avoir traversé Roye le 30 août, Noyon-Ribécourt et Vic-sur-Aisne-Attichy le 31, avait atteint, par Villers-Cotterets et la Ferté-Milon, les bords de la Marne. Il avait franchi la rivière
à Nanteuil et à Nogent-l'Artaud le 3 septembre au soir, puis le
Petit Morin à Bellot et en amont dans la journée du 4. Rappelons qu'entre le IVe corps et le IIIe corp:, vient s’intercaler, en coup de vent, la cavalerie du corps de Richthofen et appartenant encore à l’armée von Bülow. Descendue par Essise et Vieils-Maisons sur Toraille (à proximité du Petit Morin), cette cavalerie s’introduit, en ce point, parmi les corps de l’armée von Kluck. Nous avons dit la confusion qui en résulte.
Le 4 au soir, le IIIe corps d’armée occupe donc les hauteurs de Mont-Dauphin, sur la rive sud du Petit Morin. Le 5, il a fait un bond en avant, passe le Grand Morin et campe, le soir, avec ses deux divisions, dans la région de Sancy et de Montceaux-lès-Provins, croyant « se mettre ensuite en marche sur Paris », dit le carnet d'Henri Heubner. C’est dans cet élan qu’il est brusquement saisi à la gorge par l’ennemi.
Même observation pour le Z Xe corps (général von Quast), dont la 17e division (von Bauer), après avoir été détachée à l’armée Bülow, avait été remise sous les ordres du chef de corps. Dès le 2 septembre au soir, la 18 division, restée sous les ordres de von Kluck et formant l’aile gauche de son armée, avait atteint la Marne à Château-Thierry et à Azy, tandis que le VII corps de Bülow, son voisin de gauche, n’était encore qu’à Soissons et la 17e division (du même IX corps) à Oulchy-la-Ville. Bülow écrit :
Le IXe corps de la Ire armée avait déjà atteint Château-Thierry et la rive sud de la Marne et il attaquait des forces ennemies en position à Condé-en-Brie. Il était donc résulté, de l’échelonnement de la Ire armée ordonné par le grand quartier général pour protéger le flanc droit de l’armée, un échelonnement en avant ! Il arrivait de plus que l’on donnait au corps d’aile gauche de la Ire armée une forte direction sud-est au lieu de la direction sud, de sorte que ce corps se poussa entièrement devant le front du VIIe corps, mon corps d’aile droite. Ce mouvement fut ressenti d’une manière très gênante pour la Ile armée, car celle-ci était ainsi entraînée dans une direction qu’elle ne tenait pas pour bonne. De plus cela contribua à ce que la brèche créée plus tard entre les deux armées par la Ire armée fut encore plus grande.
Sur la parallèle Pargny-la Dhuys-Viffort, les deux corps voisins IXe et VIT, de Kluck et de Bülow, arrivent avec une erreur de
deux jours sur le plan de Moltke, puisque le IX corps de Kluck È
devrait arriver à Viffort une journée après que le VIIe corps eût
attemt Pargny et que c’est le contraire qui se produit : le IXe corps arrive le 3 au soir, le VIT corps le 4 au soir! Le 5 septembre au soir, le IX corps campe à Esternay et sur
le Grand Morin. 7
Le 5 septembre, à 6 heures, le régiment reprenait sa marche; la journée fut encore très chaude. Vers 11 heures, les 75e et 76€ régiments qui marchaient devant nous furent attaqués par des régiments de zouaves et de turcos (division Muteau?). Un violent combat se développa ; les régiments 75 et 76 durent se retirer devant des forces supérieures. Là-dessus, les 89e et 90€ régiments furent appelés et, avec notre aide, vers 3 heures et demie, quand l’artillerie eut aussi énergiquement donné, l'ennemi fut repoussé. Le 6 septembre devait être pour nous jour de repos après nos grandes faligues ; mais, cette fois encore, nous … n’eûmes pas de chance avec notre jour de repos. Des aviateurs avaient apporté la nouvelle que de grandes masses de troupes d’une force de trois à quatre corps d’armée venant de Paris marchaïent sur nous. En raison de cette alerte, vers 10 heures, nous nous arrêlâmes, avec l’ordre de tenir jusqu’à ce que la IIe armée (von Bülow) fût arrivée à notre aide par l’entrée en ligne du VIIS corps. Vers une heure, nous arrivâmes à Esternay. Tandis qu’en compagnie de l’état-major du régiment, je cherchais à organiser un poste de secours, nous étions en conversation avec le commandement de la brigade (34e brigade mecklembourgeoise ), lorsque soudain, les premiers obus ennemis volèrent au-dessus de nous (1). (Donc, en pleine marche.)
