RUES D PSN ONU TUE PO MEN EE
La rivière la traverse dans toute la longueur. Le réduit est assiégé, : au nord, par l’armée Maunoury, qui essaye de se glisser par la poterne de l'Oureq jusqu’au cœur de la place ; il est pris à partie au sud et au sud-est par l’armée britannique, l’armée Franchet d’Esperey, l’armée Foch qui essayent de la contourner et d'y enfermer les forces allemandes de gauche. ki
À ces deux mouvements d’enveloppement, les Allemands opposeront deux mouvements qui tendent à un contre-enveloppement plus vaste encore : l’un venant du nord, et composé de tous les renforts appelés immédiatement au dehors ; l’autre se dirigeant vers le sud et tenté par les deux armées von Hausen et duc de Wurtemberg, dont l’effort suprême vise à prendre à revers les armées assiégeantes.
Von Kluck, tout en continuant à se battre sur la Marne, se distendra donc vers sa droite et s’allongera vers le nord pour obvier au danger qui menace ses communications et pour aller au-devant des renforts qui lui sont promis ; quant à von Bülow, il s’étendra vers sa gauche, pour se rapprocher des armées qui s’efforcent avec l'ui,dans une « progession inébranlable », de briser le front de Joffre.
Cette double manœuvre divergente résulte de la nécessité des faits ; elle s'impose : on n’a pas le choix. Mais elle va produire le résultat qu’il est facile de prévoir. Les deux armées, en s’étirant, s’allongent en sens contraire et s’amincissent jusqu’à exposer la solidité de leur centre. C’est donc leur centre, leur point de jonction qui finira par être le plus affaibli et qui cédera le premier; c’est le centre qui « craquera », et ce sera le péril du centre, à la jonction des deux armées von Kluck et von Bülow, qui imposera la nécessité de la retraite.
Ainsi s'explique toute la bataille de gauche et l'illogisme apparent des récits allemands affirmant que la retraite a eu lieu en plein succès. La vérité est que la défense des abords du massif de Seineet-Marne avait réduit à néant la défense du massif lui-même ; que les efforts faits pour contre-attaquer Joffre avaient surmené à l'extrême les armées allemandes ; que les tentatives de rupture et d’enveloppement avaient échoué partout, si grand que fût le mal infligé à l’adversaire. Au point de vue stratégique, la conception allemande de la Marne reste aussi folle dans sa tentative désespérée que la manœuvre qui l’avait amenée l'était dans son dessein aventuré. L'armée allemande sera contrainte, finalement, après six jours de combat et des pertes immenses, d’évacuer le massif tout entier ; la bête, prise à la gorge, ne trouvera plus de salut que dans la fuite. Mais son énergie et son extraordinaire endurance
. ne lui auront pas été inutiles. Elle aura le temps de se retirer sur un autre réduit, sur un autre terrain, ou, plutôt, dans un « terrier » où elle tiendra jusqu’à la mort.
- La «bataille de Paris » sera ainsi reportée de la Marne sur l'Aisne » et de la « petite Suisse » de Seine-et-Marne sur la « petite Suisse » - de Saint-Gobain-Coucy-le-Château. La France et Paris seront
… sauvés, mais la guerre ne sera pas finie.
Von Kluck déplace ses corps le 5 à la nuit.
On sait quelle était la situation de l’armée von Kluck le 5 à - midi : l’ensemble de l’armée se porte sur le Grand Morin, qu’elle a - passé en partie, se dirigeant vers Provins et la Seine. La cavalerie … de von der Marwitz et celle de Richthofen, opérant de chaque - côté de l’armée britannique, sont en voie de pénétrer dans la … brèche : la % division au nord de Crécy, et la 29 aux environs de Coulommiers ; la 5° division de cavalerie du corps Richthofen est à droite de la route de la Ferté-Gaucher à Provins, sur Choisy, la … division de la cavalerie de la Garde est en marche sur Chartronges. A la suite de la cavalerie, le Ile corps actif est en campement - d’alerte dans la région de la Celle-sur-Morin-Pommeuse, sur le Grand Morin ; le IVe corps est à Choisy ; le IIIe corps à Sancy et — Montcaux-lès-Provins ; le IX® corps à J oiselle-Esternay. En un mot, tous les corps, ayant passé la Marne, sont en mou- . vement vers le sud sans l’ombre d’appréhension, alors que le … IVe corps de réserve est déjà attaqué sur l’Ourceq et alors qu'ils vont l'être eux-mêmes sur le Grand Morin.
