‹ La bataille de la Marne (volume 2)Chapitre 45 sur 90 · À MONTCEAUX-LÈS-PROVINS, ESTERNAY ET SÉZANNE · texte numérisé non relu

À MONTCEAUX-LÈS-PROVINS, ESTERNAY ET SÉZANNE

nm jors, une version très réservée, très modérée circule. Nous la

ce — À

| donnons d’après un témoin :

Vers 6 heures, très grosse canonnade venant de Courgivaux et puissante concentration de feux sur le Grand Morin. Un combat d’infanterie très violent s’est engagé dans les bois aux environs de Nogentel. Le général Mangin était à Escardes. Il demande des renforts pour l'aider à se maintenir à Courgivaux. Cependant, Pétain avançait sur Montceaux. Mais on pouvait craindre une progression de l’ennemi - cherchant à se glisser à travers les bois pour séparer les deux divisions. Notre cavalerie battait en retraite. De nombreux blessés et isolés | gagnaient les arrières. Le général Hache était présent. Il envoie un de ses officiers avec ordre d’activer l’arrivée de la brigade de réserve. | | Cette brigade débouche de la cote 208 vers 7 heures du soir ; mais elle n ’a pas besoin de s’engager. Le tir cesse et la bataille finit d’elle- même (@n réalité les Allemands se repliaient).

- Impossible de se faire une opinion, ajoute le sage officier supé- ; Cu qui nous expose ces souvenirs. En somme, plutôt un succès, . mais qu’il faudra reprendre le lendemain. On s’était emparé de . Montceaux et de Courgivaux : c'était un bon début, mais on n’avait - pas atteint la rivière. On reprendra la marche en avant, le lende- - main dès la première heure, mais avec la plus grande prudence, … car l'ennemi, maintenant, est sur ses gardes. | Nous avons donné la citation du général Mangin. Voici celle du général Pétain visant son rôle pendant toute la bataille de la Marne :

— Pérarn, général commandant la 6‘ division d’infanterie. A, par . son exemple, sa ténacité, son calme au feu, son incessante prévoyance, sa constante intervention aux moments difficiles, obtenu - de sa division, pendant quatorze jours consécutifs de bataille, un magni-

… fique effort, résistant à des attaques répétées de jour et de nuit et

— repoussant victorieusement les attaques furieuses de l'ennemi...

Comme les figures de ces chefs de haute valeur morale et de loyale discipline mutuelle s'opposent admirablement à celles d’un Moltke, d’un Kluck et d’un Bülow se querellant au détriment de leurs troupes jusque sur le champ de bataille !

Le 1° corps et le 10° corps à Esternay-Sézanne. | La jonction du massif et de la plaine.

D. Nous voici devant l'offensive de Bülow et nous approchons de ce qui doit être, pour le haut état-major allemand, le véritable . nœud de la bataille, dans la région où le massif de Seine-et-Marne tombe sur la plaine catalaunique.

OX r 2€ LA BATAILLE DE LA MARNE.

Tandis que l'armée von Kluck devait rester en RAS journée, procéder à un premier investissement de Paris et en : é | l’armée Bülow avait pour mission de pivoter sur son aile droite à Montmirail, et d'atteindre, le 6 septembre au soir, par sa gaucl eo, Marigny-le-Grand. C'était une première étape vers le but fixé par Moltke : faire face à l’ouest entre Montmirail et Nogent-sur-Seine … et occuper les ponts entre Nogent et Méry. Mais il fallait, pour atteindre cette ligne, passer sur le corps de l’armée française au plateau de Sézanne. Or, nous croyons avoir démontré que, de cœ. côté, la plaine ne pouvait se passer du massif, c’est-à-dire que Joffre ne pouvait empêcher l’ennemi de déboucher par la route de Sézanne vers Romilly-sur-Seine, qu’à la condition que nous fus- sions en mesure de lui« tomber dessus » des hauteurs. Il fallait done à tout prix nous installer solidement dans la région d’Esternay pour pouvoir disposer, le cas échéant, d’une partie de nos forces en direction de la plaine.