Tous les autres carnets de route du corps donnent la même impression : marche en avant, surprise, combat.
La manœuvre de von Kluck se dessine donc très nettement pour ses gros comme pour sa cavalerie. Dans la journée du 5, toute l’armée se portera en avant, de Crécy-en-Brie à Esternay, de façon à franchir le Grand Morin et gagner la Seine ; elle attaquera l'ennemi de front et tentera de le manœuvrer par la droite de façon à rabattre l’armée de Joffre sur les deux armées allemandes du centre (von Bülow et von Hausen) qui, elles aussi, sont lancées à marches forcées sur l'ennemi.
Cependant, von Kluck, tout en doublant ses étapes, en dépit des ordres de Moltke qui "e a prescrit de rester à une journée en arrière, « entre Oise et Marne », a une autre pensée qui se rapbroche davantage de celle du gr ed état-major. Il entend, précisément en se portant sur la Seine, couper les communications
(1) Carnet du médecin-major du régiment Kaiser Wilhelm, n° 90.
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de Paris vers le sud et, ainsi, esquisser du moins l’investissement. C’est courir deux lièvres à la fois, et cela ne contribue pas peu à - donner à la-bataille de von Kluck quelque chose d’mcohérent et de contourné qui va se retrouver dans l'exécution. Mais, pour bieñ saisir ce point de vue, il est nécessaire de se retourner vers celui des corps de von Kluck qui reste en arrière et à qui est confiée la mission de flane-garde, le IVe corps de réserve.
Dans la pensée de von Kluck, le Z Ve corps de réserve, commandé - par le général von Gronau, devait-il rester en place, observant - Paris, ou bien, tout en gardant sa position de flanc-garde, devait-il suivre le mouvement des gros et s’avancer, lui aussi, vers le sud? … Le IVe corps de réserve, composé de la 7€ division de réserve (comte von Schwerin) et de la 22e division de réserve (Riemann), … avait été arrêté sur les hauteurs du Multien, avec la 4e division de cavalerie (von Garnier).
. La volonté de von Kluck, en contradiction absolue avec celle - du grand quartier général, se manifeste avec une clarté et je dirai - presque une insolence inouïe dans les ordres qu’il donne à cette 3 flanc-garde. Décidé à tenter la fortune, il risque le coup et jette toutes ses ressources dans la fournaise.
Le IVE corps de réserve marchera comme les autres corps. I ne 4 reste pas sur place. Il a mission de se porter de la région de Nanteuil dans la région de Marcilly-Chambry. Déjà l’ordre du 3 au soir lui prescrivait de se tenir prêt « à se joindre au mouvement . général ». Il prend part à ce mouvement vers le sud de la Ie armée . qui consiste à s’éloigner de la région d’entre Oise et Marne pour courir jusqu’à la Seine. Cette partie du front devient mobile comme les autres. Elle descend latéralement à Paris, tout en conservant cette position de flanc-garde qui, dans la pensée du grand quartier général et selon les premières affirmations de von Kluck, lui était confiée. | Un ordre signé du comte von Schwerin, commandant la 7e division de réserve, ramassé en morceaux à Puisieux et daté du 5 septembre à 1 h. 45 du matin, c’est-à-dire à l'heure précise où le IVe corps de réserve va se mettre en mouvement, s’exprime ainsi :
| Le IVe corps de réserve devra demain matin (5 septembre) se mettre en marche vers la Marne ; il devra passer la Marne. et se tourner ensuite vers Paris. Le IIe corps devra passer le Grand Morin à Coulom- . miers et tourner ensuite son front vers l’ouest, en direction de Paris.
