‹ La bataille de la Marne (volume 2)Chapitre 43 sur 90 · LAS · texte numérisé non relu

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Le corps de cavalerie en liaison avec l’armée britannique. Le 18° corps et le 3° corps à Montceaux-lès-Provins, le 6.

Le corps de cavalerie. — A gauche, la liaison avec l’armée anglaise fixe le corps de cavalerie Conneau dans la région de Pécy-Chenoise. L'armée anglaise demande l’aide de la 8e division de cava-

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lerie pour l’attaque de Villegagaon et Jouy-le-Châtel ; et, à droite,

à 15 h. 30, le 18e corps lui fait la même demande pour l'attaque d’Augers. La marche en avant s’est déclenchée, mais le corps de

cavalerie Richthofen, qui a débouché de Courtacon, s’est fortifié |

sur la route de Provins : la cavalerie française ne peut, dans cette journée du 6, qu’enrayer l’attaque ennemie. Le corps cantonne, le soir, à peu près sur les mêmes emplacements que la veille pour avoir de l’eau. Cependant, il se sent dégagé et le terrain libre devant lui.

Offensive du 18 corps, le 6. — Le 18€ corps (général de Maud’huy), installé en travers des deux routes qui conduisent de Coulommiers et de Montmirail vers Provins, barrait ces deux routes sur une ligne Courchamp-Rupereux-Villiers-Saint-Georges, en liaison, à gauche, avec le corps de cavalerie Conneau, par Saint-Hilliers, et, à droite, avec le 32 corps, par Saint-Genest. Le 182 corps a reçu l’ordre d’agir par divisions accolées : la 35€ (général Marjoulet) à l’est, la 36e division (général Jouannic) à l’ouest, la 38e division (troupes d'Algérie, général Schwartz) restant en réserve au début.

Le 18 corps français a en face de lui le IVe corps qui va se décrocher complètement dans l’après-midi du 6, et le IIIe corps. Le IIIe corps (von Lochow, qui a pour chef d’état-mayjor le lieutenant-colonel von Seeckt) a d’ailleurs reçu lui-même l’ordre de se décrocher et de se porter sur la Ferté-Gaucher, c’est-à-dire, comme on croyait, « sur Paris »; mais la bataille va le surprendre et 1l devra rester sur place pour soutenir son voisin, le IX® corps. C’est done surtout à lui que le 18€ corps doit avoir affaire.

Le général de Maud’huy confie l’offensive principale à sa 35e division (général Marjoulet) dont les avant-gardes sont sur le plateau d'Écoublay, en face de Sancy et Montceaux-lès-Provins, où le IIIe corps allemand s’est installé la veille avec la 5° division (von Wichura) à Sancy et la 6€ division (von Rohden) à Montceauxlès-Provins. À

A gauche, le général de Maud’huy a prescrit à la 36e division (Jouannic) de marcher sur Orvilliers, et à la 38e division (Schwartz) de se tenir un peu en retrait vers la Houssaye-Saint-Martin-des- Champs. La cavalerie du corps est lancée vers Courtacon pour surveiller une offensive que l’on attend de ce côté. A l’heure dite, l'artillerie tire en rafales d’après les nouveaux règlements et la 35e division (Marjoulet), combinant son attaque avec celle de la division Pétain, du 3e corps, à droite, s’élance allégrement sur les rives de l’Aubetin qu’elle a ordre de franchir au plus tôt.

MONTCEAUX-LÈS-PROVINS, ESTERNAY ET SÉZANNE 173 Ce fut, dans le camp allemand, une terrible surprise.

Nous pensions ne rien avoir à craindre de l’ennemi, quoique sur la

fin de la journée du 5, on eût aperçu quelques colonnes isolées en

- marche. Mais nous étions loin de croire que le lendemain, 6 septembre,

qui était un dimanche, nous aurions encore à nous battre. Bien remise par une bonne nuit de sommeil, la brigade devait se mettre en marche sur Paris par une claire matinée de dimanche, à 6 heures. Notre bataillon s’était justement rassemblé derrière la grange d’une grande ferme, lorsque, soudain, un obus français passa au-dessus de nos têtes et éclata à environ 200 mètres derrière nous. Plusieurs le suivirent, qui se rapprochaient toujours, et c’est ainsi que commença, à neuf heures, un feu d'artillerie qui compte parmi les plus terribles souvenirs de ma

« vie militaire. Chacun de ceux qui ont vu le jour de Montceaux et qui

en est sorti la vie sauve sera ému d’entendre prononcer ce nom et jamais las d’en parler.