Cette mission, à savoir de marcher sur Esternay-Montmirail et. de protéger en même temps Sézanne, est spécialement celle attri- … buée au 1 corps et au 10€ corps de l’armée Franchet d'Esperey. On comprend, dès maintenant, toute l'importance de leur rôle pendant la journée du 6 septembre. SJ

Si les choses sont ainsi entrevues dans le camp français, elles; # sont perçues avec plus d’acuité encore dans le camp allemand. On y sent la grandeur du péril, on veut y parer à tout prix. Tel est le sens de la manœuvre qui va y être tentée pendant les … trois journées décisives de la bataille. La gauche de von Kluck, la droite de Bülow, les III, IX® corps, VIT corps, X® de réserve, u X® corps, successivement jetées dans la bataille, tâchent de sauver la suture entre ces deux armées et, par contre, de rompre la haison entre l’armée Franchet d’Esperey et l’armée Foch.

Heureusement, la manœuvre de Joffre sur l'Ourcq a déjà DORE + ses fruits. L’armée von Kluck, étant partie trop tôt, a dû se replier avant que Bülow, en retard d’une journée, ait pu frapper son coup. Von Kluck, attaqué dans son flanc et sur ses communications, » retire ses corps, au fur et à mesure que von Bülow amène les siens. … La bataille allemande est aussi mal faite que possible.

Par contre, celle de Franchet d’Esperey est parfaitement réglée. Il sent sa gauche s’alléger au fur et à mesure que sa droite est plus … lourdement prise à partie et, tout en chassant l’ennemi devant lui, vers Montmirail, il fait elisés son axe vers Sézanne, de façon à résister d’abord, puis à se dégager, enfin, à prêter main-forte LE son voisin de droite: le général Foch.

| MonTeraux- LÉSIPROVINS, RSTERNAY ET SÉZANNE 4181

En sont, en deux mots, la belle manœuvre et bataille du 4e corps et ëü 10e corps : pénétrant dans la fissure entre la [re et Er. armée allemandes, ils cherchent à tomber du haut du massif sur la plaine. Ainsi, ils schévevont, par la victoire d’en bas, le succès … que la fausse manœuvre de von Kluck et l’habile manœuvre de Joffre ont commencé à dessiner sur les terrains d’en haut.

= Offensive du 4x corps, le 6. Combats d'Esternay. — Coûte que - coûte, il faut, pour le haut commandement allemand, rompre le - front de Joffre et gagner, avec Bülow et Hausen, la Seine à Nogent ÈS et à Troyes.

Mais que vaut, maintenant, ce soldat allemand tant vanté? Ici, Dore, le Émandement Slemand se trompe grossièrement : Done frappé de folie, il ne s’aperçoit pas qu’il a brisé, d'avance, - l'instrument sur lequel il comptait. Le physique et le moral … sont au plus bas, précisément quand l’incohérence de la ma- … nœuvre commence à sauter aux yeux du moins avisé des com- . battants. Lôührisch raconte, qu’au IXe GOTESS les pertes étaient con- D érable dès le 14 septembre et qu’au X€ corps de réserve « la chaleur, la poussière, les distances et le manque d’abris avaient D tout le monde ». Bernatzki, parlant des pionniers du IXe corps, écrit qu’un grand nombre « ne pouvaient plus que sau- tiller à cause des ampoules et des blessures qu'ils avaient aux pieds ». Le jour prévu pour le repos (le 6 septembre) était absolu- ment nécessaire. Or, c’est ce jour qui fut soudainement troublé par . l'éclatement des premiers obus français. A la II armée, même a. même découragement, mêmes dispositions laméntäblés :