. La 22° division de réserve se mettra en marche, demain matin à T
& h. 30, par Villers-Saint-Genest-Bouillancy-Puisieux. La 4e division
Silly-le-Long et couvrira, à droite, la 7e division de réserve.
Cet ordre met hors de doute l'intention de von Kluck de ne laisser ni le I VE corps de réserve ni même la 4€ division de cavalerie immobiles dans le Multien. Tous deux ont à descendre ensemble, et d’un seul mouvement, vers le sud.
D’après cet ordre, le IVe corps de réserve doit gagner la Marne et la franchir. Son mouvement doit être prolongé par celui du IIS corps qui, ayant franchi le Grand-Morin à Coulommiers, se rabattra sur Paris (approximativement dans la région de Lagny- Gretz). Ces ordres, qui supposent la croyance en une « brèche », nous éclairent sur les illusions de von Kluck. Il combine ses vues propres avec les directives du grand quartier général. Celui-ci tient à l’investissement de Paris. Eh bien ! deux des corps seront chargés de cet investissement, mais par le sud-est, dans la région de Marne et Seine et non pas entre Oise et Marne. Et il en avertit Moltke par unradio volontairement amphibologique, le 5 à 10 h. 5. « En exécution des ordres antérieurs du O. H. L., la Ire armée progresse vers la Seine par Rebais, Montmirail. Deux corps d'armée couvrent dans la direction de Paris, sur les deux rives de la Marne. » Cependant, le gros de l’armée, c’est-à-dire les trois corps de gauche, IVe, IIIe et TXE, se porteront de leur côté à l’aide de l’armée Bülow, vers Montmirail ; ils seconderont ainsi le plan du grand quartier général, tout en ayant l’honneur d’arriver les premiers sur le terrain.
Telle est la conception de von Kluck, oscillant entre l’indiscipline et l’illusion. Et nous voyons, dès maintenant, se dégager les conséquences. C’est bien la «manœuvre en fourche », la « bifurcation » qui devait se produire un jour ou l’autre. Depuis le début de la campagne, le plan allemand s’y acheminait inéluctablement. En effet, ce fameux plan, conforme, paraît-il, à une indication du vieux Moltke (1), se proposait deux buts divergents et courait, comme on dit, deux lièvres à la fois : d’une part, prendre Paris ; d’autre part, écraser l’armée française ; deux objectifs à peu près inconciliables. Le siège d’une place de premier ordre, d’un immense camp retranché, avec une puissante armée dans le dos, c’est une conception militaire absurde, s’il en fut.
(1) Le vieux Moltke a, sans doute, sa part de responsabilité dans cette colossale erreur (voir Histoire de la guerre, t. III, p. 17-21). Un jour, la véritable valeur de la haute stratégie allemande sera remise en question. C’est un procès à reviser.
de cavalerie doit quitter Droiselles demain à 5 h. 30 et marcher sur
a TE REA Petit LPO QT Un.
Nr 2 Fa
Von Kluck, en s’engageant dans une telle aventure, est hors
de tout bon sens. Quant à Moltke junior qui le laisse faire, il
prouve la médiocrité radicale de son intelligence et de son caractère. L’un joue au Blücher et au Steinmetz, sans même se dire qu’une contre-manœuvre de Joffre le guette et peut le happer chemin faisant. L’autre, mieux averti et qui paraît avoir sous les yeux des renseignements précis sur l’armée française, est plus coupable encore puisque, chef suprême, il ne sait pas imposer sa volonté (1).
Tant il est vrai, qu'à partir du 28 août au soir, date du fameux ordre pour la marche en avant sur Paris et Rouen, le haut commandement allemand a perdu son équilibre. Le pédantisme doctrinaire, la folie du succès, la foi dans l’irrésistible grandeur germanique l’ont enivré. Arrivé sur l’arène, avant même d’être saisi dans le corps-à-corps, il tâtonne, il hésite, il chancelle. Ajoutons que l’Allemagne elle-même, par un demi-siècle d’aberration sans précédent, était responsable de l’erreur de ses chefs.
La manœuvre française de l’Ourcq.