Cette attaque a surpris von Kluck, et elle provoque immédiate- … ment ses ordres. Or, ces ordres sont de repasser immédiatement … Ja Marne pour venir en aide à ses arrières attaqués. Il prévoit … l'effet que va produire ce mouvement de recul et il y pare, d'avance, en répandant la leçon qu’il s’agit d’une « marche sur + Paris ».
Dans son ordre, daté de Rebais, Le 5 à 11 heures du soir, von Kluck laisse donc croire que le glissement à droite qu’il prescrit ne l’est qu’en conformité du radio de Moltke : faire face à l’ouest entre Oise et Marne, et non sous le coup de la surprise de l’Oureq. Il écrit : « Ma pensée était qu'il n'existait encore aucun danger pressant dans le flanc droit et que la marche à droite pourrait se faire tranquillement. » Le texte, volontairement ambigu, fut done ainsi rédigé :
1° Après (!) que la [re armée, en liaison (!) avec la Ie, aura repoussé les Anglais sur la Seine (on voit bien qua von Kluck croit qu'il peut
144 LA BATAILLE DE LA MARNE encore suivre son idée), le haut commandement a donné à ces deux armées le devoir de rester face au front est de Paris et la [re armée devra le faire entre l'Oise et la Marne. Des aviateurs annoncent d'assez importantes forces ennemies reculant sur Tournan et Rozoy, de même qe de Courtacon sur Provins et d'Esternay sur Nogent-sur-Seine ;
2 Le mouvement en retraite par la droite, nécessité par la nouvéliél 2 mission de l’armée (la nouvelle mission, c'est-à-dire le recul), commen, cera comme suit :
Le Ile corps marchera (reculera) sur deux colonnes par Trilport jusqu'à Germigny et par Pierre-Levée-Montceaux jusqu’à Isles-les- » Meldeuses.
Le IVe corps atteindra (en arrière) demain la région de Doue et arrêtera ses échelons.
Le IIIe corps partira (retraitera) demain dans la région de la Ferté. Gaucher. ; Le IX° corps restera demain dans la zone de stationnement et reportera ses échelons par Nogent sur la rive nord de la Marne... | Le Ile et le IVe corps laisseront de faibles arrière-gardes sur le Grand Morin.
Le Ile corps de cavalerie voilera contre le front sud-est de Paris et. la basse Seine le repli de l’armée en avançant dans la région de Lumigny-Rozoy.
Les ponts de la Marne doivent être immédiatement fortement occupés : à Lizy et Germigny par le ITe corps ; à la Ferté-sous-Jouarre, Sancy et Nanteuil, y compris le pont du chemin de fer, par le IV® corps ; à Charly et Nogent par le IIIe corps ; à Chézy et Château- Thierry, y compris le pont de chemin de fer, par le I Xe corps.
Le quartier général de l’armée dès 40 heures du matin, demain, à Charly-sur-Marne.
Ces directives étaient à peine lancées que des nouvelles plus | graves parvenaient du IVe corps de réserve. Il fallait au plus vite … s'opposer à l’enveloppement de l'aile droite. Un ordre particulier fut expédié au II corps : partir dès les premières heures du matin afin de se tenir prêt dès le jour même, 6 septembre, à tout soutien éventuel du IVE corps de réserve. |
Tels-sont les ordres partis de Rebais. Traduisons en clair la pensée de von Kluck et de son chef d’état-major von Kubl : le IIe corps doit partir en toute hâte, le IVe corps doit se replier sur … Doue, le IIIe corps sur la Ferté-Gaucher, tandis que le IXE corps … doit rester sur place. Pendant que les mouvements s’accompliront, ils seront protégés, au sud, par un rideau que formera la puissante cavalerie de von der Marwitz et de Richthofen destinée primiti- . vement à la percée, — percée à laquelle on renonce sans le dire. — Cependant, au nord, le IVe corps de réserve luttera jusqu’au dernier homme pour ne pas laisser enlever les fortes positions du Multien, L’'artillerie, après avoir protégé la retraite des corps repas-
08 +1 peak Le eo AS À ë ji 4 SUITE DE LA BATAILLE DE L'OURCQ 145
sant F" Marne, se retirera, le plus rapidement possible, sur le centre du réduit à Crouy-Étrépilly et, de là, elle couvrira de ses Î feux les assaillants d’où qu’ils viennent.