La ferme derrière laquelle nous étions était située derrière le village ; à sa droite (c’est-à-dire sur le plateau de Sancy), plusieurs batteries avaient pris position ; à sa gauche, une grand’route s’enfonçait tout droit, s’inclinant seulement un peu en longeant le mur d’un parc. De cette route, partait, tout de suite derrière la ferme, un petit chemin qui conduisait à travers terre vers ce village où se portait la division de cavalerie et où on avait vu disparaître les convois (sans doute vers Champcenest). Le feu de l'artillerie devenant de plus en plus violent, non seulement il imposa silence à notre artillerie, mais encore il nous força à nous abriter derrière la ferme et le mur du parc. Le feu augmentait de plus en plus. Ma compagnie s’était étroitement resserrée derrière la grange, la tête tournée vers la muraille ; les mitrailleuses et l’artillerie, hommes et attelages, cherchaient le même abri. Tout autour

… de nous, les obus tombaient. Plusieurs faisaient de grandes brèches

dans les lignes de nos hommes. Vers cinq heures, le feu de l'artillerie ennemie atteignit son maximum d'intensité. Notre abri reçut des obus qui y mirent le feu. Bientôt, l'infanterie ennemie, protégée par son artillerie, en forces considérables, s’avança sur Montceaux-lès-Provins, que nous occupions. Les circonstances étant telles, la brigade reçut, à ô heures, l'ordre d’évacuer le village. Ce furent alors les plus cruels moments de cette terrible journée. Il fallait marcher à découvert à travers les projectiles ennemis. Aussi ne pouvait-il être question d'une marche ordonnée. Chacun n'avait qu’à se tirer d’affaire du mieux possible. Ce fut une véritable débandade jusqu’au village en arrière, assigné comme point de ralliement. Les pertes furent considérables. L'infanterie française occupa le village. Mais, quand la nuit fut arrivée, une force importante d'artillerie allemande et, notamment, notre artillerie lourde prit, de son côté, le village sous un feu terrible qui en chassa, à son tour, l'infanterie française. Nous eûmes encore bien des pertes à déplorer. De la lisière de la forêt, nous assistâmes au splendide spectacle d’un grand duel d’artillerie au sujet du malheureux village de Montceaux. Situé sur une hauteur, il était maintenant tout en flammes et éclairait au loin la plaine. Ajoutez le bruit de la bataille du corps voisin (IX° corps sur Esternay), engagé à notre gauche contre des forces infiniment supérieures, avec les échos de l'artillerie, des tirs

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d'infanterie se répercutant au loin. Enfin, vers 9 heures, le calme so rétablit peu à peu. Nous pûmes manger et prendre un peu de repos (1).

Ainsi le III corps était fortement engagé. Von Kluck écrit : «Le IIIe corps était déjà prêt à la marche de départ (en arrière) ordonnée (le 5 à 11 heures du soir), mais eu égard à la forte artillerie apparaissant en face et aussi aux instances du IXE corps, il s'était décidé à soutenir celui-ci sur Sancy-Montceaux. »

A 15 heures, après la violente préparation d’artillerie dont les effets viennent d’être relatés, le 188 corps (de Maud’huy) avait reçu l’ordre de franchir l Aubetin et de se porter à l’attaque de la ligne Montceaux-lès-Provins-Sancy-Cerneu, en concentrant l'effort sur Montceaux-lès-Provins. À 18 heures, la 35€ division (Marjoulet) avait franchi la petite rivière. À 21 heures, le 123€ était arrivé en tête de colonne à Montceaux-lès-Provins et s’en était emparé après une lutte très vive, tandis que des éléments du 3€ corps y pénétraient également. Malgré un violent retour de l’ennemi, on avait maintenu la position.

Nous avons dit que le village de Sancy était tenu par la 5€ division (général von Wichura) du ITIe corps allemand. La division, arrivée par Bellot, est très déprimée par les marches ; or elle a commencé à 7 heures sa retraite vers le nord quand un contreordre la ramène à Sancy.

Le régiment se remet en marche sur Sancy. Tout le IIIe corps est séparé du gros de la Ire armée et passe sous les ordres de la Ile armée, l’armée Bülow. Nous restons à Sancy en position d’attente pour entrer dans le combat de la IIe armée... Nous sommes dans le ravin de Sancy.…. Bientôt, le 52 régiment est attaqué au sud de Sancy, ordre de lui porter secours. Nous nous portons à l’ouest du village, en direction d’Augers. Devant nous, le champ de bataille. Le champ de bataille? Non, un paisible paysage d’été tardif, ensoleillé, perdu, vide (2)...

Près de là, un peu à l’ouest, la 36€ division française (général Jouannic) avait marché en se couvrant vers Champcenest, d’où l’on croyait toujours voir surgir l’attaque du IVe corps allemand, alors qu’il était parti dès les premières heures de la journée ; cependant la division de cavalerie de la Garde, du corps Richthofen, entrée dans Courtacon, avait, le soir, pénétré dans Champcenest.

Enfin, la 38 division (général Schwartz), maintenue en réserve

(1) Carnet de route d'Henri Heubner, capitaine de réserve MT nes au

IIIe corps.

(2) Walter BL&M, Vormarsch, p. 247

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