L'armée von Kluck se hâtant vers le sud pour couper l’armée de Joffre du camp retranché de Paris, le camp retranché de Paris « fait une sortie » vers le couloir de l’Ourcq pour saisir les communications de l’armée allemande. Du coup, non seulement le projet de von Kluck tombe, mais tout le système du grand quartier général allemand est à terre. Voilà, en deux mots, la bataille de l'Ourcq allumant la bataille de la Marne.
Tandis que les Allemands couraient deux lièvres à la fois, Joffre faisait d’une pierre deux coups, car tel est l’avantage des idées justes : elles se dépassent elles-mêmes, en quelque sorte, et entrainent tout dans leur succès.
Voyons donc comment se prépare et s'exécute la manœuvre du camp retranché de Paris.
Nous avons donné, ci-dessus, les ordres généraux de Joffre. S'inspirant de la situation constatée et des renseignements par-
(1) Moltke est d'autant plus coupable que, trois fois, aux manœuvres d’avantguerre, il avait fait exécuter la marche sur Paris. Or, trois fois, raconte le docteur Steiner, von Kluck, qui commandait l’aile droite, avait marché trop vite. Après chaque manœuvre, Moltke lui disait : « Si, dans les opérations réelles, vous allez aussi vite, nous perdrons la guerre. » Et le confident ajoute : « Lorsque l’armée de von Kluck fut entourée, Moltke en fut frappé comme d’un présage effrayant et il en conclut aussitôt : « La guerre est perdue pour l'Allemagne. » (Matin du 5 octobre 1921.)
venus le 4 septembre, ils sont libellés le même jour, téléphonés | comme ordres verbaux et télégraphiés comme ordres définitifs dans la soirée du 4 jusqu’à 22 heures.
Suivons-les, maintenant, dans leur application.
Il s’agit de profiter de la situation aventurée de la Ire armée allemande pour l’attaquer en forces et faire tomber sur elle une masse comportant la supériorité numérique. La bataille est fixée au 6 septembre au matin. Y prendront part, à gauche, la 6° armée, l’armée britannique et la 5e armée, celle-ci soutenue sur la droite par la 9 armée.
Aux armées allemandes qui s’avancent en bloc, avee, à l’arrière, une flanc-garde mobile sur les hauteurs du Multien, on oppose une formation angulaire qui les arrêtera de front et les prendra à la fois de flanc et sur leurs communications : la 5° armée attaquera sur le front Courtacon-Sézanne; l’armée anglaise attaquera sur le front Coulommiers-Changis; la 6 armée attaquera, au nord de la Marne, dans la direction de Château-Thierry. (C’est juste la sortie par le couloir de lOurcq.)
Mais, une modification se produit presque immédiatement : car la mobilité de l’ennemi impose une manœuvre mobile également. Dès 22 heures, les premiers ordres, donnés verbalement, sont modifiés en ce sens que la 6€ armée orientera, le 5, ses colonnes, en se maintenant sur la rive nord de la Marne, de manière à atteindre le méridien de Meaux. (Cela revient à dire que, puisque l’ennemi a descendu, la manœuvre française le suit et descend.)
Des dispositions sont prises pour boucher les vides par l’apport de forces de cavalerie ; le 1€ corps de cavalerie est mis à la disposition du général Maunoury pour opérer sur sa gauche ; d’autre part, le 2e corps de cavalerie assure la liaison entre l’armée anglaise et la 5€ armée.
C’est dans la journée du 5 que le déploiement pour la bataille aura lieu. Les dispositions ont été prises, à cet effet, par le général Gallieni, d'accord avec le général Joffre, dès le 4 septembre à 20 h. 30, par les directives spéciales adressées à la 6° armée.
ARMÉES DE PARIS Paris, le 4 septembre, 20 h. 30.
ÉTAT-MAJOR 3° bureau. ORDRE GÉNÉRAL N° 5 + EL — Tous les renseignements concordent à démontrer que les gros
de la Ire armée allemande qui faisaient face, jusqu'ici, à la 6° armée, se sont orientés vers le sud-est. Des colonnes importantes ont été
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sa. be En PL PR D D ARE | vourco ET LES DEUX MORINS
alées, hier soir, se dirigeant sur la Marne pour la franchir entre la
L Ferté-sous-Jouarre et Château-Thierry. Ce mouvement paraît nette-
ment dirigé contre la droite anglaise et la gauche de la 5° armée fran- | gaise. Une colonne allemande qui paraît constituer la droite allemande
à était, aujourd'hui, en marche de Nanteuil-le-Haudouin sur Meaux et - Lizy-sur-Ourcq.