$ En un mot : mouvement par les lignes intérieures ; entretien e la circonférence de combat par des troupes empruntées à tout En reste du front; concentration de l'artillerie pour tenir en res- pect, de loin, les masses ennemies. L’artillerie va jouer, dans toute Ja bataille de la Marne, un rôle prépondérant.
e. Ainsi que vous le savez, dit le carnet de route d’un combattant du - Je corps, nous avions gagné le 5 Mfontceaux] près de C[hangis]. La région paraissait excessivement tranquille et nous nous étions même … baignés le 4 à Germigny] dans les flots limpides de la Marne. Mais, - soudain, le 6, à 3 h. 30 du matin, nous sommes alertés et il faut retourner - en arrière : « Le corps de réserve est en bataille, depuis l’après-midi du -5 septembre, contre une force ennemie supérieure qui a fait une sortie … de Paris et il ne peut tenir qu’avéc des pertes très fortes. »
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Voilà donc le premier mouvement de retraite qui se produit . pour le ITe corps, le 6 à 3 h. 30 du matin.
- Un autre document confirme ce fait précis : l’intelligent offi- - cier Kietzmann, du 2 grenadiers, écrit sur son carnet :
… 6 septembre. — Départ à 3 h. 30 du matin, On reprend la direction … ouest vers Paris. On passe par Mouroux, Montceaux, Isles-les-Mel- — deuses, Mary-sur-Acy pour se hâter de venir en aide au IV® corps de éserve…
… Les régiments ont reçu l’ordre de se remettre en marche par le routes qu’ils viennent de parcourir en grande hâte ; avec une
hâte non moindre, ils reviennent sur leurs pas pour être dirigés, lu dit-on, vers Paris.
Ces troupes n’ont pas combattu. Elles ont marché et elles se # remettent à marcher en sens contraire. C’est qu’en effet, il n’est . encore que 3 heures 30 quand les ordres leur parviennent ; or,
les forces franco-anglaises n’ont l’ordre d’attaquer qu’à 6 heures.
Suivons donc l’exécution des ordres de von Kluck dans chacun
des corps qui se sont avancés jusqu’à la vallée du Grand Morin.
Disons d’abord, qu’au IIe corps, le général von Linsingen, ainsi que les carnets de route nous l’avaient révélé, donna, à la 4 divi- … sion, la direction de marche Pierre-Levée, Isles-les-Meldeuses, Lizy, Trocy, et à la %æ division, Trilport, Germigny, Varreddes. Le IVe corps (général Sixt von Armin) est en train de déboucher jar la trouée de Rebais : il a reçu, à l'aube du 6, l’ordre de retraiter de Choisy à Doue, mais les batteries ne partent que le soir. Or, à
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ce moment, tout le IVe corps se porte, par ordre de von Kluck, sur l'Ourceq : ‘
Le 6 septembre, vers 7 heures du soir, aux premières lueurs crépusculaires, comme nous avions confortablement allumé nos cigares et. cigarettes, l’adjudant arrive et crie : Alarme! Silence! Ordre de la divi-. sion. Les batteries prêtes immédiatement! En hochant la tête et supposant toutes sortes de choses, nous obéissons mélancoliquement à l’ordre. Va-t-on se battre, aujourd’hui même, pendant la nuit qui arrive? S’agit-il de former le cercle autour de Paris, le plus rapidement . possible ?
Vers 8 heures du soir, ordre de départ. Notre chemin nous ramène : vers le nord. Eh bien ! en avant sur Paris! Courte halte à un carrefour. Là, on nous donne lecture de l’ordre de la division lancé de Doue, le 6 septembre à 6 h. 30 : Le IVe corps de réserve est engagé, depuis le samedi 5 . après-midi, dans de durs combats dans la région de Meaux contre des troupes françaises qui reçoivent de Paris des renforts continuels. Le IIe corps participe au combat depuis ce matin (6 septembre) comme renfort. (C’est le corps Linsingen qui est parti à 3 h. 30 du matin.) Maintenant, le IVe corps doit être amené comme nouveau renfort dans la. région de Meaux (1).