Nous sommes des pièces sur un échiquier, écrit Kutscher. On joue , ä avec nous. Le soldat ne doit rien savoir ; les sous-officiers non plus. … On ne saurait trop exalter la transformation de l’âme, l'influence pro- BA % Ends que chacun éprouve par la pensée de la mort et la fin de tout. Entièrement fatigués, abattus ! Toute pause d’une minute est utilisée __ pour se coucher sur la route dans la poussière, dans la boue, sur les pierres, sur l'herbe, dans les betteraves, exactement à l’endroit où l’on

se trouve. De l'énergie? On est exténué! Les hommes, les uns après les autres, tombent dans les fossés de la route. On n’a plus qu’un seul sentiment, l’insouciance de tout. Que vaut une telle vie? On n’a pas grand’chose à y perdre.

Nous pourrions multiplier ces témoignages.

C’est à une troupe ainsi surmenée que l’on demande un nouvel . effort surhumain. Elle a tant peiné déjà ! Or, elle m'est qu’à pied d'œuvre et le travail commencé seulement. Pense:t:on que les

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soldats soient aveugles et qu’ils ne s’aperçoivent pas du désordre @ général : les troupes du IIIe corps mêlées avec la cavalerie du corps Richthofen, celles de la IIe armée mêlées avec celles de la Ie;:le IVe corps et le IIIe corps appelés en arrière le matin (soi-disant pour marcher sur Paris) et fixés sur place par l'artillerie ennemie ; une journée de repos, annoncée par les chefs, transformée en une terrible journée de bataille ; le IIIe corps obligé de s’allonger sur sa droite quand le X£ corps de réserve réclame du secours à gauche ; des va-et-vient, des incohérences invraisemblables, ordres et contre-ordres, l’ennemi que l’on donnait comme épuisé, revenant à la charge avec une vigueur inouïe : « Il fuyait, disait-on : et le voilà qui, de près, envoie la mort ; c’est son artillerie qui prend la supériorité ! Et toujours cet affreux 75 !... »

Le parallèle avec les dispositions morales et physiques de l’armée française s'impose. Un seul témoignage, pour rappeler cette joie, ce réveil, cet entrain qui suivent, dans le camp français, l’ordre donné par le généralissime :

La retraite est finie. On marche de l’avant, on attaque! Mais voici le signal du départ. Les hommes sont fous de joie à la pensée de poursuivre un adversaire jusqu'alors invisible et néfaste. Les traînards d’hier, euxmêmes, ne sentent plus leur dos écorché ni leurs pieds enflés. Tous ont hâte d’atteindre les Boches devant lesquels sans combat, « par ordre supérieur », ils ont dû si longtemps reculer sans comprendre. Enfin, l’affreuse retraite a pris fin. On nous a permis de nous battre, on nous a montré ces Boches qui nous ont fait tant de mal et que nous n’avions point vus ! En cette minute de grande offensive, si ardemment désirée et attendue, disparaissent les horribles souffrances morales et physiques de la reculade incomprise. Les affres douloureuses du talonnement irritant sont effacées, les fatigues endurées s’estompent et le régiment, dans sa marche vers l’ennemi, semble voler (1).

Le 1er corps (général Deligny) est en liaison, à sa gauche, avec | le 3 corps et, à sa droite, avec le 10€ corps, qui a pour objectif général Boissy-le-Repos, c’est-à-dire le point où le massif tombe sur la plaine.

La ligne de contact est jalonnée, le 6 septembre au matin, par les avant-gardes occupant le Haut-d’Escardes, Seu, Bricot-la- Ville, jusqu’à l’ouest de la forêt de la Traconne. La 1e division (général Gallet) est à gauche et combine son attaque vers Esternay … avec celle de la division Mangin ; la 28 division (général Duplessis), à droite, vise, en particulier, la région de la Noue.

(1) Maurice n’Hartoy, «le Guébarré-Esternay. Épisode véridique de la bataille de la Marne », dans Correspondant du 10 août 1916,

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