Dans ces conditions, Paris cessant d'être menacé, toutes les forces mobiles de l’armée de Paris doivent manœuvrer de manière à conserver le contact avec l’armée allemande et à la suivre pour se tenir
| prêtes à participer à la bataille à prévoir.
L'armée anglaise a fait connaître qu’elle se préparait à agir dans le même sens.
II. — La 6° armée poussera des reconnaissances de cavalerie dans les directions de Chantilly, Senlis, Nanteuil-le-Haudouin, Meaux et Lizy-sur-Ourcq. Des dispositions sont prises pour renforcer la cavalerie de la 6° armée de tous les éléments disponibles. :
III. — Demain (c’est-à-dire le 5) la 6° armée se mettra en mouvement dans la direction de l’est en se maintenant sur la rive droite (nord)
de la Marne, de manière à amener son front à hauteur de Meaux et à être prête à attaquer, le 6 au matin, en liaison avec l’armée anglaise qui attaquera sur le front Coulommiers-Changis.
IV. — En vue de cette marche vers l’est, la 6° armée sera renforcée
successivement des éléments ci-après :
45e division passe, dès maintenant, sous les ordres du général Mau. noury.
4e corps d’armée se tiendra prêt à suivre le mouvement de la 6° armée au fur et à mesure qu'une division aura débarqué en totalité. Le passage sous les ordres du général Maunoury sera réglé par ordres particuliers.
V. — La garde du camp retranché de Paris restera assurée par sa garnison de défense normale, renforcée du groupe de divisions de
réserve Ébener.
Le général commandant la 85° division territoriale reprendra, à la date du 5, le commandement de la région est, en totalité, et disposera
de tous les éléments de sa division.
Le groupe de divisions de réserve Ébener sera amené dans l’intérieur du camp retranché. . Une division se transportera dans la région du Mesnil-Amelot, de manière à l’atteindre le 6; cette division cantonnera, le 5, dans la région Attainville, le Mesnil-Aubry, Mareil-en
France, Villiers-le-Sec (quartier général) et Villaines.
L'autre division du groupe Ébener passera en réserve générale. Elle viendra, le 6, cantonner dans la zone qui lui sera indiquée ultérieurement.
A la date du 6, le général Ébener prendra le commandement dans l'intervalle nord-est ; il disposera de la 92e division territoriale. Cette division assurera la garde de cet intervalle entre le départ de la 6° armée et l’arrivée de la division de réserve.
Rien de changé dans la région nord (général Mercier-Milon) ni dans la zone sud-est (général Michel).
Toutefois, en raison du départ du groupe de divisions de réserve Ébener, la liaison entre la région nord et la zone sud et la surveillance sur la rive droite de l'Oise seront plus étroitement assurées.
86 LA BATAILLE DE LA MARNE "eh RER
On tiendra compie de ce qu’un gros de cavalerie allemande a été signalé du côté de Beauvais, que des patrouilles de uhlans ont été vues, aujourd’hui, non loin de Pontoise et que, par suite du départ du corps de cavalerie Sordet qui se trouvait établi sur la Seine en aval de Paris, il n’est pas impossible que des patrouilles ennemies passent la Seine et se montrent sur notre front ouest.
VI. — Les travaux de défense du camp retranché seront poussés avec la plus grande activité possible.
VII. — Le quartier général du gouverneur fonctionne à partir d’au-
jourd’hui au lycée Duruy, boulevard des Invalides.
PA: Le général commandant Pour le chef d'état-major, les armées de Paris, Signé : GIRODON. Signé : GALLIENI.