Ainsi, toujours l’idée répandue volontairement de marche sur Paris ; mais, en même temps, angoisse croissante au sujet de cette . attaque soudaine et imprévue venant de l’ouest. On ne cache plus cela aux états-majors : il faut qu’ils comprennent pour qu’ils mettent le feu au ventre de leurs troupes. Richter continue :
On cherche la carte : 60 kilomètres | Devons-nous les faire encore cette nuit? Ce sera une belle fin de dimanche | En avant ! Trêve à nos sentiments personnels |! C’est qu’on a besoin de nous et qu’il faut se. hâter : sans quoi, cet appel n’aurait pas eu un tel caractère d’alerte et. d’émoi ; et cela en pleine nuit | Et, au bout de notre marche, ce n’est pas le repos et le sommeil qui nous font signe, mais la bataille. Les. Français veulent donc, encore une fois, livrer une bataille rangée devant Paris. Tant mieux! Peut-être cela nous épargnera-t-il le siège. de la ville.
Le commandement est lancé. Deux minutes et les obusiers roulent avec fracas sur les pavés raboteux d’une rue de village. Devant nous, de l'infanterie; derrière nous, de l'infanterie. Les heures passent : il est environ 41 heures du soir. Pas de halte. Les fantassins pourront-ils résister à cela? Ce matin, sept heures de marche ; et maintenant, déjà. quatre heures ! Au cas où ils pourraient se traîner jusqu’au lieu de combat, ils seront trop éreintés pour pouvoir se battre. Il faut mar-« cher, toujours marcher. Vers minuit, nous traversons la Ferté-sous- Jouarre, et nous franchissons la Marne : malgré l’obscurité, nous reconnaissons bien la petite ville. Sur les routes, se succèdent les colonnes
(1) Carnet du lieutenant Hermann Richter.
+. SUITE DE LA BATAILLE DE L'OURCQ 1 A % ’infanterie, les colonnes de cavalerie, des convois du train en quantité prodigieuse.
- Alasortie de la petite ville, nous allons vers l’ouest. Le pas est accéléré. . On donne le signal du trot. Il n’y a plus d'infanterie devant nous : il - a bien fallu lui accorder un repos de quelques heures. L’artillerie et la cavalerie apporteront donc le premier secours. A 2 heures et demie - du matin, le 7 septembre, après avoir trotté tant qu’il fut possible, - nous entrons dans la petite ville de Lizy-sur-Ourcq...
Le mouvement est tout à fait clair sur le terrain : les deux . corps qui sont à la pointe du museau se relèvent promptement … en direction de Meaux : d’abord le Ile corps, qui est le plus à …— l’ouest ; il rentre un peu à l’intérieur tout en se relevant et son mouvement se fait vers la Marne en direction de Varreddes ; le —. IVe corps, qui est un peu plus près de l'articulation, se met en … route à la fin de l'après-midi, et son mouvement, plus intérieur —. encore, a lieu en direction de Lizy-sur-Oureq. Pendant que l’in- E fanterie est en marche, l'artillerie la protège d’abord de ses feux, … puis les corps de cavalerie font rideau, au sud, devant l’armée bri- . tannique qui se déploie.
2 Von Kluck, dans son récit, a précisé lui-même cette manœuvre que nous avions reconstituée antérieurement, d’après les carnets —. de route et la carte. Il dit : « Par un ordre de 5 h. 30 du soir, le 6, Je IVe corps sera amené jusque dans la région au nord de la Ferté- sous-Jouarre, afin d’être jeté dans le combat au cas où ce serait
— nécessaire. À 10 h. 30 du soir, ordre est donné que le IVe corps
# . soit amené pendant la nuit du 6 au 7, afin de pouvoir attaquer à au point du jour, le 7, au delà de la ligne Rosoy-en-Multien- 4 - Trocy. » L'examen de la carte publiée par von Kluck permet
" 3 . de Choisy : &æ division, par Doue, la Ferté-sous-Jouarre, Lizy,
nord de Trocy ; 7 division, par Rebais, Orly, Méry, Montreuilaux-Lions, Dhuisy, Vendrest, sud de Rosoy.
Mais, à la gauche de ces deux corps, c’est-à-dire à l’est, le
III corps, qui forme l'articulation, reste d’abord en place, malgré
l’ordre de repli sur la Ferté-Gaucher qu’il a reçu. Nous verrons
bientôt qu’il n’a ni le loisir ni la possibilité de faire autrement. Ainsi
que ses voisins de gauche, qui sont en liaison avec l’armée Bülow,
ilest pris à la gorge par l’armée Franchet d’Esperey, et voici que
le véritable sens de la manœuvre de Joffre se découvre à l’ennemi.
Il faut suivre, maintenant, le sort des Ile et IVe corps, et, pour
… cela, il faut reprendre, à la date du 6 au matin, le récit de la ba-
taille de l’Ourcq.
1% d'établir ainsi la marche des deux divisions du IVe corps, parties
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La bataille de l’Ourcq le 6 au matin,
Dans la nuit du 5 au 6, les premiers résultats de l'offensive vigoureuse entamée par l’armée Maunoury se font sentir : l'infanterie française a débouché dans la plaine de la Marne; elle a occupé la crête de Dammartin-Montgé, pris Saint-Soupplets, avancé aux portes de Penchard. Le travail de l'artillerie a été très efficace, et la première ligne de hauteurs sur lesquelles se sont arrêtés le IVe corps de réserve allemand et la 42 division de cavalerie qui lui servait de couverture est déjà intenable. Von Gronau s’est replié derrière la Thérouane.
Pendant la nuit, les dispositions ont été prises par le général Gallieni et par le général Maunoury pour confirmer et consolider ces heureux débuts ; il faut reconnaître, cependant, que le courage des troupes, animé par l'importance de l’œuvre à laquelle elles participent et qu’elles comprennent parfaitement, les a grandement exposées ; avec une ardeur extrême, elles se sont jetées sous le feu de l'artillerie ennemie : les pertes sont lourdes.
Malgré tout, l'attaque sera poursuivie avec tous les moyens dont on dispose, le 6 au matin. Les ordres généraux se résument en deux mots : une offensive à fond en continuation de l’offensive prise, la veille, à l’aile droite.
Mais, à partir de ce moment, les conditions stratégiques de la bataille changent du tout au tout. Le 5 dans l’après-midi, l’engagement était local et partiel : le contact avait été rude et un peu prématuré. Maunoury avait attaqué isolément. À partir du 6 au matin, c’est la bataille voulue par Joffre sur tout le front : armée Maunoury et armée britannique, face à l’est; armée Fran-chet d’Esperey et armée Foch, face au nord. C’est exactement la bataille d'angle telle que le dessein en était tracé par les ordres datés du 4 septembre.
Cependant, von Kluck, de son côté, a repris, jusqu’à un certain point, l'initiative : il reporte vers le nord ses deux corps qui s'étaient le plus avancés vers le sud. Averti, il s’est retourné : avant que nous ayons frappé un coup décisif. Les dispositions, si bien prises d’abord dans le camp français, ne portent pas leur plein et entier effet ; la victoire hésite. La gauche de Maunoury, qui devait se refermer sur les derrières de l’armée von Kluck comme le battant d’une souricière, a pu se rapprocher légèrement de l’Oureq, mais n’a même pas pu atteindre la rivière. - L’ennemi s’est consolidé, retranché, renforcé. Il nous faut des
| oups nouvelles pour soutenir et reprendre la partie engagée. Dans l’ordre général de Gallieni du 4 septembre, 20 h. 30, la bataille n’avait pas été prévue pour le 5. Puisque le mouvement en É avant, insuffisamment éclairé peut-être, a engagé la bataille avec une journée d'avance, il entraîne les suites que nous avons indiquées : les troupes qui se battent sur l’Ourcq attendent de leurs voisins, les Anglais, un secours urgent et ce secours tarde un peu. Cependant les marches des renforts français, pressées par des ordres nouveaux, s’exécutent pendant la nuit du 5 au 6, et Maunoury voit arriver des troupes fraîches. La 45e division (général Drude) s’avance, en très grande hâte, par les routes . Dammartin-Brégy et Saint-Mard-Saint-Soupplets ; le 4 corps d'armée (général Boëlle) doit se tenir prêt, dès qu’il sera arrivé, . à suivre le mouvement de la 68 armée. Une division de réserve “ du groupe Ébener se porte sur la gauche de l’armée ; la 928 divi- sion territoriale se tient dans le nord-est et surveille l’ennemi. - Enfin, le corps de cavalerie Sordet doit se porter vers Nanteuil- — Je-Haudouin pour former échelon avancé à l'aile gauche de l’armée.