Plusieurs observations :
1° L'ordre du 4 au soir est un ordre de déploiement, non d’offensive ; 20 le général Gallieni qui suit, au moyen de son service d’aviation et de son bureau de renseignements (1), ce qui se passe devant lui, ne parle pas de front fixe chez son adversaire, mais bien d’un front mobile se déplaçant de Nanteuil-le-Haudouin sur Meaux et Lizy-sur-Ourcq; 3° il entend que toute la cavalerie disponible soit jetée en avant ; 4° il compte sur une attaque simultanée de l’armée britannique, qui lui a télégraphié à 21 h. 45 qu’elle « passera à l’offensive et occupera la ligne Ormeaux-Tournan-Ozoir » ; 59 il renforce l’armée Maunoury et ne garde que le minimum de troupes dans le camp retranché ; 69 enfin, il se préoccupe tout particulièrement de sa gauche et s'inquiète, à juste titre, des forces allemandes signalées vers le nord et même du côté de Beauvais.
L'ensemble de ces mesures fait le plus grand honneur au jugement du général Gallieni : cependant, pour la journée du 5, il ne s’attend à rien. Une fois ces ordres donnés, la direction des opérations de la 6€ armée passe aux mains du général Maunoury.
Positions de la 6° armée le 5 septembre.
Pour le moment, l’ennemi marchant vers le sud, on le cherche là où il se trouve et, d’après les instructions nouvelles, c’est en direction de Meaux, et non plus en direction de Château-Thierry,
(1) L’aviation de la 6° armée avait à sa tête ie commandant Bellenger. En raison de l'intérêt historique qui s’attache à son travail de renseignements, il est intéressant de savoir qu’elle se composait de deux escadrilles : l’escadrille 15 R. E. P., capitaine Geibel, et l’escadrille 16 M. F., capitaine Mauger- Devarenne. Le chef du 2 bureau de la 6 °armée était le commandant Dutilleul.
Rs L'OURCQ ET LES DEUX MORINS 87 Le }
que l’on doit aller sur lui. La bataille a donc une tendance à se resserrer sur la droite française.
Nous avons dit le caractère géographique de la rivière d’Ourcq traversant en perpendiculaire, avec une direction nord-sud, « la petite Suisse » de la rive droite de la Marne. Une armée partant de la plaine de Paris, pour s’emparer des hauteurs qui bordent le couloir de l’Ourcq, trouve devant elle trois lignes de crêtes : la première est déterminée par la saillie très vigoureuse que fait la colline de Dammartin et l’éperon Montgé-Tillières. Elle atteint, à certains endroits, la cote 170 et même 200 et se détache comme une muraille à pic sur la plaine. Cette crête se prolonge vers le sud-est, par des espèces d’avancées qu’elle a égrenées dans la vallée de la Marne. Ce sont les trois rochers de Monthyon, de Chambry, de Penchard. Tandis que la plaine est à la cote 110 en moyenne, ces espèces de pains de sucre isolés atteignent environ la cote 150.
La seconde ligne de crêtes est moins puissante ; elle commence à Saint-Pathus-Oissery (cote 112) et se dirige vers le sud-est en longeant la Thérouane par Oissery-Forfry-Marcilly-Étrépilly (cote 80-113) et tombe sur la Marne entre Congis et Lizy-sur- Ourcq, au confluent des deux rivières.
En fin, la troisième crête, celle du Multien, séparée de la deuxième par la riche plaine du Multien, commence au rocher de Bouillancy (cote 132) et se développe le long de la Gergogne, par Acy-en- Multien, Rosoy-en-Multien, May-en-Multien (cote 134) et vient tomber sur l’Ourcq près de Crouy-sur-Oureq.
Ce sont ces trois arêtes dont il faudra s’emparer si l’on veut réussir le mouvement tournant dirigé contre les communications de l’ennemi par l’Ourcq jusqu’à Château-Thierry.
Des circonstances de la bataille de lOurcq, une des plus heureuses, certainement, a été celle qui a permis d’éviter l'assaut frontal de la formidable crête de Dammartin dès le début de l’engagement et qui a permis d'attaquer, d’abord, par la vallée. Les ordres de von Kluck prescrivant à son IV® corps de réserve et à sa 4€ division de cavalerie de descendre sur la Marne et même de franchir la rivière ont singulièrement facilité la tâche de l’offensive française en lui fournissant l'entrée par la plaine, et c’est avec la plus heureuse opportunité que le grand quartier général français s’est conformé à cette circonstance pour resserrer son projet d'attaque vers sa droite.