—. Le dessein de la manœuvre française se précise. Une fois décro- — chée l'articulation du IV corps de réserve sur la Marne, un grand … mouvement enveloppant sera tenté par le nord. La course aux communications s’esquisse.
.. Maison n’en est pas encore là. La bataille pour le massif du Mul- — tien s’anime ; les Allemands, attaqués brusquement en un point où ils sont très forts, n’entendent nullement laisser briser leur
articulation. Dans la bataille de l’Ourcq, nous avons donc à suivre & deux batailles, celle du réduit ou de l'articulation près de la Marne, celle des communications ou de l’enveloppement, au nord. Suivons leurs alternatives.
Le 6 au matin, le but principal pour la 6° armée est toujours de franchir l’Oureq à Lizy et au nord de Lizy en attaquant vigoureusement tout ce qui se trouvera devant elle ; la direction générale est toujours Château-Thierry.
Le mouvement se poursuit par les deux divisions, en colonnes d'attaque, conformément au double objectif de la bataille. C’est le groupe des divisions de réserve qui est chargé d'enlever le réduit. I] se déploie, à cet effet, sur la route Saint-Soupplets- Forfry-Puisieux-le Plessis- Vernelle-Dhuisy et dans la zone au sud. Quant au mouvement tournant visant les communications, il est confié au 7e corps actif (général Vauthier), qui doit franchir
l'Oureq entre Vernelle et Neufchelles inclus. Mais il est er. x loin de ces objectifs. Les hauteurs du Multien, solidement fortifiées par l’ennemi, barrent la route. Au point de jonction entre :
les deux batailles, et entre les deux groupes d’offensive, la 45e di- #1 vision qui arrive sur le terrain suit en deuxième ligns par les
routes Dammartin-Brégy et Saint-Mard-Saint-Soupplets.
Au moment où l’on s’élance dans cet ordre, on apprend que l’armée anglaise a déclenché son mouvement à l’aile droite et qu’elle atteint, au débouché de la forêt de Crécy, près du Grand Morin, le front Magny-le-Hongre, Tigeaux, Pezarches, tandis qu’au sud de la Marne toute l’armée de Joffre donne d’ensemble sur l’armée allemande surprise.
A la 6e armée, le courage, la décision, l’entrain se répandaient de proche en proche dans les rangs. Ces réservistes, hommes faits et déjà endurcis aux terribles épreuves de la guerre, comprenaient ce que la patrie attendait d’eux. Ils répondaient à l’appel de leurs
chefs.
Des renseignements et des instructions reçus du général en chef et du général commandant la 6° armée, lit-on dans un ordre du groupe de Lamaze, il résulte que les opérations qui vont se dérouler demain et les jours suivants auront un résultat décisif pour nos armes et pour le pays. Toutes les armées françaises vont reprendre en même temps l'offensive qui a été commencée aujourd’hui par le 5° groupe des divisions de réserve. La 6° armée, en donnant dans le flanc de l’ennemi, peut non seulement sauver Paris, mais avoir une très grosse influence sur Ja suite des opérations, Devant un pareil but à atteindre, toute considération de fatigue et de ménagement doit momentanément disparaître ; tous les moyens doivent être mis en œuvre pour assurer le
succès coûte que coûte.
Cependant les chefs devenaient soucieux ; les fronts se rembrunissaient dans les états-majors. En effet, le service de l'aviation de la 6e armée (commandant Bellenger) faisait savoir que des forces ennemies paraissaient en train de repasser la Marne.
Malgré tout, on marche vaillamment à l’attaque.
La cavalerie devra éclairer vers Lizy-sur-Ourcq et dans la vallée de la Marne, ses canons secondant l’attaque de Penchard et de Chambry, qui sera menée par la brigade de chasseurs indigènes (général Ditte) et les 56€ (à gauche) et 55€ (à droite) divisions.