Déjà, les rochers de Monthyon et de Penchard parsemés dans la plaine devaient donner assez de mal aux troupes chargées de les
enlever. Qu’eût-ce été s’il eût fallu faire d’abord le principal ont pour enlever la crête de Dammartin-Tillières-Montgé | :
Les troupes du général Maunoury sont disposées, le 5, dans l’ordre suivant : au sud, c’est-à-dire à droite, la division de cavalerie provisoire commandée par le général Cornulier-Lucinière et
que nous avons vue couvrir la retraite de la 6° armée après les combats de la Somme et de l'Oise, battait l’estrade dans la vallée de la Marne pour maintenir la liaison avec l’armée britannique entre Thorigny et Claye.
Plus au nord, le gros de l’attaque se composait de :
40 La brigade de chasseurs marocains, sous les ordres du général Ditte ;
20 Le groupe des divisions de réserve du général de Lamaze, commandées, la 56 division par le général Dartein, et la 55€ division par le général Leguay, était installé sur la route de Dammartin à Claye, de Saint-Mesmes à Saint-Mard (c'est-à-dire jusqu’au pied de la colline de Dammartin), les avant-gardes à Montgé-Plessis-aux-Bois-Charny ;
30 Plus au nord encore et à gauche des divisions de réserve, les deux divisions du 7€ corps, général Vauthier, à savoir la 63 division de réserve (général Lombard) et la 14€ division active (général de Villaret); ces deux divisions sont échelonnées, la droite en avant, sur la ligne de Dammartin-Othis-lisière du bois Saint- Laurent ; avant-gardes à Lessart, ve et Ver.
La 45e division algérienne (général Drude), qui vient d’être mise, par le gouverneur de Paris, à la disposition du général Maunoury, doit s'établir en arrière de la ligne de bataille dans la zone de Vil- leron, Chenevières, le Mesnil-Amelot, Mauregard, Épiais.
A la gauche de la 6€ armée, la zone s'étendant jusqu’à l'Oise était sous les ordres du général Mercier-Milon, commandant le secteur nord du camp retranché, qui disposait de quatre brigades territoriales (92€ et 89% divisions territoriales).
Nous avons vu, dans l’ordre général du gouverneur de Paris, que la 6 armée pouvait compter, à bref délai, sur d’importants renforts : le 4 corps (général Boëlle) devait débarquer, d’abord pour le 5, une de ses divisions (la 7, général de Trentinian) ; l’autre division du 4€ corps (la 8, général de Lartigue) devait rester, jusqu’à nouvel ordre, en avant de Meaux, pour appuyer l'offensive de l’armée britannique.
Le groupe de divisions de réserve Ébener était ramené dans le camp retranché de Paris. Une de ses divisions devait se transporter,
Fe
< L'ource ET LES DEUX MORINS 89.
“pour le 5, un peu en arrière de Luzarches et occuper ÂAttainville, le Mesnil-Aubry, Mareil-en-France, Villiers-le-Sec, Villaines. La brigade de cavalerie du général Gillet et les deux groupes
d'artillerie de sortie de la garnison de Paris étaient rattachés au
groupe des divisions de réserve du général de Lamaze. La brigade
Gillet, en avant, surveillait les débouchés de la plaine de Paris et
de la vallée de la Marne en direction de Meaux.
Comme 11 apparaît, rien qu’au déploiement des troupes, le côté sud de l’angle, c’est-à-dire celui qui est tracé entre Tillières et Thorigny et suivant la vallée de la Biberonne, devient, de beaucoup, le plus important.
La bataille commence à l’improviste le 5,à midi.
La journée du 4 septembre avait été employée aux travaux de tranchées et d’abatis d’arbres, à l’installation de l'artillerie sur la ligne barrant la vallée de la Marne ; en même temps, les troupes avaient pris quelque repos. Le général Maunoury, parcourant les cantonnements, avait constaté que partout la cohésion était par-
faite et le moral excellent. Les figures s’illuminent lorsque le général dit, en passant devant les groupes : « C’est fini, la retraite.