Au petit jour, le signal est donné. L’armée s’ébranle. La 55€ division s’empare de Monthyon que l’on trouve encombré de blessés et de matériel de toutes sortes. La brigade de chasseurs indigènes enlève Penchard ; et la progression continue, facile d’abord. Jus-
SUITE DE LA BATAILLE DE L'OURCQ 151 qu à à la ligne Forfry, Gesvres, Pees (c'est-à-dire sur la gauche), c’est seulement la poursuite d'éléments d’arrière-garde. Mais soudain, et selon un plan évidemment concerté, la résis- ? tance s’accentue. Il faut procéder méthodiquement pour gagner du terrain. Les fermes Nongloire (près de Puisieux), le moulin de … la Fontaine-les-Nonnes, sur la Thérouane, Marcilly, Barcy, sont enlevés de haute lutte. On est, maintenant, devant la Thérouane - et au pied de la deuxième ligne des hauteurs, le massif d’Étrépily.
- Nous avons vu que l'artillerie ennemie commence à se masser - à Trocy. Ce n’est encore que l'artillerie de campagne, pas encore « l'artillerie lourde. Cependant, en raison de la proximité des fronts, … l'offensive française est prise sous le feu. La 56€ division ne peut “dépasser la crête de la ligne des hauteurs (est de Mar cilly); la - 55€ division gagne péniblement du terrain à l’est de Barcy et reste au pied de la ligne ; de même la brigade de chasseurs indigènes est … arrêtée devant Chambry. À l'artillerie, il faut opposer l'artillerie. » Notre 75 est hissé sur les hauteurs à l'est de Gesvres, à la ferme … Fescheux et à Pringy. L’orage s’amoncelle. Le général de Lamaze apprend que deux - divisions ennemies venant du sud repassent la Marne à Varreddes et à Isles-les-Meldeuses et que leurs têtes de colonnes débouchent k sur le champ de bataille : ce sont les divisions du IIe corps alle- mand, qui, ayant marché depuis 3 heures 30, arrivent haletantes, * mais arrivent, au moment où le sort de la bataille pour l’Ourcq va & se décider. On aperçoit, maintenant, dans les états-majors frana çais, le sens nouveau de la bataille RUE
É Le général Maunoury s'adapte rapidement à cette situation.
K: Le général Gallieni est venu au Raincy dans la matinée du 6: il nes’agit plus d’une simple marche en avant et d’une manœuvre sur le flanc de l'ennemi; le passage de l’Ourcq n’est plus le but principal. Il s’agit maintenant de battre l’ennemi et de chercher
à le rejeter dans la Marne. | C’est bien la bataille pour le « réduit ». En conséquence, les dispositions suivantes sont prises au 5€ groupe des divisions de réserve spécialement affecté à cette tâche : la brigade marocaine poursuivra énergiquement son attaque sur Chambry-cote 177 et gagnera les hauteurs à l’ouest de Varreddes, d’où elle dominera la “ vallée de la Marne et menacera les mouvements de l’ennemi à è la boucle de Germigny-'Évêque : à gauche, la 55€ division de
réserve attaquera à fond en prenant pour axe Barey-cote 115 ;
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sw SE AN gl 152 LA BATAILLE DE LA ne . le x ‘ei L enfin, la 56e division de réserve assurera la liaison avec le 7 crti | qui commence la bataille du mouvement tournant et, en même temps, elle attaquera vigoureusement Étrépilly sur les deux rive de la Thérouane. "# En un mot, l'offensive évolue en pleine bataille : elle est raccourcie. Les troupes du centre, au lieu de faire face au nord-est, font face à l’est et même au sud-est ; elles se rabattent, en quelque sorte, sur les points fortifiés qui ont résisté et sur la Marne d’où . débouchent les troupes fraîches. Ce n’est déjà plus la bataille pour. l’Ourcq, c’est la bataille pour la Marne. Mais si l’armée française ramasse sa droite sur un angle plus court, l’armée allemande s’est tassée précisément en face de cet angle. Vers le milieu de la journée, la lutte sévit sur ce front, acharnée. Chambry, la hauteur à Pest de Barcy, celle de la Réperie (cote 124), la ferme Champfleury sont enlevés, mais ne peuvent | être dépassées. Non seulement les lignes d'infanterie allemandes pourvues de nombreuses mitrailleuses sont renforcées, mais le bombardement devient d’une violence extrême. Voici que l’artillerie prend, en quelque sorte, la direction du combat. Sur la hauteur de Trocy, l'artillerie du IIe corps, que nous avons vue défiler dans les rues de Montceaux, arrive au galop. Au tir des 77. vient s’ajouter celui de deux batteries établies vers Trocy et Guéà-Tresmes que nos 75 ne peuvent contrebattre utilement; les. réserves sont atteintes comme les premières lignes ; les village de Barcy et de Marcilly où les troupes françaises se massent pour. poursuivre leur succès sont couvertes de projectiles. On s’accroche . au terrain ; on ébauche quelques tranchées ; on repousse plusieurs contre-attaques partielles.