Aujourd’hui on s’arrête et, demain sans doute, en avant! » Il entend les nombreux : « Alors, il y a du bon ! » Et : « C’est vrai, mon général? C’est vrai? »
L'armée s’ébranle dans la matinée du 5 et, sauf pour la brigade de chasseurs indigènes qui atteint avec quelque difficulté Neuf-
montiers et Chauconin, les mouvements s’accomplissent sans
incident à la 45° division et au 7€ corps qui occupent tranquillement
les points assignés.
Il n’en est pas de même au groupe des divisions de réserve, qui tient la tête de l’angle obtus, un peu au sud de Tillières. Le général de Lamaze avait réuni ses lieutenants et leurs états-majors à Thieux dans la matinée du 5 et, leur donnant connaissance de l’ordre du jour du général en chef, leur avait montré la grandeur des événements qui se préparaient : « Les opérations qui commencent doivent avoir un résultat décisif pour nos armées et pour
le pays. Il s’agit de sauvegarder Paris et la France. La bataille va
s'engager sur tout le front. La 6€ armée a un rôle capital. Il n’est plus permis de reculer ; il faut se faire tuer sur place ; tenir et vaincre, coûte que coûte. »
Dès le matin, les avant-gardes de la 56€ division, sous les ordres
du général Cornille, avaient reçu l'ordre de se porter sur Montgé,
c’est-à-dire sur la première hauteur détachée de la crête de Dammartin. L’ennemi l’a heureusement déjà abandonnée. Le général Cornille doit redescendre dans la plaine et marcher sur Saint- Soupplets. Le reste des gros de la 56€ division contournera la hauteur en pénétrant par Saint-Mard d’une part et Juilly de l’autre, dans les deux couloirs, celui du nord qui suit la voie ferrée, et celui du sud entre Montgé et Monthyon. Le 7 corps a pour mission d'occuper Dammartin.
Ces mouvements s’exécutent sans encombre dans la matinée du 5 jusqu’à midi. Le général de Dartein revient de Thieux à son quartier général (collège de Juilly) lorsque, tout à coup, vers midi, on entend le canon dans la direction de Monthyon-Saint-Soupplets. L'affaire paraît chaude. On apprend, en effet, qu’au moment où le 5€ bataillon du 361€ entrait dans le village de Saint-Soupplets, il avait été pris à partie par un feu violent provenant de batteries allemandes établies sur Saint-Pathus et Oissery (la seconde crête). La canonnade est si intense que les forces qui ont pénétré dans Saint-Soupplets ne peuvent s’y maintenir et sont ramenées au bois de Tillières. Mais, alors, l'artillerie de la 56€ division entre en jeu. De Cuisy, elle prend à partie les batteries allemandes installées à Monthyon et qui canonnent la 55€ division. Le combat d’artillerie s’amplifie ; on se rend compte que l’ennemi engage la partie à fond. Le général Cornille fait observer qu'il ne sait où il s’installera la nuit avec sa brigade, puisqu'il ne peut occuper Saint-Soupplets et le général Dartein de lui répondre :«ll faut le prendre.» Les mesures sont arrêtées à cet effet.
Que se passait-il, cependant, à l’autre division, la 55°, accolée à celle du général de Dartein?
« Le samedi 5 septembre à 7 heures du matin, le régiment (276e appartenant à la 55° division de réserve, général Leguay) quitte Vémars et prend la direction de Meaux. Nous traversons Moussy-le-Neuf et Moussyle-Vieux, pour arriver, vers 10 heures, à Thieux où se trouve l’étatmajor du général de Lamaze. Tandis que la 56€ division (général de Dartein), précédée des patrouilles de cavalerie que l’on aperçoit galopant dans la plaine, prend la direction de Saint-Soupplets, par Juilly et Montgé (c’est-à-dire tourne autour de la côte de Dammartin), la 55e division (général Leguay) se dirige vers Monthyon par Nantouillet. La brigade marocaine (général Ditte) se porte vers Charny et Villeroy. En face de nous, de Dammartin à Meaux, s'étendent des collines boisées où les Allemands sont à l’affût, invisibles. Sous la chaleur torride, la marche du bataillon se poursuit fatigante. A Nantouillet, une pause de dix minutes est sifflée. Une heure après, à midi précis, le bataillon arrive dans un petit sentier bordé d’arbustes, près de la ferme de la Trace, où nous devons faire la soupe et cantonner, quand, tout à coup,
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