Cette fois, le commandement, malgré sa confiance en ses troupes ne peut plus se dissimuler la difficulté de sa tâche. Le général. Gallieni, d'accord avec le général Maunoury, sent tout le prix. d’une intervention vigoureuse de l’armée britannique. Il prévient” ‘le maréchal French en ces termes : « 6€ armée a entamé, ce matin, offensive vers l’est, dans les conditions convenues. À 9 heures, son front arrivait à hauteur de Meaux sur ligne Chambry-Barcy- Gesvres-Forfry-Oissery. Général Maunoury rencontre sérieuse résistance et croit avoir devant lui tout le IVe corps de réserve. » En outre, il signale que deux colonnes ennemies, chacune d’une division (ce sont les deux divisions du Ile corps), remontent du sud et atteignaient la Marne vers Varreddes et Lizy à 9 heures. «a Opération donc en bonne voie. Pour étayer encore offensive, j* donne, dès maintenant, au général Maunoury tous les moyens!
SUITE Dr LA BATAILLE DE L'OURCQ 153 doi He. je be: Mais indispensable que l’action de la 6° armée ne reste pas isolée et que les Allemands ne puissent pas ramener contre elle les éléments qui se trouvent devant l’armée anglaise. En consé- | ". ence, je prie instamment le maréchal French de bien vouloir, E de son côté, porter son armée en avant, conformément aux directives du général Joffre, de manière que l'offensive générale prévue aujourd’hui soit bien générale et pour qu’il y ait entre les diverses “armées cette concordance qui, seule, peut assurer un succès décisif (1). »
Nous dirons tout à l’heure les difficultés en présence desquelles À se trouvait l'armée anglaise. Pour le moment, la 6€ armée avait à
% Dore le poids principal de Ja lutte.
| Seconde partie de la journée du 6 à l’armée Maunoury,
A partir du 6 septembre, à midi, la bataille de l’Ourcqse trans- forme complètement.
Maunourÿ perd peu à peu l’avantage de la supériorité numé- - rique ; bientôt, il aura affaire à un ennemi qui a rétabli l'équilibre a ét qui, finalement, prendra, à son tour, la supériorité. Il est de … rêgle, à la guerre, que cette supériorité, surtout à la fin d’un effort — de plusieurs jours, soit un gage du succès.
… Mais la 6° armée veut vaincre et, par un exemple des plus rares . dans l’histoire militaire, la puissance croissante de l’ennemi est à - contenue et dominée par une armée épuisée, mais dont le courage ELA grandit au fur et à mesure que la lutte se prolonge. Le sentiment qu'avait la troupe de se battre « pour Paris » met l’armée E entière, composée en grande partie de soldats de réserve et arri- vant pour la joe fois sur le champ de bataille, « en état de grâce ».
A partir de 3 Nnss de l’après-midi (il y avait eu comme une sorte d’accalmie relative au milieu de la journée) l’offensive est réprise à corps perdu par la 6® armée aux deux extrémités du champ de bataille, c'est-à-dire au centre et près de la Marne (bataille de pivot ou d’articulation), à l’aile gauche et au nord de la Thérouane (bataille d’enveloppement).
On a pris la première ligne de crêtes (Monthyon, Penchard) ; on occupe, en partie, la deuxième ligne (Forfry, Marcilly); on essayo de s'emparer de la troisième ligne, non pas de front, mais en l’abordant par le côté. L’assaut affecte sensiblement la forme